Le nouveau règne de Gregory Covin

Dans un Accouchement sanglant.

Je me frotte très rarement à l’Héroïc Fantasy comme vous pouvez le deviner à la lecture des chroniques du blog. Ce sous-genre de la fantasy que j’imagine binaire n’a pas mes faveurs en raison de ses héros trop « compétents ».

Le Nouveau Règne de Grégory Covin promet une courte immersion dans un monde certes classique, mais bénéficiant d’une héroïne, N’Hil, engagée dans une relation symbiotique l’unissant à une étrange créature.

Au final, avec un pays partagé entre hommes et êtres énigmatiques, un gouvernement sujet aux trahisons, puis un personnage principal habité, ce court roman propose un petit quelque chose de prometteur.

L’univers décrit par Grégory Covin est assez classique avec son apparence médiévale et fantastique. Les jeux de rôle (D&D) ayant largement influencé sa construction, le lecteur ne sera pas surpris de prendre pied dans une contrée familière, régie par un Roi, Daran, épaulé de conseillers. Un conflit larvé oppose le monarque à … sa propre épouse.

Une tierce partie, énigmatique, possède suffisamment de pouvoir et de leviers pour favoriser un règne ou le contrarier. Une alliance associée à une surveillance est donc de mise pour solidifier la position de l’un, ou de l’autre.

Cette faction fait froid dans le dos avec des humanoïdes habillés d’amples vêtements sombres, leur corps revêtu d’écailles et une odeur tenant davantage du poisson en décomposition que des parfums iodés de la mer. Or l’enjeu politique se résume à obtenir les faveurs de ces seigneurs noirs.

Aséphyr doit rencontrer leurs représentants  afin de négocier une faveur, quand sentant l’embrouille il découvre que lui et son roi ont peut-être été trahis. C’est à ce moment crucial que N’Hil entre en jeu avec son compagnon Thorn : la redoutable poiscaille ne fait pas le poids devant la férocité et la dextérité de la demoiselle.

Le conseiller lui propose alors une mission périlleuse, avec une chance de sauver son amant d’une mort douloureuse et certaine : elle doit intégrer la garde rapprochée de la souveraine et l’abattre. Ainsi, seul le souverain régnerait.

Le titre de ce court roman n’est donc pas si cryptique, mais de là à deviner qui s’assoira sur le trône, il y a un raccourci à ne pas emprunter.

L’héroïne qui de son propre aveu est une barbare, son ami un rôdeur, répond aux codes à la fois de HF et des jeux de rôle du type Dungeons & Dragons. Ses compétences martiales ne réservent pas de surprise en elles-mêmes. En revanche, elle se démarque du stéréotype grâce à la créature vivant en son sein. Cette dernière lui apporte non seulement un supplément de force, mais également une faculté de régénération presque infinie. Inutile de cherche de la subtilité, ce n’est pas l’objet du récit. N’Hil combat, enquête et cherche un antidote pour Thorn. Celui-ci ne fait que deux brèves apparitions en début et fin de roman, tout comme le conseiller du roi.

Les combats sont nombreux, variés et sanglants. Le symbiote qu’elle maîtrise à grande peine, lui octroie la fameuse « rage » du barbare. Ainsi ne s’agit-il pas d’un don ou d’une invocation magique. Cette relation permet de mettre un peu de sel dans l’histoire car notre symbiote est loin d’être une créature paisible, harmonieuse et pacifique; au contraire, il cherche à prendre le contrôle de son hôte. Plus grande est la rage, plus puissante il devient.

Les petites reines, choisies par la souveraine pour la protéger sont presque interchangeables, comme le veut leur rôle. En revanche, cette dernière, très mystérieuse jusqu’au final s’avère repoussante à souhait et un parfait antagoniste pour de l’HF. Une aura malfaisante plane dés la première rencontre.

La magie n’est pas étrangère au récit, mais demeure limitée à la zone portuaire, liée à l’eau et aux créatures de la mer. Le lecteur – à l’image de l’héroïne – la côtoie ainsi peu, si ce n’est lors d’une mission de N’Hil ou de la confrontation finale. Elle mériterait d’être un peu plus explorée car son fonctionnement reste opaque, et trop dans le « c’est magique« . La relation avec la poiscaille est évidente, mais pas suffisamment développée pour être l’atout qu’elle devrait; à tel point que le labyrinthe souterrain visité par N’Hil perd de sa saveur. La curiosité du lecteur est bien éveillée, mais pas satisfaite.

