Maîtresse de l’Empire – R. Feist & J. Wurst

Maîtresse de l’Empire de Raymond Feist & Jane Wurst

Trilogie de l’Empire, tome 3

Bragelonne

Maîtresse de l’Empire est le dernier tome d’une trilogie (Trilogie de l’Empire) qui s’achève de manière magistrale. J’avais été ravie à la lecture de Fille de l’Empire  et conquise par Pair de l’Empire. Je concevais difficilement que la paire Feist et Wurst puissent se sublimer pour nous offrir un final plus intense et de meilleur qualité encore. Pourtant, ils ont réussi ce tour de force.

Cette trilogie est différente de celles  que le lecteur peut généralement trouver sur le marché de la fantasy. Chaque tome se suffit à lui-même. Je m’explique, malgré la continuité recherchée d’un volume à l’autre (avec pour fil rouge la structure politique de Tsurani), je n’ai pas eu la sensation de lire un tome uniquement introductif, puis un tome intermédiaire ou bien un tome final à l’issue de cette dernière partie. Achever la lecture sur le premier ou deuxième tome était tout à fait possible puisque la trame se concluait systématiquement, même si se priver du bouquet final aurait été un peu maso.

L’atout maître  de Maîtresse de l’Empire réside dans l’ambiance magique du cycle ( près de 2300 pages). L’univers décrit est l’un des plus réussi que j’ai rencontré jusqu’à présent dans mes lectures. Feist et Wurst mélangent des influences qui fonctionnent en parfaite harmonie. La structure sociale et politique ressemble toujours autant au Japon de l’ère Edo jusque dans la restauration du pouvoir impérial Meiji (1866). Les auteurs empruntent aussi certaines philosophies martiales nipponnes tel que le bushido, la primauté de l’honneur dans la vie des seigneurs, les modes de vie,… Cependant, la « brutalité » relative des mœurs, l’aspect sanglant de la défaite,  ou le panthéon des divinités, notamment avec le Dieu Rouge, semblent s’inspirer des cultures pré-hispaniques d’Amérique centrale et du Sud. Les sacrifices humains, le sort des ennemis vaincus, le décorum et mêmes les accoutrements colorés pointent vers les Mayas et les Aztèques.

L’Europe n’est pas totalement absente de ces influences plus ou moins conscientes. Mais qui s’en plaindrait ? La place particulière et l’organisation des Robes Noires diffèrent en tonalité du reste du roman et sont quelque part ses représentants.

Dans le tome précédent, nous avions quitté Mara au sommet de sa gloire avec la restauration de l’Empereur à la tête du gouvernement. Notre héroïne était récompensée de ses efforts et de ses pertes par le prestigieux et enviable titre de Pair de l’Empire. Ce dernier roman se tourne donc vers la stabilisation de Tsurani, dans sa nouvelle structure politique et la consolidation du pouvoir impérial.

A la différence des fantasy plus classiques, il ne s’agit pas d’abattre un tyran malfaisant et néfaste pour la population. C’est la nature même d’un peuple, sa structure, ses coutumes et ses croyances qui doivent muer vers un « état moderne« . La mention de « pour le bien de l’Empire » évolue vers une notion plus proche de ce que nous connaissons, et tout l’enjeu de ce troisième tome est de diriger cette mutation vers la pérennité. La destiné de Dame Mara n’est pas étrangère à l’avenir de l’Empire car elle est un des principaux artisans de cette évolution. Elle est donc un des soutiens à éliminer rapidement pour le parti des traditionalistes, habiles et déterminés. De fait, l’existence d’adversaires corsés participe également  à la saveur d’un bon roman et c’est le cas ici.

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A cela s’ajoute le sort du peuple Cho-ja, ces insectoïdes travailleurs et mystérieux dont le statut se situe entre mercenaires et esclaves. Le traité inique et particulier qui les unit à Tsurani est en balance et étroitement lié à nos héros. Les libérer de cette pseudo-servitude n’est pas un simple acte de compassion, de justice ou d’altruisme…Dans le combat que mènent Mara et son époux Hokanu aux côtés de l’Empereur, ils peuvent en effet se révéler de précieux alliés.

