Le Cercle de Farthing – Jo Walton

Le cercle de Farthing de Jo Walton

Trilogie : Le subtil changement

Denoël – Lunes d’encre

Farthing est une pièce de monnaie britannique. Farthing est également le nom d’un cercle politique très influent du même Empire britannique. Un rouge-gorge est l’emblème de ce groupe d’aristocrates. Rouge comme la poitrine de Sir James retrouvé mort, une étoile jaune plantée  dans la poitrine avec son propre poignard, en 1949.

Sir James Thirkie est un des hommes les plus en vue de l’Angleterre. Il est – ou plus exactement était – pressenti pour occuper un poste de tout premier plan au sein du gouvernement. Il était l’homme ayant arraché la paix à l’Allemagne en 1941, évinçant un Churchill trop belliqueux au goût de ce groupe conservateur. L’enquête est confiée à l’inspecteur Carmichael.

C’est un duo qui nous permet de suivre l’évolution de la trame policière et « sociale ». Lucy nous expose son point de vue et ses propres réflexions à la première personne. Mme Lucy Khan est la fille des propriétaires de Farthing et membres du cercle. Elle a épousé un Juif ce qui ne fait pas l’unanimité au sein de sa famille. Le lecteur suit, d’un autre côté, les investigations de l’inspecteur Carmichael, à la troisième personne.

Les chapitres sont courts ce qui permet de relancer le rythme parfois nonchalant de ce roman d’atmosphère.  Le style se veut un hommage aux Whodunit (qui l’a fait?). Effectivement, j’ai trouvé des similitudes avec les romans d’Agatha Christie dont il partage l’ambiance feutrée, le flegme et le rythme paisible. J’ai également eu quelques fois l’impression de lire des passages de Jane Austen ou d’Emily Brontë avec les descriptions des mœurs,  des rigidités de l’aristocratie anglaise et des fragilités personnelles de la jeune femme.

Les deux personnages principaux – Lucy et Carmichael – sont bien écrits. L’inspecteur est posé et perspicace, il ne se laisse pas mener en bateau par ce groupe méprisant qui se pense au-dessus des lois ( et pour cause, dans leur esprit  ce sont eux qui dirigent le pays!). Lucy est une jeune femme amoureuse de son mari qu’elle a épousé par amour et un peu par provocation. C’est d’un ton léger qu’elle aborde les sujets de société tels que l’homosexualité, l’adultère et l’anti-sémitisme latent de son milieu. Par ailleurs, le regard et l’indifférence de sa mère lui sont douloureux et cette partie, transcrite avec pudeur, est très réussie.

Ce roman policier est teinté d’une légère uchronie qui prend tout son sens dans le dernier tiers quand l’Angleterre semble basculer… La fin est très réussie et plutôt bien amenée. La trame policière en elle-même est également à la hauteur de mes attentes même si les motivations semblent rapidement évidentes et classiques.

J’apporterais toutefois quelques réserves. Le rythme est un peu fluctuant, notamment au début ou j’ai trouvé l’entrée en matière un poil hésitante ainsi qu’avant le dernier tiers qui comporte un bon ventre mou. L’orientation sexuelle est un sujet très présent sans que j’en perçoive tout l’intérêt dans ce tome. De même, l’histoire se déroule en 1949, donc au début des années 50 et je n’ai pas du tout ressenti l’ambiance de cette époque. J’ai plutôt eu l’impression que le roman se situait dans l’entre deux guerres.

Le lecteur est récompensé en fin de roman dans les dernières pages lorsque l’enquête aboutie et que l’uchronie proposée joue sa partition.

Autres avis :  XapurLorkhanLes Murmures d’A.C.Mes Imaginaires

Challenge lecture 2016

14 réflexions sur “Le Cercle de Farthing – Jo Walton

  1. JC

    Pour être précis, j’ai la conviction que l’ambiance « années 50 » dont nous avons le « souvenir » doit beaucoup aux conséquences de la victoire alliée et la contribution américaine majeure nécessaire à son obtention : pour ne citer que lui, Glenn Miller est une « icône » dont le rayonnement mondial doit beaucoup à son « enrôlement » dans l’opération de « relations publiques » de l’US Army Air Force… Il est donc « logique » que dans cette « timeline » alternative qui maintient en place « l’Establishement » d’avant-guerre au lieu de le bousculer (le dynamiter ?), l’américanisation culturelle du Royaume Uni ne se fasse pas, ou alors différemment….

    Pour mémoire, on relira cet entrefilet savoureux du « Fatherland » de Robert Harris, qui évoque l’interdiction dans l’Allemagne nazie de 1962 du concert à Hambourg d’un groupe de musique anglais « deviant », les… Beatles ;-)…

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    1. Hello JC 😉

      Tu as parfaitement raison sur ces points, et l’influence américaine ne peut être que réduite en 1949 avec une Europe nazie. J’en suis consciente et c’est pourquoi ce n’est qu’une mince réserve. Ceci dit, je pense qu’une influence américaine devrait quand même se faire sentir d’une manière ou d’une autre avec un minimum. Mais, ce n’est pas gênant pour ma lecture.
      Merci de m’avoir indiquer Fatherland!

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  3. Je n’ai pas été « récompensée » à la fin : quel ennui ce livre ! L’uchronie est brillante, originale, réussie, mais « l’enquête »… quelle enquête ? Ce n’est même pas l’enquêteur qui résout l’énigme, on lui explique tout… Grosse déception que ce livre qui a enthousiasmé tant de lecteurs…

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    1. Petit indice, j’ai mis 17 jours à le lire… Mon époux a trouvé que je n’avais pas été emballée par le livre dans ma review! Je ne l’ai lu jusqu’au bout que pour l’aspect uchronie. Mais je comprends tout à fait ton sentiment et ta déception.

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  4. Ta critique et le commentaire de Sandrine confirment ce que je pressentais, malgré un certain intérêt de ma part pour ce roman : je pense qu’il n’est pas pour moi. L’aspect uchronique a l’air beaucoup trop léger pour mes critères, l’aspect sexuel m’a l’air racoleur et convenu, le rythme me semble un peu trop mou pour moi, et l’enquête ne me paraît pas vraiment en être une. Bref, ça me rappelle (un peu) Les îles du soleil de Ian McLeod, roman soporifique qui est un des très rares que je n’ai pas été capable de finir. En conclusion, je laisse tomber.

    Je confirme tout l’intérêt de Fatherland, par contre, en matière d’Uchronie c’est un incontournable.

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    1. Apophis : je pense pas que le livre te botte, pas du tout! Ce n’est pas une impression, c’est une certitude et tu as listé tous les points qui motivent mon conseil. Je prends Fatherland!
      Une précision : il n’y a pas de scènes de sexe dans le livre – simplement Lucy y fait référence dans presque tous ses chapitres, et cela est aussi évoqué régulièrement dans les chapitres de Carmichael.

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  9. Jean

    Le « Spitfire » (modèle XIV ou XVI, ce sont ceux avec la verrière en « goutte d’eau ») est vraiment splendide, and so british !!!
    Je confirme pour « Fatherland », c’est vraiment une excellente uchronie et qui a le mérite d’avoir traité le sujet en 1992…
    Quant à Jo Walton, je ne vais pas me répéter, mais, non….

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    1. Merci. Oui, le Spitfire est emblématique de la résistance british. Je trouvais que cela était un excellent contre-pied à cette histoire de collaboration passive.
      Fatherland, superbe!

      Avec Jo Walton, j’en ai eu assez pour l’instant.

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