Le Royaume rêvé – Adrien Thomas

Le Royaume Rêvé d’Adrien Thomas

Tome 1, Le chants des Épines

Mnémos

Je tiens à remercier chaleureusement Xapur, grâce à qui j’ai gagné ce livre lors d’un petit concours de son cru. Sa critique au sujet du Royaume rêvé m’avait mis l’eau à la bouche, vous pouvez la retrouver, sur sa page ou en suivant ce lien. Je gagne si rarement lors de ce genre de jeu que ce fut une véritable joie.

« Voici la geste des jeunes héritiers des clans du Nord et de leurs compagnons. Voici la geste des princes otages, de celles et ceux qui ont pour projet d’unifier les marches du Gel pour en faire leur royaume rêvé, puissant, sûr et juste, gouverné avec sagesse.

Mais leur chemin vers cette quête sera semé d’embûches : le respect du peuple s’arrache dans le sang et les larmes, et la victoire sur leurs ennemis demandera de grands sacrifices. Lorsque le Nord, déjà affaibli par les querelles des Quatre Citadelles, devient la cible des mandragores, redoutables créatures issues des sombres enchantements des Elfes, le doute n’est plus permis : ils sont la dernière chance de survie des marches du Gel. Pour les combattre, les lames, le verbe et la magie seront leurs seules armes. »

Jusqu’ici, le quatrième de couverture suscite de bons espoirs avec cette mise en bouche  attrayante. Voyons si je suis conquise par ce roman ?

Adrien Thomas nous propose une fantasy parfumée d’influences diverses. Nous retrouvons nos fondamentaux avec une contrée d’aspect médiéval; l’armement, les moyens de transport, les coutumes étayent les contours d’un récit lové dans un cadre familier. Le classicisme est poussé jusqu’à la composition d’une équipe, un groupe construit pour affronter les périls de ce dangereux et incertain royaume : les Épines (dont le nombre fluctue au gré des pages). Non, je vous rassure, nous ne sommes pas dans une redite du Seigneur des Anneaux, malgré la présence des nains, qui empruntent tous les stéréotypes au carcan établi depuis. Nous avons également des elfes qui tiennent un rôle fondateur mais très en retrait. Mais tout cela est attendu : nous sommes dans une Geste.

La présence d’un ange de métal, et son cocon métallique fera immanquablement penser à un univers steampunk. Il a été construit par un génie nain, incompris de son peuple obtus, composé d’infatigables travailleurs. A cela s’ajoute un vampire qui ne demande qu’à voir le jour… Un bestiaire digne des films d’horreur agrémente notre voyage dans les Marches du Gel, et pour finir les silhouettes invisibles des chroniqueurs font le lien avec Fringe.

Un peu submergé par toutes ces nuances ? Effectivement, ce foisonnement proche de la saturation en début du roman, associé à une narration non linéaire a de quoi perturber. Ce fouillis originel est surprenant; malgré mes quelques difficultés à pister la direction prise par Adrien Thomas, j’ai été charmée et je me suis beaucoup amusée lors de ma lecture. En effet, ces parfums divers ne saturent pas notre imaginaire mais corsent cette geste plutôt qu’ils ne l’engloutissent.

Fantasy curieuse et sous influence de produits galopants.

De la même manière, l’auteur reprend les différents codes de la fantasy classique pour mieux les modeler (pas les tordre, ce n’est pas de la dark fantasy). Ainsi, nous n’avons pas sous les yeux une quête visant à détruire un artefact maléfique, la libération d’une contrée sous le joug d’un tyran du style Fils des Brumes de Sanderson, la quête initiatique d’une jeune paysan vierge… de toute expérience de la vie (L’épée de Vérité de Goodking), ou bien la lutte éternelle du bien contre le mal (Arthur).  Le Royaume rêvé est tout cela à la fois.

Un groupe d’adolescent composé d’une reine, de princes et de princesses otages ainsi que de Vermine sont éduqués et formés pour faire face à l’adversité potentielle, avérée ou future. Dans l’immédiat, ils affrontent des créatures hideuses et mortelles. A terme, leur but se résume à unifier les Marches pour fonder le Royaume Rêvé.