La touche érotique plaira sans aucun doute aux messieurs, avec des tenues suggestives et des scènes un peu coquines. Je ne suis pas une grande fan en général, mais Gregory Covin l’utilise dans le cadre de son récit et cela n’est pas maladroit ou incongru.

Le rythme est adapté à la fois à l’intrigue et à l’HF avec de nombreux affrontements, des courses ainsi que des rebondissements. J’ai trouvé l’écriture perfectible. Les scènes de combat sont bien rendues avec un timing qui donne de l’énergie et même de la frénésie quand le symbiote se réveille. En revanche, je ne suis guère convaincue par les dialogues de N’Hil qui m’ont paru bien trop policés pour une jeune femme barbare. Je n’attends pas qu’elle n’ait qu’un ou deux neurones, mais un discours au sortir d’un combat serré, en début de roman, ne me semble pas très cohérent. Ou l’utilisation grammaticalement correcte de ses phrases. Que la reine ou le conseiller s’expriment avec élégance je le conçois, que N’Hil puisse sortir des phrases comme « je n’aime pas cela » – non; j’attendrais « j’aime pas ça » (ceci n’est pas tiré du roman, ce n’est qu’un exemple illustratif).

Au final, Le nouveau Régne se lit rapidement et sans temps mort. Il y a de bonnes idées, des combats convaincants mais des dialogues perfectibles.

Ce livre est pour vous si :

  • vous êtes fans de jeux de rôle et de barbares
  • vous rechercher une aventure courte et sanglante

Je vous le déconseille si :

  • vous recherchez un récit des plus subtils
  • vous n’aimez tout simplement pas l’héroïc-fantasy

 

 

 

25 réflexions sur “Le nouveau règne de Gregory Covin

    1. Je ne crois pas que cela soit pour toi. C’est pour de l’entrée en matière en HF.
      Du moins c’est ainsi que je l’ai vu, tester la HF tranquillement avant de me lire Kane.

      Non, pas aux Utopiales, le résumé et la couverture m’ont tentée, ainsi que le format novella. Je ne voulais pas me lancer dans l’aventure d’un bon gros pavé. 🙂

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  1. Je n’ai rien contre l’HF, j’ai même bien aimé les Conan par exemple qui avaient été une agréable surprise même si on connais tous l’univers donc ça ne joue pas sur la surprise.

    Mais celui ci j’avoue, non. Je ne me serais pas tourné vers lui de base déjà rien que par sa longueur (j’ai du mal avec les Novella même les plus connues et même si j’essaye plus souvent en se moment) mais la couverture et le reste ne me tentent pas plus que ça non plus, donc pas pour moi ^^.

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  2. Le chien critique

    Dès qut tu as parlé de HF, je sentais que cela n’allait pas être pour moi. Ton avis ne fait que confirmer.
    Après même si je ne suis pas attiré par ce genre, je n’aurais pas été contre une bonne surprise. Mais là le format et le manque de subtilité , non merci. Sans parler de la touche d’érotisme. …

    Aimé par 1 personne

    1. Dans cette histoire, rien n’est calibré pour toi. Je te le déconseille, ce n’est vraiment pas dans la veine que tu aimes.
      En revanche, je lis un petit roman en Vo qui est un petit bijou même s’il ne fait pas partie de tes lectures habituelles. 😉

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        1. Oui, il s’agit de celui-ci. Et je pense qu’il a quelques chances de traduction. L’histoire est pas mal du tout, l’ambiance bien rendue, Harlem 1924, du fond et du mystére.
          Et quelques prix (British Fantasy award, Shirley jackson, Horror Award) et finaliste des 3 majeurs (Hugo, Nebula, Locus).

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    1. Merci!
      Non, il n’y a pas que cela. C’est un récit de HF tout à fait dans les canons avec des idées, un rythme trés bon. Ce sont pour moi les dialogues qui sont trop policés, mais dans ma vision.

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