L’Empire d’Ivoire – Naomi Novik

L’Empire d’Ivoire de Naomi Novik

Téméraire, tome 4

Mois anniversaire oblige, le blog vous propose une nouvelle chronique consacrée à un roman de gunpodwer fantasy, et ici plus précisément de flintlock. A vos mousquets, canons et dragons, voici Téméraire, notre loyal et noir Céleste en quête de liberté et d’aventures.

Dans Par les chemins de la Soie, nous avions quitté, Téméraire, Lawrence ainsi qu’une ribambelle de prussiens et de dragons sauvages lors d’une retraite mouvementée au « soir » de la bataille de Iéna. Nous retrouvons toute cette compagnie 3 jours après, épuisée, harcelée par les troupes françaises au dessus de la Manche. La fuite n’a pas été de tout repos, entre les escarmouches, la soif et la faim, la panique s’est glissée parmi les teutons qui rendent l’évasion aussi bien compliquée que périlleuse. La suite du voyage devient de plus en plus laborieuse, mais ils parviennent enfin sur les côtes britanniques. Ce n’est pas un spoiler, puisque tout ceci est sur le quatrième de couverture.

Nos amis parviennent à prendre pied sur l’Île avec le concours des batteries côtières. Aucun dragon ami en vue… Et pour cause, ils sont victimes d’une épidémie mortelle.

C’est ainsi que Téméraire et son équipage reprennent le chemin des aventures, cette fois-ci direction l’Afrique à la recherche du remède capable d’enrayer ce très méchant virus.

Naomi Novik nous propose un roman qui emprunte au canevas des tomes 2 et 3, à savoir, un voyage, une mission et quelques rebondissements.  J’avais trouvé le procédé quelque peu lassant dans Par les chemins de la soie (tome 3)  avec un trajet qui s’attardait beaucoup sur les étapes, les paysages et les rencontres (tout comme Le Trône de Jade, le tome 2). Sans que cela soit ennuyeux, il y a avait une certaine redondance d’un volume à l’autre. Ma crainte consistait pour ce présent ouvrage en une ennuyeuse redite. Je me trompais partiellement.

Bien que ce soit en partie le cas pour L’Empire d’Ivoire, cependant la trame apporte de la nouveauté. Naomi Novik s’attarde sur la situation en Angleterre avec de nombreuses patrouilles qui épuisent la vingtaine de dragons sains qui se résument à Téméraire, ses 20 compagnons sauvages et la petite cracheuse de feu au tempérament bouillant.  Nous avons également la description de la longue agonie des reptiles ailés un peu partout en Grande Bretagne. Un tableau qui s’avère finalement assez triste et déprimant. L’action promise ensuite fait figure de grand bol d’air et de libération. Halte à la résignation, place à l’action!

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Malgré la situation en Grande-Bretagne,  Téméraire n’a pas remisé au placard ses idées de reconnaissance des droits de la race draconnique. Il trouve un allié plus que de circonstance dans une figure de l’abolitionnisme de l’époque, une relation du père de Lawrence. Ce ne sont que quelques scènes en première partie du roman qui auront une importance cruciale pour la suite du récit et sa thématique assumée sur l’esclavagisme et son pendant l’abolitionnisme.

En effet, une fois parvenus en Afrique du Sud, Téméraire, Lawrence et son équipage sont vivre des péripéties prenant leurs sources dans cet avilissement.

Le voyage jusqu’au Cap s’effectue avec 6 dragons malades à bord de l’Allégiance de Riley. C’est l’occasion pour mettre en relief les différentes « postures » de cette Angleterre. Riley l’ancien second de Lawrence fait partie d’un famille recourant à l’esclavage, sans que ce dernier soit partie prenante. Cependant, il considère la position et les critiques à peine voilées de son ancien supérieur comme un affront à sa famille. D’autant plus que Lawrence a convié lors du trajet le révérend Erasmus, un affranchi. Inutile de préciser que leur interactions seront plutôt fraîches… Le trajet (court cette fois-ci) est assez animé.

Revenons donc au Cap, avec toute notre galerie de personnages et de reptiles. L’auteur nous brosse son Afrique remplie de dragons, avec une culture et une place  centrale de l’espèce dans le quotidien. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié cette vision familiale et imbriquée entre hommes et reptiles, différente à la fois de l’utilisation en tant que cheval de guerre européenne, ou de pseudo-citoyens chinois.

J’ai adoré ce voyage au cœur de l’Afrique avec des paysages changeants et parfois à couper le souffle telle cet immense canyon verdoyant au centre de l’Empire d’Ivoire. Les dragons y sont indépendants, sans être sauvages. Ils vivent en parfaite harmonie avec les tribus locales dont ils sont les figures proue, ou simplement un membre aimé de la famille. Les dynamiques sont donc différentes, sans rapport hiérarchique et sans ce chantage à la loyauté utilisé en Europe. La situation paraîtrait presque idyllique si ce n ‘étaient les conditions subies par l’équipage de Téméraire et de ses camarades.

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Le lecteur doit s’attendre à un roman un peu plus sombre et violent. Adieu, le conflit d’Iéna et les batailles rangées entre deux armées. Pour le coup, elles paraîtraient bien plus humaines que ce qui attendent nos amis en Afrique du Sud. La quête du médicament pour les dragons malades évolue d’une situation délicate à désespérée, entre enlèvements, combats, révoltes, massacres et séquestrations, tout cela sur fond d’esclavage. Oui, le roman est rythmé, le lecteur a toutefois quelques plages de respirations, avec des scènes plus intimistes, ou l’exposition de paysages magnifiques.