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Ithaen

Les péripéties amènent leur lot d’émotion et de suspens, tandis que la trame prend forme. Le mystère est savamment entretenu grâce à des personnages nuancés, et des intrigues parallèles. Pour tout dire, il est difficile de s’ennuyer, l’intérêt de renforce page après page.

Les personnages participent à maintenir l’attention, avec en tête la jeune Vermine et La Locuste, messager, pisteur, chasseur de tête de la jeune Reine.

Pour la première, il ne s’agit pas d’une insulte, c’est le nom qu’elle souhaite porter en raison des réactions qu’il procure – je vous laisse imaginer. Cette jeune fille d’une douzaine d’années a grandi seule dans la forêt une grande partie de sa vie. Malgré ce régime isolé socialement, elle est vive, particulièrement affûtée et intelligente. Il faut dire que Ténèbres son mystérieux compagnon veillait et veille sur elle d’un yeux de propriétaire (le reste serait spoiler).

La Locuste est si retors et habile qu’il en devient captivant; sans aucun doute, l’homme de main de la Reine vaut le détour. De son côté, sa Majesté Ithaen nous réserve quelques surprises bien senties et ressenties. Les autres adolescents partagent les traits de caractère de leur âge entre fulgurances chevaleresques et réactions stupides. La présence de ces jeunes gens engendre des scènes gnan-gnan, ou dégoulinante de mièvrerie. Même certains dialogues manquent cruellement d’intérêt…

«  »Pourquoi tu n’avoues pas tout simplement que cela te gêne qu’Ithaen soit dans l’autre équipe, avec Solheim et Vermine ? »

Le jeune prince sursauta:

« Je ne vois pas du tout de quoi tu parles! »

-Tu veux que je lui demande de te prendre avec elle la prochaine fois (…) ?

-Cesse donc de raconter n’importe quoi!

-Oh, mais je commence à peine », gloussa malicieusement l’archère. »

L’impression qui s’en dégage est une fois encore assez paradoxale : le lecteur découvre des scènes coquines et même des viols, tandis qu’il fréquente des personnages relativement immatures et des passages du même acabit. Certains pages flirtent franchement avec le Young Adult, sensation renforcée par l’évolution impressionnante de facilité de Vermine.

Hormis ce petit bémol sur le positionnement, j’ai été très agréablement surprise par cette geste d’Adrien Thomas. L’auteur modèle les codes de la fantasy pour nous offrir un roman frais et entraînant.  Ténèbres enveloppe le lecteur de son aura protectrice, sombre et mystérieuse, mais je ne suis pas certaine que cela suffira à nous rassurer pour la suite de leurs aventures.

Une belle entrée en matière.

Autres critiques :

Xapur ce lien– Le BibliocosmeL’Ours InculteAu Pays des Cave Trolls

Challenge :

Défi Lecture 2016 : #35 un titre avec le mot « Rêve ».

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21 réflexions sur “Le Royaume rêvé – Adrien Thomas

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  4. Je l’avais mis dans ma liste d’achats potentiels à la suite de la lecture d’autres critiques, tout en gardant de gros doutes dessus. Ton excellente critique a réussi à les lever : ce n’est pas un livre pour moi. Trop de gnan gnan, d’aspect YA et de mièvrerie. Il y a des livres que j’ai beaucoup plus envie de lire et qui me correspondront sans aucun doute bien mieux, l’abandon du projet d’acheter celui-ci leur libérera une place.

    Merci 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Ami Apo, je suis certaine que ce livre n’est pas pour toi. Quand j’ai rédigé cette critique, c’est une des choses que je voulais faire passer. SI je dois comparer avec Téméraire (pas au niveau qualitatif), l’univers flintlock et « uchronique » développé par Novik séduisent des amateurs axés fantasy mature, ce roman a ds atouts mais pas ceux-ci.
      En revanche, j’incite d’autres blogueurs et visiteurs qui fréquentent ce site à se jeter dessus, car il leur plaira.

      Aimé par 1 personne

    1. C’est très sympa, ce n’est pas purement YA, il y a des accents YA mais cela va au-delà. J’ai trouvé très agréable et divertissant. Cela diffère un peu de ce que je te vois lire mais pourquoi pas ?…

      J'aime

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