Pandore Abusée de Peter Hamilton

NE PAS OUVRIR LA BOITE!… Too late

L’étoile de Pandore, tome 1

Bragelonne

Avec cette tétralogie Pandore, Peter Hamilton a choisi le gigantisme pour poser le cadre d’une aventure tout aussi impressionnante. Il n’y a pas d’intention de révolutionner le genre SF, d’explorer des courants novateurs ou de spéculer sur des idées philosophiques d’avant-garde, uniquement l’ambition de nous faire vire des moments intenses et les frissons d’une aventure spatiale XXXL, sans que le fond ne soit délaissé pour autant.

Et, c’est plutôt très réussi, que ce soit pour Maned Wolf ou pour le lutin que je suis, lors de cette chouette lecture commune.

Pandore Abusée est le premier tome (Pandore Menacée est effectivement le deuxième tome), dont le fil rouge, simple en soi regorge, de coudes et de détours ainsi que de quelques trames secondaires qui font de cet univers un ensemble riche, cohérent et complet.

Tout commence lorsque l’astronome Dudley Bose depuis le fin fond de sa planète observe la disparition d’une étoile à mille années-lumières de là. Cet événement est sensationnel lorsqu’il est naturel, mais cerise sur le gâteau, il ne s’agit pas d’une extinction naturelle et brutale. L’étoile a été entourée artificiellement par une sphère Dyson.

Quelle prouesse ! Le mystère est tel, que les instances du Commonwealth décident d’organiser une expédition…

Il y a tant à dire sur cet univers que je développerai les points particuliers à l’univers de  Pandore lors de la critique des 4 tomes (technologie, personnages, planètes, civilisation), je ne souhaite pas noyer tout le monde dans une très longue chronique bourrée de détails. Ceci dit, pour ce premiers volume, j’essaierai de faire succinct et complet.

 

L’univers qui nous concerne, s’axe sur le Commonwealth, cela est surtout vrai pour Pandore Abusée. Il est calqué, sur le Commonwealth de 52 nations de notre monde bien à nous, mais multiplié à l’échelle galactique. Il comporte de multiples systèmes solaires et planètes, colonisées par l’espèce humaine en plusieurs vagues programmées. Ce conglomérat, certes expansionniste, est pacifique, et les mondes arrachés vierges de vies évoluées. D’ailleurs, nous aurons le loisir d’assister à une de ces missions de reconnaissance en vue de colonisation.

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Qui dit Commonwealth, sous-entend système de gouvernement et implication politique, Peter Hamilton propose de découvrir également ses dessous et  ses engrenages socio-culturels. Une démocratie chapeaute effectivement l’ensemble, mais il ne faut pas nier le lobbying des Grandes Familles et des Dynasties. Leur place unique dans cette civilisation s’explique par leur âge : leurs chefs furent parmi les premiers à bénéficier des thérapies de rajeunissement, et ont pu ainsi étendre leur mainmise sur des projets bénéfiques. Les tentacules familiaux sont ainsi à l’image de leur empire économique, la richesse initiale étant un autre facteur de cette position privilégiée.

Comme souvent, ils se sont coupés du commun des immortels qui sont dans l’obligation de travailler (et quelque part, c’est pas mal d’avoir un société active et non pas maintenue dans l’oisiveté du fait du progrès technologique et scientifique), ne serait-ce que pour pouvoir s’offrir une cure de rajeunissement. Ainsi, certains passent leur temps, obsédé, prisonnier de cette échéance, subissant un stress permanent en forme d’épée de Damoclès, s’aigrissant…

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En raison de cette vie éternelle, cette société a peu évolué par rapport à la notre malgré les près de 4 siècles qui nous séparent. Ce choix de Peter Hamilton peut surprendre et décevoir. J’ai aimé cette constance pour absorber la taille de l’univers et de l’histoire contée. Par ailleurs, il n’ est pas d’un simple copié/collé de la culture anglo-saxonne, les mœurs se sont modifiées largement vers une liberté accrue, des choix de vie nombreux et variés.

Nous reviendrons ultérieurement sur cet aspect sociétal dans une future chronique.

Nous serons amenés au cours de ce seul roman, à visiter presque une dizaine de systèmes avec des particularités propres à chacun, et certains, plus séduisants que d’autres, et surtout plus intéressants en terme d’intrigue ou de chatoyance.

