Rédemption de Jamie Sawyer

La guerre, sans Lazare

Lazare en guerre, tome 2.5

L’Atalante

Cette novella tombe à point nommé : elle fait le lien entre la fin des événements de Légion, le tome 2 et la future suite à Lazare en guerre. Dans ce texte, Conrad Harris et sa troupe de simulants sont absents mais leur ombre plane sur la station spatiale Cap Liberté.

Ce court roman de 128 pages est le fix-up idéal pour patienter en attendant le dénouement final.

Effectivement, le préalable à la lecture de Rédemption exige d’être à jour dans leurs aventures et d’aimer la baston sur fond de station en perdition. De là à considérer que cet opus est largement binaire (tout comme le reste de la série), il n’y a qu’un pas. Je vous déconseille toutefois de le franchir, car même s’il s’agit de space opera militaire, cette novella ne se résume pas à des poings dans la gueule, des fusillades à qui mieux mieux, des eclats de tripes ou autres entrailles bien sanglantes. Certes, ce cocktail carné est bien présent (le bourre-pif inclus), mais Rédemption parvient à enrichir l‘univers construit par Jamie Sawyer.

En effet, jusqu’à présent nous étions cantonnés à la seule connaissance de l’aspect militaire et para-militaire de ce monde en conflit avec les Krells (les informations les concernant sont disponibles dans les critiques des tomes précédents), et accessoirement le Directoire. Ce texte évoque la vie des petits équipages commerciaux comprenant une poignée de membres. Leur fonctionnement n’est pas sans rappeler L’opéra de l’espace de Cherryh ou plus récemment celui minimaliste du Rocinante de The expanse de Correy.

Taniya est mécanicienne à bord de l’Edison, un cargo sur le point d’accoster la station Cap Liberté. Elle vient d’un coin obscur : l’Arcologie de Zêta du Réticule, démocratie jusque là indépendante, qui n’a guère eu le choix d’adhérer à l’Alliance. Cette origine permet d’élargir l’horizon du mastodonte politique, de brosser des particularités aux planètes et autres cailloux associés à la fédération, ainsi que de mettre en lumière leurs méthodes éthiquement suspectes. Ainsi, se retrouve-t-on non pas avec une valeureuse Alliance seule contre l’invasion Krell et le Directoire cheenois (orthographié de la sorte), mais avec une entité politico-militaire bien plus ambivalente. Déjà, les tomes précédents semaient quelques éléments sur l’absence de virginité morale de celle-ci, la preuve est désormais faite. J’aime quand le récit prend une tournure absolument non-dichotomique!

Sur ce terrain galactique, Rédemption entrouvre plus largement la porte à des connivences des hautes instances que nous ne pouvions que suspecter à la fin du tome précédent.

Revenons à Taniya.

Dès l’approche de l’Edison, quelques perturbations dans les communications laissent planer le doute quand à la l’issue de ce séjour.  Les incidents se multiplient une fois sur place, jusqu’au black out total et angoissant. Que se passe-t-il ?…  Oh! Surprise! La station est attaquée!Débute alors une lutte pour la survie, dans la lignée d’un Alien.

Le récit est écrit à la première personne; le lecteur découvre avec Taniya les petites pannes, se sent pris au piège en même temps qu’elle au milieu du chaos, affronte le danger de face, cherche les coins et les recoins pour se mettre à l’abri, aide tour à tour un compagnon ou l’autre, assiste impuissant à l’envolée de cervelle, se bat pour trouver une sortie ou pour convaincre un officier entêté. L’oppression corse l’ambiance, tout le jeu comme d’ombres et de lumières qui tap sur les nerfs.

En parallèle, nous découvrons la psychologie de la jeune femme, marquée par un événement tragique et blessée par l’abandon d’une mère qui ne lui parle plus. Ce personnage est moins abîmé que Conrad Harris, le héros de l’Alliance. Notre jeune femme est bien moins névrosée et plus équilibrée que lui, oscillant entre une peur qui lui glace les entrailles et l’espoir fou de s’en sortir, rêvant surtout de pardon. Elle s’avère un personnage intéressant, plus lumineux que ceux animant les autres tomes.

Lors de son voyage depuis Zêta, elle a fait la connaissance de chacun des membres de l’Edison, du désagréable et obsédé Sheldon au charismatique Nath, en passant par Daryl, le capitaine ouvert, et sa femme, la désagréable Lucinda.  Les protagonistes secondaires sont brossés, à peine esquissés mais à la décharge de l’auteur, l’histoire ne dure que quelques heures. Le roman est court et galope à l’essentiel. Prendre le temps de leur donner davantage de corps serait… une perte de temps, et couperait bien trop le rythme. Seule la mère de Taniya sort du lot (volontairement) et me rappelle fort l’héroïne de la saga Alien.

