Derrière le désert de Svetlana Kirilina

Sun, sand and salt

Après avoir enchaîner quelques bons petits pavés, j’avais envie d’histoires courtes, de trouver une sensation de rythme et de gourmandise. C’est pourquoi le blog vous propose à la suite quatre novellas, enfin L’homme des Jeux de Banks s’intercalera dans ce lot.

Aujourd’hui, il s’agit de découvrir la dystopie fantastique Derrière le désert de Svetlana Kirilina.

Cette terre est à l’agonie, le sable et la sécheresse recouvre le monde connu, le désert se posant en frontière infranchissable… Quelques courageux tentent l’aventure afin de découvrir si une vie luxuriante se cache aux yeux des hommes. Aucun ne revient.

Pourtant les ressources n’ont pas manqué avant cette lente décrépitude, verdure, eau, oiseaux, villes blanches, pétulance recouvraient la croute terrestre.

Svetlana Kirilina concentre son récit sur un village en particulier, à la bordure de cet horizon infini et sablé. Y vivent Mara, son frère Ned et sa grand-mère Becka.

La structure narrative est particulière et amène un plus à cette histoire. Chaque chapitre débute par un très court dialogue avec la question sans cesse renouvelée : « Qu’est-ce qu’il y a derrière le désert?« .  Ce point d’entrée donne le ton, une introduction à la litanie lancinante du récit.

S’ensuivent deux trames l’une au présent de l’indicatif, l’autre au passé.

La première s’apparente à un journal intime. Nous apprenons plus tard qu’il s’agit d’un homme ou jeune homme qui a franchi le pas et qui raconte son parcours au sein des dunes sableuses, du terrain accidenté sous le soleil accablant et les nuits glaciales. Il y a surtout l’espoir, celui de retrouver sa sœur, et de triompher de l’obstacle ultime. Ces passages en italique sont assez courts, et sont surtout la résultante de la partie contée au passé.

Celle-ci est plus classique car nous y découvrons les conditions de vie de ce peuple au bord de la rupture. Le village est dans un état de décrépitude avancée, balloté entre les vents, secoué par les tempêtes et écrasé par le soleil. Nous ne savons pas s’il s’agit de notre Terre dans un futur lointain (cela se peut) ou d’un monde imaginaire. Cependant, une chose est sûre, l’avenir est désespérant et même le professeur qui y vit signale que le village est « mort », avec l’absence d’une jeune génération forte.

La morosité est renforcée par la comparaison qu’il est possible de faire entre les descriptions et les images contenues dans les livres, comme cela arrive fréquemment à Mara, ou en observant les artefacts que retrouve son frère Ned dans des ruines à proximité.

Ce récit au passé s’attarde sur le parcours de cette jeune femme, attirée par le désert. Il exerce une fascination sur une partie de la population, un appel qui devient impossible à ignorer pour certain d’entre eux. Très vite nous comprenons que Mara cédera un jour ou l’autre, qu’elle sera au final subjuguée par le chant des sirènes du désert, l’inconnu et l’espoir. La certitude apparaît quand un voyageur débarque au village, et doit patienter jusqu’à la fin de la saison des tempêtes, poussé par la curiosité, l’appel et l’envie de découvrir ce qu’il y a au-delà.

J’ai bien aimé la personnalité de Mara à la fois loyale et incapable de rester éternellement là-bas, esclave de la litanie, finalement partagée entre deux pôles irréconciliables. Il y a de la douceur en elle et une forme d’entêtement qui confine à l’obsession. Les autres protagonistes sont présents en guise d’appui.

Cette dystopie possède une dimension fantastique avec la présence de chimères, et l’impossibilité d’affirmer s’il s’agit de fantômes, d’êtres énergétiques ou tout simplement de mirages.

Quant au style, je ne suis pas totalement fan. La répétition cherche à donner un aspect envoûtant, à transmettre le côté obsessionnel de l’appel – enfin, c’est ainsi que je le vois. Il y a des passages où cela fonctionne parfaitement, ou l’effet est bien rendu, en adéquation avec l’ambiance brune et sablée. Cependant, cette écriture est trop présente pour mon goût, j’aurais aimé des plages de « respiration ». Ceci dit, le roman est court avec ces 120 pages, et cela ne m’est pas devenu pesant. Bref, cette écriture séduira les amateurs (ou pas) car il y a une recherche assumée.

Derrière le désert brosse le tableau d’une terre mourante, où le seul espoir réside dans le chant de ses chimères. La structure narrative est intéressante et participe pleinement à l’effet complainte du désert.

Ce livre est pour vous si :

  • vous aimez la dystopie
  • vous aimez les plumes travaillées
  • Vous voulez une histoire de Terre mourante

Je vous le déconseille si :

  • vous n’aimez pas les récits de désespoir
  • Vous n’avez pas la fibre aventureuse
  • vous recherchez un roman plus complexe et dense
Autres critiques :
Le livre :
  • 120 pages
  • broché : 9,50 €
  • free numérique en abonnement ou emprunt

 

8 réflexions sur “Derrière le désert de Svetlana Kirilina

  1. Une novella de ce genre me conviendrait bien en ce moment !
    Mon ratio de livres lus a méchamment baissé, alors je prends volontiers ^_^
    Et sinon, c’était pas trop difficile le désert pour un lutin comme toi ? 😀
    Grazie mille 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Contente alors!
      Que t’arrive-t-il ? Une légère panne de lecture ?

      Les lutins sont soumis à une rude épreuve dans le désert, il leur faut la vie et l’esprit de la forêt pour vivre en harmonie!

      Merci à toi! 🙂

      J'aime

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