Les humains ne sont pas les seuls êtres présents dans cette structure supra-planétaire. L’incontournable IA fait forcément partie des meubles, avec un background intéressant. Nous la côtoyons finalement peu dans ce premier opus, aussi développerai-je cet aspect ultérieurement.

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L’Ange des hauteurs est un un vaisseau artefact bien mystérieux qui éveille aussi bien la curiosité et la fascination que l’inquiétude pour la population ne connaissant très peu ses origines, impressionnée par sa technologie très avancée. Même si le rôle est limité, l’influence qu’il joue sur la psychologie est trop importante pour le laisser de côté, et surtout il ouvre des potentialités énormes pour le futur.

Autre extra-terrestre mystérieux, l‘Arpenteur des étoiles ne laisse pas indifférent, entre mythe et réalités, il fait figure d’épouvantail pour bon nombre de peuples. Son importance s’avère majeure car il fait office de catalyseur du côté de la trame secondaire complotiste. Les Gardiens de l’individualité, basé sur Far-Away, sont persuadés qu’il manipule l’humanité vers sa perte…

Enfin, il y a les silfens, une espèce d’extra-terrestres étranges que nous découvrons surtout à partir du deuxième roman, Pandore Menacée. J’y reviendrai lors de la chronique future.

La technologie a fait de sacrés progrès. Nous ne sommes « qu’au » 24° siècle, aussi cette expansion ne s’est-elle pas réalisée par petits bonds à bord de vaisseaux spatiaux. Ce sont Ozzie et Sheldon qui découvrirent la technologie des trous de ver au XXI° qui permit ces exploits. Ces deux personnalités éminentes du Commonwealth ont une influence notable sur les instances politiques, et auront donc leur mot à dire sur la mission d’exploration et la construction du vaisseau, Seconde Chance.

Vous avez bien lu, Ozzie et Sheldon sont toujours de cet univers plus de 300 ans après.

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Ils sont pratiquement immortels, comme l’ensemble de la population, d’où un espace en extension progressive et continue. Cependant, cette immortalité n’est pas une bénédiction divine, elle tient davantage du bain de jouvence que du miracle divin. Les cures de rajeunissement permettent aux organismes d’éliminer les toxines, de dynamiser les cellules, et de remonter l’horloge biologique au stade de jeune adulte. Les passages en clinique ou autre centre de technologie permettent de s’offrir des implants ou des améliorations plus ou moins poussées, plus ou moins exotiques qui vont d’une vision avec possibilité de zoom et/ou élargissement des longueurs d’onde perçues à la connexion permanente avec les marchés financiers, savoir encyclopédique, puce mémoire,…

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Bien entendu, tous sont reliés à l’unisphère, un web 4.0.

Je ne vous ai pas perdus ?

Si la taille de ce Commonwealth vous fait peur, ou ce que je viens de décrire vous freine, je peux vous rassurez.

Peter Hamilton prend le temps d’introduire et de présenter les intervenants principaux ou secondaires, les plaçant, traçant leurs traits de caractère principaux. Il fait de même avec les éléments de l’histoire et du monde construit. Impossible d’échapper à quelques phases d’info-dump que l’on pardonnera à la vue de la richesse découverte.

Effectivement, il y a tout un jeu de séduction mis en œuvre pour enchanter le lecteur. Divers procédés pour cela allant du mystérieux Ange des hauteurs au tout aussi énigmatique Arpenteur, l’introduction de personnages savoureux (Ozzie, Sheldon, Kime, Paula Myo), la description de mondes savamment mis en valeur, des complots, le souffle d’une aventure grandiose,…

Peter Hamilton maîtrise son récit. Je dois avouer que j’ai trouvé la première moitié un peu longue, avec cette mise en place cherchant la cohérence, et surtout l’introduction des divers rouages liés à son intrigue principale. Sans doute, quelques descriptions ou dialogues auraient pu être allégés, mais je crois qu’à l’image de Brandon Sanderson, l’auteur à cette tendance. Bref, après une premier moitié où la concentration du lecteur est des plus utiles, nous basculons vers une dynamique plus élevée, ne cessant de s’accélérer jusqu’à la fin.

Et, le sense of wonder est bien au rendez-vous!

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L’intrigue est simple tout en se déployant sur plusieurs niveaux, sachant que tout est lié de prés ou de loin et aura un impact final.

