Héritage – Lois McMaster Bujold

Le couteau du partage, tome 2

Bragelonne

« Faon et Dag ne sont mariés que depuis deux heures quand ils quittent la ferme familiale pour le camp du lac Hickory. Ils espèrent trouver chez le Peuple des Marcheurs du Lac un accueil favorable. Malheureusement, les préjugés sont nombreux à l’encontre des deux héros. Certains vont même jusqu’à réfuter l’authenticité des bracelets magiques qui les lient par le sang… et à menacer Dag d’un exil permanent ! Cependant le sort de leur couple n’est pas encore scellé que Dag est appelé dans une région voisine pour déjouer l’offensive surprise d’un être malfaisant. Les sortilèges de ce dernier semblent particulièrement déroutants… et la patrouille est loin de se douter de ce qui l’attend. Car ce qu’elle va découvrir au cours de ce périple ne changera pas seulement Dag et son épouse, mais influera aussi directement sur les relations complexes entre leurs deux peuples…« 

Nous avions quitté le couple sous de bons auspices à l’issue du premier tome du Couteau du partage.  A peine unis, nos tourtereaux repartent sur les chapeaux de roue…

L’intrigue se corse, l’ennemi devient plus puissant et l’action est au rendez-vous dans Héritage. Non seulement, les relations de Dag et Faon sont sujettes à caution au sein de leur comunauté, tendant leur vie commune, mais le danger se fait plus pressant. Les créatures malfaisantes sont plus malines et vicieuses que dans la première partie, aussi, les « Marcheurs du Lac » n’ont-ils pas droit à l’erreur, sinon les zones qu’ils ont à défendre tomberont dans l’escarcelle du mal. Vous l’aurez compris l’avenir de la contrée du Lac Hickory est en jeu, ils le savent. Cependant, avec l’être humain, les choses sont loin d’être simples. Malgré les responsabilités ainsi qu’une forte adversité, les hommes trouvent toujours le moyen d’ouvrir des brèches dans leur entente, de créer des distensions même pour des sujets futiles.

Le lecteur, être omniscient dans ce roman, connaît les cartes de l’adversaire, tout comme la main des Marcheurs, le stress augmente et l’exaspération monte à son comble devant tant de bêtise. Ce n’est qu’acculés, que ces messieurs et dames semblent retrouver enfin leur esprits… Il était temps, le cœur du lecteur balance entre soulagement et envie de donner des coup de tatanes dans les fesses, ou sur la caboche pour remettre les idées à l’endroit.

Ces sensations rendent la lecture vivante et captivante. Il faut le souligner car, même si c’est bien écrit et bien mené, je n’ai pu me défaire de la comparaison avec la Compagnie Noire de Glen Cook. Les Marcheurs du Lac sont une troupe hétéroclite non pas de repris de justice ou de mercenaires, car ils sont investis d’une mission, mais le comportement, le code de l’honneur propre à cette troupe, la rude fraternité tout comme l’ambiance parfois crépusculaire me rappelle Toubib et sa bande. Et j’ai préféré l’original…

Certes, l’univers initialement mis en place par Bujold s’affine, s’affirme et nous découvrons peu à peu un monde plus complexe et plus riche qu’à première vue, même si l’auteur reste dans un univers médiéval fantastique plutôt classique. Les mondes des fermiers, des marcheurs et des créatures sont à la fois différents et imbriqués, liés l’un à l’autre, et ceci joue sur la perception que nous nous faisons de cet ennemi si différent et si semblable.  C’est aussi un des points qui en font l’attrait.

Dag et Faon ont un peu évolué par rapport au premier tome. Elle est moins farouche mais tout aussi butée. Il est plus ouvert, mais tout autant sur le fil du rasoir. D’ailleurs, leur histoire d’amour est traitée avec une telle maturité et maîtrise qu’elle en est délectable, comme quoi je ne suis pas hermétique à une touche de romance. Simplement ici, elle est non seulement accessoire au récit, mais dénuée de toute mièvrerie (ou vue sur une clavicule dénudée attirant un regard de braise prompt à enflammer la passion du réceptacle dudit regard). Généralement, les personnages demeurent toujours aussi attachants.