Rédemption est un récit de space opera explosif qui parvient à approfondir l’univers de Lazare en guerre, tout en nous offrant un morceau de bravoure. L’ambiance est proche de celle d’un Alien, avec une course effrénée contre la montre, la mort sur les talons et une oppression de tous les instants. Un excellent fix-up entre deux tomes.

Je tiens à vous transmettre le résumé éditeur :

« Quand Avatar et Aliens se rencontrent Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad, on obtient un roman de science-fiction remarquable. Grâce à son ambiance noire et désabusée, grâce à son rythme savamment étudié, à la psychologie finement développée de son personnage principal et son côté prenant, parfois coup-de-poing. Bref, un excellent livre, alliant Sf populaire « de divertissement » et Sf « intelligente«  » – Le Culte d’Apophis.

Hello Apo! 😉

Ce livre est pour vous si :

  • vous aimez les deux premiers tomes
  • vous recherchez un space opera militaire intelligent
  • Vous adorez Sigourney Weaver dans Alien

Je vous le déconseille si :

  • vous n’aimez pas les grosses bestioles
  • Vous avez peur du noir
  • vous n’aimez tout simplement pas la sf militaire
Autres tomes :
Autres critiques :

Pour bientôt …

Challenges :
Challenge Littérature de l’Imaginaire – 5° édition
Le livre :
  • 23 novembre 2017
  • La dentelle du Cygne
  • 128 pages
  • Broché : 12,5€

 

 

28 réflexions sur “Rédemption de Jamie Sawyer

  1. Et bin super tout ça, je pense que tu m’as convaincu de le rajouter à la liste des Novella que j’ai envie de lire pour mon Weekend Novella que je vais faire ce weekend (même si je n’aurais pas le temps de toutes les lire vu le nombre que j’ai maintenant xD)
    Je trouvais déjà que la série principale avait un petit arrière gout d’Alien 😛

    Aimé par 1 personne

    1. Ah! mais c’est un grand oui pour toi. je pense que tu vas apprécier cette novella pleine peps.
      Attention, comme le signale l’ami Apo, elle ne sera pas dispo en VF avant fin novembre! 🙂
      La petite saveur Alien n’est pas finie…

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  2. Aaaaaargh, ça va être long d’attendre jusqu’à sa sortie officielle maintenant ! Méchant Lutin 😀

    (ah ben si maintenant les éditeurs se mettent à me citer sur les quatrième, les bandeaux rouges « PRIX APOPHIS » ne sont peut-être plus une utopie, finalement…).

    Aimé par 2 people

    1. J’ai un esprit parfois un poil sadique! 🙂
      Comme tu as aimé les deux premiers, tu ne seras pas surpris : c’est dans la même lignée.

      Je me demandais si tu étais au courant… visiblement pas. Avant d’aller jusqu’au bout, je me disais : »mais je connais ça!) Et pan : Apo!
      Oui, à quand le bandeau rouge?!!! 😉

      Aimé par 1 personne

      1. Il paraît qu’il y a la même sur le tome 2 sur les rabats (mais vu que je possède la version électronique, c’est quelqu’un qui me l’a signalé sur le forum de PSF), mais pour cette novella, non je n’étais pas au courant. Du coup, j’ai changé ma précommande, je l’ai prise en version physique, histoire de montrer ça à ma mère 😀

        Aimé par 1 personne

  3. Le chien critique

    Je t’ai déjà dit que cela ne servait rien de chroniquer de la SF militariste, je n’en lirai pas !
    Je vous demande de vous arrêter.

    Cela devient tout de même compliquer de lire les séries. Si les editeurs auteurs commencent à nous faire des novellas entre les tomes , mais où va t’on ma p’tite dame ! A mon époque. …

    Aimé par 1 personne

    1. LOl! je le sais!
      Mais j’aime bien cela!!! Il en faut bien quelques uns ou unes!

      Celle-ci novella n’est pas si inutile, car elle explique un événement se déroulant à la fin du tome 2, pour le tome 3 (de cette trilogie) c’est un plus d’avoir cette « information ».

      Ah! les anglo-saxons ont trouvé un bon filon avec ces procédés. Je le préfére toutefois à la façon de faire de l’édition française qui découpe en 2 ou 3 certain one-shot, ou qui nous font des livres-séries à suivre.

      Au passage, j’adore ton icône telle qu’elle apparaît sur mon blog. Elle est géniale.

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    1. J’en suis ravie car il y a des titres qui sont nettement plus complexes que l’aspect binaire trop souvent véhiculé.
      Lazare en guerre bénéficie en outre d’une ambiance très Alien. 🙂
      En revanche, il faut commencer par le tome 1 de préférence, même si cet « intermède » est lisible comme un one-shot.

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        1. Je suis les sorties des éditeurs, et les conseils des blogopotes. C’est aussi, bien plus facile quand tu lis le genre depuis quelques années : tu sais quels genres du aime, quels styles et quels auteurs. 🙂
          Effectivement, je passe un peu de temps dessus. 😉

          Aimé par 1 personne

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