Suite à l’enveloppement d’une étoile lointaine, le Commonwealth décide d’organiser une mission de reconnaissance scientifique, technique et défensive. Cette décision a des répercutions politiques; les Grandes Familles veulent bénéficier des retombées et être partie prenante des décisions. Forcément, tous les intérêts ne sont pas conciliables, et des jeux et bras de fer ont lieu.

Il s’agit d’une aventure technique et scientifique, les trous de ver permettent des déplacements plus économiques et rapides que le trajet inter-planétaire à bord de vaisseau. Mais assister aux différentes phases de construction du vaisseau est un énorme plus.

Cette décision ne fait pas que des heureux, les Gardiens de l’Individualité crient au scandale et dénoncent la manipulation de L’Arpenteur. Ils vont donc lutter contre le projet, quitte à utiliser la force. Ce volet complotiste entraîne l’aspect judiciaire et policier, puisque nous suivons Paula Myo, une femme de fer, dans sa poursuite d’Adam Elvin, bras armé et Bradley Jonhanson, le fondateur et inspiration politique du mouvement.

Pandore Abusée possède la saveur d’une introduction – surtout dans sa première partie – à un récit palpitant aux dimensions impressionnantes. La richesse déployée et la complexité apparente peuvent freiner plus d’un lecteur, mais une fois, le pas franchi, la lecture s’avère addictive et passionnante.

Le monde est cohérent, vaste et riche à l’image d’une intrigue qui fonctionne au diapason. Les personnages mémorables et nombreux animent cette fresque spatiale qui ne demande qu’à être découverte.

 

Un grand merci à Apophis pour m’avoir conseiller ce livre! 😉

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Ce livre est pour vous si :
  • vous aimez les mondes galactiques
  • vous souhaitez un livre avec un véritable « sense of wonder« 
  • vous avez aimé Dragon déchu
je vous le déconseille si
  • vous n’avez aucune affinité avec Banks, Hamilton, Niven,…
  • vous n’avez aucune patience
  • vous souhaitez un roman qui pète dans tous les sens
Autres critiques :

Orion

Le livre
  • Bragelonne/Milady
  • 672 pages
  • 5 juin 2008
  • poche : 9,90 €
  • ebook : 5,99 € ou emprunt gratis

45 réflexions sur “Pandore Abusée de Peter Hamilton

  1. Ce premier tome traîne sur ma table de chevet depuis des mois, l’univers m’intéresse, mais il y a quelque chose qui passe mal dans le style de l’auteur… je ne saurais même pas dire quoi, mais je n’arrive pas à me mettre dans l’ambiance, pas moyen. Ta chronique me remotive un peu :3 mais j’ai quelques livres à terminer avant !

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    • Ah! c’est effectivement ma crainte avec l’entrée en matière et cette « avalanche » de mondes, de personnes et de détails. Il est difficile de craquer pour un personnage tout de suite, même si personellement, Paula m’a tout de suite plu.
      du coup, c’est fourni et le lecteur peut éprouver un certaqin manque de dynamique. Il faut lire la moitié du bouquin, car ensuite, tu t’es familiariser avec tout, et l’aventure « débute » avec Seconde Chance et ses « péripéties »

      Aimé par 1 personne

  2. J’avais dévoré la Grande route du nord et m’étais arrêter au 2eme tome de la trilogie du Vide😉
    Je te rejoins tout à fait sur le fait qu’hamilton ne révolutionne pas le genre mais c’est somme toute honnête et divertissant !
    Du coup ça me donne envie de futur le Vide et entamer Pandore☺️

    Aimé par 1 personne

  3. Ça me dirait bien de tenter un de l’auteur cette année, j’avais eu une mauvais expérience il y a une 10ène d’année sur le début d’un de ces livres (que j’avais pris au hasard donc impossible de me rappeler duquel xD) mais je pense qu’il est temps de sortir de cette mauvais image et de vraiment m’y mettre ^^
    Je tenterais peut être celui ci parce que ça a l’air sympa, complexe et c’est ce que j’aime en général, je n’ai pas peur de la lenteur.

