Magie Brute – Larry Correia

Magie Brut de Larry Correia

L’Atalante

Le pitch de départ m’a intriguée : de la fantasy dans les années trente en pleine prohibition américaine. Je n’associe pas forcément la fantasy avec une période pseudo-médiévale, mais j’avoue avoir un peu de mal à visionner une œuvre de ce genre à l’époque moderne. Jusqu’à présent, seul Pierre Pevel m’a convaincue et ce n’était pas exactement la même période. Bref, j’étais intriguée et assez dubitative.

Qu’en est-il réellement ?

Je puis dire que j’ai été rassurée et même agréablement surprise. Pour être tout à fait exacte, je confirme que ce roman ne correspond pas tout à fait à ma conception de la fantasy.  Dans Magie Brute, le monde est peuplé de « super-héros », proche des X-men, mais avec des pouvoirs moins exubérants. Certains humains sont touchés par cette « grâce » et se voient attribuer des pouvoirs : télékinésie, force, ou maîtrise de la gravité, du feu, de la glace… De même, la puissance de chacun fluctue, certains sont dotés d’une toute petite parcelle de pouvoir alors que d’autres sont nettement plus puissants. Les premiers mutants sont vraisemblablement apparus vers le XIX° siècle, suite à une mystérieuse mutation génétique. Au fil des pages, Larry Correia nous donne des indices sur cette dernière et nous n’aurons le fin mot de l’histoire que dans les tomes suivants. Son origine est d’ailleurs un élément d’originalité qui bien amenée pourrait s’avérer des plus intéressantes.

Pour corser le récit et faciliter l’immersion du lecteur, chaque paragraphe s’ouvre sur un fait historique, un extrait de journal  ou un discours d’une personnalité en rapport avec les sur-humains, tel un discours de Roosevelt ou une étude d’Einstein (qui est d’ailleurs un mutant du type « engrenage »). L’histoire du monde s’en trouve ainsi légèrement modifiée. Ces petites touches donne une légère saveur d’uchronie au livre et charpente heureusement l’ensemble.

Ne nous arrêtons pas là dans le mélange des genres. L’apparition de cette magie a changé la donne, et l’industrie en a été une des « victimes » avec la possibilité d’explorer à fond certaines innovations telles que les ballons dirigeables (Zeppelin) dont le potentiel létal est annihilé par l’existence des « torches » ( humains dont la capacité magique permet de contrôler le feu) ou les « étincelles« … Oui, il y a aussi une pointe de steampunk!

Larry Correia nous propose un univers de « fantasy » façon super-héros soft (ou Incassable) bien équilibré. L’apport d’une dimension uchronique et l’ambiance légèrement steampunk, loin d’alourdir ou de perturber le récit lui donne davantage de charpente et d’attrait. A mon avis, c’est même ce mélange de genres qui fait fonctionner l’ensemble et qui lui donne un goût de « reviens-y« .

Cependant, l’apparition des premiers mutants avec des pouvoirs ne s’est pas faite sans heurts voire des confrontations sanglantes. L’un des enjeux dans cette Amérique pudibonde du début du XX° est l’acceptation de cette humanité nouvelle qui effraie. Le roman nous plonge dans toute les luttes passées, actuelles et futures pour un droit à vivre en paix et en harmonie avec soi-même.

L’autre point qui a initialement titillé ma curiosité est le combat occulte de deux puissances antagonistes entre les Champions de la Lumière (les chevaliers du Grimnoir) d’un côté  et les défenseurs de l’ordre et de l’hégémonie (les agents japonais de l’Impérium) de l’autre. Je me demandais alors, si cet aspect ne serait pas trop manichéen. Bien entendu, nous ne sommes pas dans un comics où les méchants sont vraiment méchants et les bons angéliques, ici point de paladin. Cependant, nous n’échappons pas tout à fait à un tableau fort en contrastes. Bien que les motivations de l’Impérium visent le bien de l’humanité et un autre élément qu’il vous faudra découvrir, nous restons dans une confrontation du bien contre le mal assez classique. Mais cela reste bien fait et élégant.

En fait, si le personnage de Madi (l’ennemi de Sullivan – notre héros) était un peu moins caricatural , l’écueil du manichéisme aurait pu être totalement évité.  Nous avons donc une composition qui n’est pas sans rappeler la Ligue des Gentlemen extraordinaires.

Le lecteur suit essentiellement les péripéties des personnages du Grimnoir, mais les points de vue alternent régulièrement, sans installer de difficulté particulière. Deux d’entre eux sont primordiaux : Sullivan et Faye.

Faye, est une jeune fille futée et complétement à côté de ses pompes, mais quel potentiel ! Forte et fragile à la fois, elle est un paradoxe charmant et intrigant. Il est vraiment agréable de la voir évoluer peu à peu et s’épanouir lentement. Il me tarde les prochains tomes pour lire la suite de sa métamorphose.

C’est Jack Sullivan le héros principal, un lourd. Au premier abord Lourd dans tous les sens  : physiquement, intellectuellement et psychologiquement. Mais le bougre cache bien son jeu et révèle peu à peu que de lourd, il n’en a que le pouvoir ( les lourds sont les mutants qui ont la capacité de modifier la gravité (donc de porter de fortes charges) et l’apparence. Maintenant nous comprenons mieux le titre Magie brute!

Ainsi ma curiosité s’est-elle vue récompensée par une lecture au-dessus de mes attentes. Mon doute initial devant cette fantasy inusitée (pour moi) s’est évanoui devant la cohérence de l’univers proposé et de la qualité de l’intrigue. J’ai une petite réserve quant à la confrontation un peu trop manichéenne et aux personnages parfois proches de la caricature. C’est quand même du tout bon.

11 réflexions sur “Magie Brute – Larry Correia

    1. Tant mieux, c’est un très bon divertissement. Celui-là, je pense qu’il peut te plaire malgré les légères réserves que j’ai cité. L’aspect steampunk n’est pas pesant et certainement pas le coeur de l’univers.

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    1. Oui, j’ai passé un très bon moment, j’espère que cela se sent à la lecture.

      Mais, je te comprends pour la suite. Cela m’est arrivé pas mal de fois : être séduit par le premier tome et … ne pas poursuivre ( livre, séries tv). Sans doute, c’est que nous n’avons pas la suite sous la main et le temps passant, nous avons envie d’autre chose.

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