Les enjeux politiques et leur ramifications s’étendent au-delà des frontières de l’Empire et du commun des mortels. C’est un des facteurs de séduction de ce troisième tome. A l’image d’un Game of Thrones, il propose des intrigues politiques à plusieurs niveaux tout en restant implicitement imbriquées les unes aux autres. Les cibles de Mara ne sont pas à la portée de tout un chacun et comptent parmi les plus puissantes de l’Empire. Il y a entre autre, l’Assemblée des Robes Noires qui jouit d’une liberté et d’un traitement exorbitant (du droit commun). Ces êtres exceptionnels sont pourvus de pouvoirs magiques fascinants et redoutables. « Pour le bien de l’Empire« , ils échappent à toute forme de contrôle de la part des différents clergés et des différents seigneurs ou empereurs. Un statut à part en relation avec leur puissance… mais leurs motivations ne semblent pas au diapason du peuple ou de la Lumière du Ciel (l’empereur)!

Au final, les auteurs livrent un roman de fantasy d’une belle profondeur, d’une complexité et maturité exemplaires à la fois dans la construction de l’univers propre à Tsurani, des personnages centraux ou des thématiques abordées.

Les protagonistes ne sont pas en reste. Mara est une femme qui a énormément évolué au fil des tomes. La dureté de caractère que j’ai évoqué lors des premiers tomes, s’est polie, tel un diamant brut, exposant un véritable joyaux façonné par les épreuves et les succès. Elle demeure une femme touchante et déterminée, le doute et son ouverture d’esprit lui ont ouvert l’accès à une introspection élaborée et surtout une compassion et un sens de la justice digne d’une maîtresse-femme de premier plan. Nous n’avons pas à faire à un énième stéréotype de la princesse en détresse ou d’une version en eaux fortes de Cersei. Et, elle n’est pas loin d’un échec retentissant. La cerise sur le gâteau : ce personnage central ne dispose d’aucune magie dans ce roman de fantasy. Et ça, c’est très fort!

Concernant, la magie justement; celle-ci est bien plus présente que dans les tomes précédents. L’Assemblée des magiciens et d’autres êtres de Tsurani ou d’ailleurs vont jouer un rôle prépondérant dans l’agencement des événements (magiques). Cette fois-ci, nous aurons droit à des démonstrations d’envergure, pleines de puissance et très visuelles à défaut d’être toujours pertinentes… Cette présence prégnante serait peut-être, si je devais exprimer un bémol, ma seule légère réserve. J’ai trouvé que cet accroissement de magie rendait le roman plus européen et classique, mais c’est vraiment pour faire la fine bouche.

Pour conclure, ce troisième tome – et par extension cette trilogie – est magnifique. Il fera désormais partie de mes référence en fantasy. Les thématiques, la maturité et la richesse de l’univers sont convaincantes et envoûtantes. Je tiens à remercier Le culte d’Apophis pour cette recommandation de lecture.

C’est un must have!

Et : Une bonne Fête à tous les Papa !

Défi lecture 2016

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Défi 2016

 

14 réflexions sur “Maîtresse de l’Empire – R. Feist & J. Wurst

  1. Merci pour le lien ! Tu as rédigé là une excellente critique. Ce que tu dis au sujet des tomes qui peuvent se lire indépendamment est très intéressant. Je n’avais pas vu les choses comme ça, tellement j’avais envie de connaître la suite, mais il est exact que chacun d’entre eux peut effectivement être pris comme un one-shot (même si, à mon avis, on perdrait beaucoup à les lire comme ça).

    Je pense également que ce cycle est (injustement) trop méconnu, et qu’il peut sans problème être placé aux côtés de références comme le Trône de fer. Sans compter qu’il sort très agréablement des rails du medieval-fantastique d’inspiration européenne (que je supporte personnellement de moins en moins -en ayant fait une overdose-, d’où ma propension à chercher d’autres univers : arabisants, japonisants, inspirés d’autres époques -Flintlock Fantasy-, etc).

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    1. Merci pour le compliment Apo! Comme je l’écris, chacun ensuite libre de se la jouer maso et de perdre effectivement en substance et en émerveillement. Je suis extrêmement ravie de la lecture de cette trilogie qui aura une place très spéciale. Tu fais référence à GoT, mais je la préfère à GoT, je le trouve plus élégant et plus dans la subtilité que cet illustre cycle (qui joue trop sur le spectaculaire et le sang à mon goût, ce n’est pas que je n’aime pas au contraire).
      A l’image de Terremer, ce cycle est vraiment sous-estimé, mais il y a un mastodonte qui prend sans doute trop de place… J’approche également de la saturation concernant la fantasy médiévale, d’où ma grande gratitude pour cette nouvelle découverte. Je sais que c’est également le cas pour toi, et je suis attentivement tes avis pour dénicher des romans qui me captiveront. Mille mercis encore!

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