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  4. Mais de rien 😉

    C’est à la fois la qualité et le défaut d’Hamilton, selon le profil de lecteur : prendre le temps (de présenter l’univers, les lieux de l’action, les personnages, les bases de l’intrigue). Ce qui fait qu’à part Dragon déchu, on a affaire au minimum à des trilogies (je parle de la VF) et à des pavés de 500+ pages. Mais moi j’aime beaucoup cette exhaustivité, c’est rare de voir des univers aussi fouillés et surtout cohérents.

    J’adore certains des personnages de ce cycle : Paula, évidemment, et ce sacré Ozzie. La scène d’ouverture sur Mars vaut son pesant d’or, dans son genre.

    Merci pour cette critique, comme toujours détaillée, bien construite et agréable à lire ! J’ai hâte de voir ce que tu vas penser de la suite (et il y a du boulot, vu que c’est un meta-cycle avec une trilogie et un diptyque à la suite :D).

    Aimé par 2 personnes

    • Hé!hé!
      Je suis bien contente que tu me l’ai suggérée!

      Oui, cette exhaustivité est assez déroutante surtout dans la longueur est la profondeur. C’est hyper fouillé même dans les personnages, où certaines scénes seraient souvent abrégées par d’autres. Il y a du coup davantage d’intimité et une impression parfois de longueur… jusqu’à mi-course, ensuite c’est du genre explosif!

      Moi aussi, j’adore Paula, elle en jette dès son entrée! Ozzie est terrible. C’est vrai que la scéne sur Mars restera gravée dans ma mémoire!!! LOL! Je l’ai relu pour voir si j’avais bien compris! 😉

      Merci de ce compliment! 😉
      Normalement le tome 2 est pour bientôt. Le mois prochain, le tome 3 et en avril le tome 4. Après, il faut que je regarde l’ordre de lecture, je ne sais plus lequel est ce…

      Aimé par 1 personne

  5. Whaou, quelle chronique ! Ça a dû te demander un sacré boulot 🙂 j’ai terminé le tome 2, je ferai une chronique groupée à la fin des quatre tomes mais je prends toujours autant de plaisir !! Et je suis très contente de t’avoir pour compagnonne d’aventures 😉

    Aimé par 1 personne

    • Merci ma partenaire de « crime »! 😉
      Oui, j’y ai un peu plus de 5 heures. J’ai pensé faire une chronique groupée, mais je me suis dit que ce serait vraiment, vraiment trop touffu.
      Je n’ai pas tout à fait fini, j’ai tendance à dormir le soir ces temps-ci. Serais-je un peu fatiguée ?…La météo sans doute! 🙂

      Aimé par 1 personne

  6. Mon auteur préfèré pour le Space opera ❤️ J’aime beaucoup la saga du Commonwealth que tu viens de commencer, pour son univers mais aussi ensuite pour les personnages même si comme tu le dis, l’auteur ici ne révolutionne pas le genre. Je pense que si l’on veut être plus surpris sa saga l’aube de la nuit est bien plus impressionnante.
    Je te souhaite une bonne lecture pour la suite!

    Aimé par 1 personne

    • Aha! C’est décidément prometteur. Dans le tome 2 le focus sur les personnages commence à se préciser et je me suis attachée à Paula, Ozzie et sa troupe. L’aube de la nuit sera pour plus tard. Il faut que je termine celle-ci. 🙂
      Très bientôt pour la suite. 😉

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  7. J’ai réussi à m’enfiler le cycle de l’Aube de la Nuit, et avec grand plaisir même s’il avait des longueurs. Donc si celui de pandore est du même tonneau, je pourrais le tenter vu la richesse du décor que tu décris.

    Aimé par 1 personne

    • Je n’ai pas lu le cycle l’Aube de la Nuit, je le ferai après Pandore. A priori c’est du même tonneau, même si en fonction des goûts L’aube semble un poil au-dessus. A confirmer. 🙂

      Tente! 😉

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  8. Oh que non, tu ne m’as pas perdue ! Au contraire, ta critique résonne, comme un avant goût de ma prochaine lecture, qui sera justement hamiltonienne ^^ Je vais attaquer le dernier tome de son excellentissime saga L’Aube de la Nuit, et j’en suis toute fébrile rien qu’à l’idée d’assister au grand final !
    Si L’étoile de Pandore est aussi réussie, alors waouh !!! C’est un génie ce Peter !
    J’dis ça, j’dis rien 😉 Merci !

    Aimé par 1 personne

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