Outre l’exotisme et des thématiques intéressantes, L’Empire d’Ivoire affine les interactions entre les différents personnages. Comme précédemment, la relation entre Téméraire et Lawrence est à la fois tendre, amicale et empreinte de beaucoup d’amour, mais nous voyons se développer les autres, traitées de manière superficielle jusqu’alors. Ainsi les personnages secondaires ont-ils plus de corps et d’indépendance dans ce récit. Jane occupe une position surprenante à leur retour, Naomi Novik en joue même si elle aurait pu aller plus loin dans cette veine. Nous avons Harcourt,  capitaine de Lilly (la longwing) impliquée dans une relation amoureuse moderne…. cela décoiffe à cette époque, une incursion bienvenue dans ce domaine qui participe à la qualité du roman.

Malgré ces éloges, il ne faut pas se tromper, il s’agit d’un roman de flintlock Young Adult, certes de très belle facture, mais je préfère souligner cette facette pour pas qu’il y ait de déconvenue à la lecture. Ainsi, même si la thématique de l’esclavagisme est bien présente et abordée avec un minimum de sérieux, le lecteur mature lui trouvera une subtilité et des nuances à améliorer.  Et, nous avons une trame qui exploite un canevas déjà rodé, et qui devient évident à la longue.

En revanche, l’aspect uchronie devrait ravir les amateurs du genre, avec une étude des conventions de ce début du XIX° siècle confrontés à des tiraillements, que ce soit une fois encore avec la reconnaissance des droits des dragons – et des femmes! – la question de l’abolitionnisme, corollaire du point précédent,  la moralité dans un conflit et les conventions de la guerre ( et un génocide!!!!) avant la Convention de Genève (chute de ce tome 4).

Bien que les ressorts développés soient semblables à chaque fois, les nouveautés et les relations avec les dragons systématiquement différentes permettent à cette série de Téméraire de garder de la fraîcheur et beaucoup d’exotisme.  La place inusitée des femmes dans l’Europe napoléonienne est enfin un peu plus exploitée et non pas juste affichée. L’action, le suspens et les tensions sont au rendez-vous. Le roman est sans temps morts, et les quelques longueurs des 2 tomes précédents n’existent pas dans celui-ci.

Tomes précédents :
Autres critiques :

Le Culte d’ApophisBoudicca (Le Bibliocosme)

Challenges :
Challenge Littérature de l’Imaginaire – 5° édition

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Défi Lecture 2017 : #35 un livre dont je me fie à la couverture

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Le livre :
  • Éditeur : Pré Aux Clercs
  • 396 pages
  • occaz : 7€
  • septembre 2008

Téméraire tome 4 L'Empire d'Ivoire.

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26 réflexions sur “L’Empire d’Ivoire – Naomi Novik

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  2. Boudicca

    J’en garde un bon souvenir également. L’aspect young adult ne m’avait pas vraiment marqué mais c’était il y a un moment maintenant (en tout cas je suis toujours aussi fan du sabre^^)

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  3. Ping : Téméraire, tome 4 : L’empire d’ivoire | Le Bibliocosme

    1. Et ce tome là n’est pas le meilleur! sur les 4 premiers, je trouve le 1 et le 4 au dessus des 2 et 3 dont le premier tiers est trop lent.

      Ce n’est pas le cas avec l’Empire d’Ivoire bien plus rythmé. Je l’ai lu en moins de 24 heures, pour dire que c’est vraiment un page-turner.

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    1. Oui, Lawrence commence a être intéressant en se dépouillant de ce côté officier de sa Majesté. Il prend conscience de ce qui l’entoure, et merci à Téméraire qui lui permet de faire évoluer ses positions et du coup notre intérêt.

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  4. Sachant que j’ai déjà plusieurs de tes suggestions dans ma liste de livres à acheter (et que c’est un tome 4), je vais probablement laisser mûrir celui-ci dans un coin de ma tête… Mais en tout cas, ça donne envie et je risque bien de craquer plus tard 🙂

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  5. Cela va peut-être me motiver à sortir la saga de ma PAL. Elle végète depuis des années sur les étagères de mes bibliothèques. Je n’ai jamais trouvé la motivation et pourtant j’adore les histoires avec des dragons. Mais le contexte historique (je n’ai aucune connaissance sur cette période-ci) et la longueur de la PAL m’a un peu fait peur, je l’avoue.

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    1. s’il est sur une étagère, il faut lui donner une chance car les interactions avec les dragons sont très sympathiques et s’enrichissent au fur et à mesure.
      Ensuite, nul besoin d’avoir des connaissances étoffées sur la période, du moment que tu sais que Napoléon et la Grande Armée ont eu une emprise sur l’Europe au début du XIX°, c’est suffisant.

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  6. Je note le petit souffle de nouveauté et d’exotisme de ce quatrième tome 😉
    Et plus c’est « dragonnesque », mieux c’est !!!
    Ton art de la mise en scène a encore frappé, et ton précieux allié Le sabre n’y est pas pour rien ! Lui as-tu donné un nom ? Comme les épées dans GoT ? 🙂

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        1. Elle est courte. C’est le sabre que j’ai reçu lors de la remise des sabres à l’école militaire de Coëtquidan. Quand tu rentres dans les rangs d’officier tu es adoubé (fait chevalier) comme au Moyen-Âge. C’est un héritage des traditions historiques et militaires.
          +Voilà! 🙂

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