La qualité d’écriture de McMaster Bujold est au rendez-vous, toujours aussi fluide et limpide, la touche d’humour qui la caractérise est bien présente, et du coup agréable. Cependant, ce dernier tranche un peu avec l’ambiance sombre, et produit un décalage entre le sujet et le propos, ainsi, il est difficile de vraiment classer ce roman dans la pure Dark Fantasy, ou inversement en Light Fantasy.

Toutefois, le livre n’est pas sans défaut, il y a des passages un peu plus longuets, notamment au début du roman et une ou deux petites redondances. Mais cela est facilement pardonnable car le lecteur finit par être emporté par ce récit. La qualité de la traduction, primordiale pour vivre parfaitement un roman, est inspirée.

Si vous cherchez un roman de fantasy un peu mature, ou un peu plus sombre, sans tomber dans le juron, les frasques d’une bande de mercenaires, ou des entrailles perpétuellement à l’air, Le Couteau du Partage possède des qualités pour vous séduire.

En revanche, si vous êtes partisan des univers tranchés, avec des prises de partis assumées, une verve argotique, et/ou amateur de dark fantasy qui tranche tête et jambes, vous risquez fort d’être marris.

Autres critiques :

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Challenges :

Semaine à 1000 pages
Challenge Littérature de l’Imaginaire – 5° édition
Le livre :
  • 378 pages
  • 17 octobre 2008
  • Traduction : Sylvain Rouillard
  • broché : 20 €
  • e-book : 12,99 €

22 réflexions sur “Héritage – Lois McMaster Bujold

  1. Amour Romance, je décroche. Déjà la quatriéme de couv m’avait paru décousu.
    Et puis le titre « Le couteau du partage ». Pourquoi pas « La fourchette à unir » tant qu’on y est ? Ou encore « Cuillère ! Interprète ! ».

    Etre marris : cela fait bien 200 ans que je n’ai plus entendu cette expression ! Cela m’a redonné un peu de sang neuf. Rien que pour cette expression, merci.

    Aimé par 2 people

    1. Ah! je ne pense pas que ce soit une lecture faite pour toi. Tu rongerais ton frein à défaut d’un bon os.
      Et tu oublies la petite cuillère pour le dessert nocturne. 😉

      Ah!ah! je parviens à te surprendre! Je l’aime bien cette expression. 🙂

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  2. Je ne sais pas, j’hésite. Même si c’est de la « sous-« Compagnie noire et moins dark en plus, ça me tente relativement. Je me garde l’idée dans un coin de ma caboche, à voir lorsque je n’aurais plus rien à lire (vers 2021, à vue de pif, et encore, ça dépendra des sorties dont on ne sait encore rien). Merci pour ta critique !

    Aimé par 1 personne

        1. Non je ne crois pas que ce soit vraiment une question de mode. Je pense qu’il y a une recherche « fondamentale » pour donner un cadre plus mature, moins « merveilleux » à la fantasy en général, plus une envie de se démarquer (sans compter l’égo à la perspective de marquer son temps).

          Aimé par 1 personne

  3. J’hésite… pour deux raisons (hé oui, ça m’arrive !) :
    Primo, je n’aime pas forcément être omnisciente pendant une lecture, mais dans le  » pas forcément » se cache un brin de tergiversation (quand même ^^).
    Secundo, l’original bien sûr !!! J’ai trop bourlingué avec Toubib et sa clique pour réussir à esquiver les comparaisons. Je crois bien que c’est trop tôt, je n’ai pas fait mon deuil ^_^
    Chronique fort réussie, comme toujours 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Le roman ne manque pas de charme, surtout avec la plume de Bujold. L’objectif n’est pas de reproduire et de s’inspirer de la Cie Noire, mais le rapprochement s’impose quand même avec les Marcheurs. Pour le reste, l’histoire n’a pas grand chose à voir.

      Merci! 🙂

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  4. Ping : Juin 2017 souffle le chaud et le froid – Albédo

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