Pandore Menacée (T2) – Peter Hamilton

Fragile, l’Espérance n’avait pas eu le temps de s’échapper

L’Étoile de Pandore, tome 2

Bragelonne

« La boîte de Pandore est désormais ouverte…
À l’arrivée du vaisseau Seconde Chance, le mystérieux champ de force du système solaire de Dyson a disparu, libérant une armée d’extraterrestres. Attaquée, l’expédition humaine doit s’enfuir en abandonnant deux membres de son équipage qui sont aussitôt capturés. Leur mémoire pillée révèle le secret des trous de ver et du voyage interstellaire aux Dysoniens. Pour se défendre, l’humanité se lance dans la construction d’une flotte de vaisseaux de guerre. Mais, face à des extraterrestres belliqueux, il est sans doute déjà trop tard. L’invasion aura lieu. Il reste juste à savoir quand, et où. »

Nous pourrions penser que le résumé éditeur dévoile bien trop la trame de ce deuxième tome de L’Étoile de Pandore de Peter Hamilton. Il n’en est rien car à la fin du Pandore Abusée, le lecteur se doute parfaitement que l’envahisseur pointera bien vite de le bout de son nez, surtout que l’équipage du Seconde Chance a laissé derrière lui la seule personne susceptible de porter préjudice au Commonwealth : Dudley Bose…

Un Commonwealth XXL

L »univers imaginé par l’auteur britannique est toujours aussi dense, complexe et cohérent, à l’image de notre civilisation humaine. Cette complexité n’est pas un frein à la lecture, ni à la compréhension; la première moitié du tome d’ouverture prenait le temps de développer et de placer les différents éléments du Commonwealth. Ainsi, s’agit-il simplement d’un enrichissement avec quelques passages sur des planètes inconnues jusqu’alors ou d’autres qui n’ont fait l’objet que de quelques apparitions comme celle de glace, ou encore Huxley Heaven (un clin d’œil à Le meilleur des mondes de … Huxley).

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Une société post-victorienne

Le Commonwealth de Peter Hamilton partage de nombreuses caractéristiques avec celui d’Elizabeth II. Ce choix peut surprendre et décevoir car généralement les sociétés imaginées dans quelques siècles ont beaucoup évolué. Or nous découvrons une société conservatrice (pas dans le sens politique actuel franchouillard) qui psychologiquement nous est proche même si elle est ouverte et libre au niveau des mœurs.

Néanmoins, je trouve cela logique. N’oublions pas que suite aux progrès scientifiques et techniques, l’homme est devenu quasiment immortel. Les premiers ayant bénéficiés de cette technologie, outre Ozzie et Sheldon, sont les patriarches, matriarches et fondateurs des Grandes Familles ou de Dynasties inter-solaires. Ces dirigeants sont nés au XXI°, ils ont plus de 300 ans, et ont donc perpétuer un mode de vie qui leur sied. Leur psychologie a donc connu une faible évolution par rapport à nous.

Nous pouvons également observer qu’à l’échelle de l’occident, la seule évolution majeure depuis la fin de WWII se résume à l’émancipation de la femme (civilement et sexuellement). Depuis, c’est plutôt léger. Et c’est compréhensible, même en Occident la majorité de la population vit dans l’arrière pays, et non dans les grandes villes cosmopolites; une population qui reste assez traditionnelle dans ces modes de vie et à qui cela convient.

Donc, pour en revenir à L’Étoile de Pandore, cette société globalement stable est logique et sert également de point d’appui pour le lecteur, un référentiel solide est bienvenu alors que la vision que lui offre Peter Hamilton s’inscrit dans des dimensions XXL.

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Des intrigues corsées

C’est sans doute L’Étoile de Pandore et Dyson Alpha qui nous offrent un « moment de bravoure » mémorable. En effet, ce système solaire dévoile une civilisation particulièrement belliqueuse une fois la sphère Dyson évanouie… et  nous faisons la connaissance de MatinLumièreMontagne, une entité particulière. Très particulière.

Immobile vivant sur Dyson Alpha, MatinLumièreMontagne évolue par agglomération et fait le vide autour de lui. Les autres formes de vie intelligentes sont inutiles au mieux, ennemies au pire, et son credo se résume à « je suis la Vie« .

Au niveau de l’intrigue, la confrontation – initialement par effort de guerre interposé avant d’être un face à face brutal et sanglant- tient la rampe et le lecteur en haleine. En effet, les uns et les autres ne se foncent pas dans le lard sans préparatif avec des ressources sorties d’un chapeau magique (ou un sac sans fond). Nous assistons à la montée ne puissance de l’appareil militaro-industriel avec une certaine tension. Décision simplissime pour MatinLumièreMontagne,  le patron c’est lui, et il n’a qu’à diriger son énergie sur l’étude des trous de ver (merci M. Bose!), et la construction d’une flotte de guerre. Vu sa structure sociétale binaire, la décision est suivie immédiatement d’actes, favorisant dès lors la construction de milliers de vaisseaux.

Dans le Commonwealth, la donne est tout autre, la décision est d’essence éminemment politique, et dans cette société pacifiste, convaincre du besoin de s’armer sévèrement, est un enjeu en soi. Les tractations impliquent l’aval et l’influence des Grandes Familles et Dynasties Inter-solaire. Bien entendu, chacun veut profiter de l’occasion pour retirer les marrons du feu (lobbying, richesse, voix,…) et étendre son aura dynastique. Le lecteur assiste à la réunion clé, avec l’ensemble des parties. Si ce passage est riche de détails et offre un background solide aux uns et aux autres, le lecteur pourra trouver tout cela longuet. Quelques dialogues sont vraiment superflus.

Une fois la décision politique actée, la structure fédérale se trouve bouleversée, la Flotte d’exploration transformée en Marine (de guerre avec son seul Vaisseau 😉 ), Kime se voit bombardé Amiral de la Flotte. Rassurez-vous, Peter Hamilton ne rentre pas dans les détails de la construction des vaisseaux qui vont renforcer les rangs.

Une fois, MatinLumièreMontagne prêt, l’offensive bat son plein. Ce n’est pas un spoiler car nous savons dès la fin du tome 1 que l’issue sera celle-ci. Cette partie est vivante, visuelle, captivante et tient le lecteur en haleine.

Comme précédemment, cette opposition n’est pas la seule intrigue proposée au programme. Nous en avons deux autres majeures en sus initiées dès l’ouverture du cycle.

Nous avions laissé Ozzie à la Cathédrale de Glace dans un monde de froid et de cristal alors qu’il cherchait à suivre les chemins silfens. Avec son compagnon de route, Orion, ils ont abouti dans ce poste avancé de civilisations hétéroclites, abritant tous les égarés de ce rêve.

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Les silfens sont une espèce extra-terrestre présente dans le Commonwealth depuis le début. Ils sont très étranges, imprévisibles et secrets un peu à l’image des elfes à qui ils ressemblent. Le fait qui intrigue et participe à créer un fantasme est leur façon de voyager : ils empruntent des chemins traversant les mondes (qui aboutissent systématiquement dans des forêts). Lors de l’épopée d’Ozzie, perdu dans une de ces contrées  – cette fois-là inhospitalière – il va faire plus ample connaissance avec cette civilisation.

Ce périple ressemble à la fois à une quête personnelle et un voyage onirique. Même s’il y a quelques petites longueurs, cette trame réserve son lot de petites surprises (un clin d’œil à A. C. Clarke), un pèlerinage enchanteur, glacial et prenant. La chute en fin de roman coupe le souffle…

Enfin, l’enquête de Paula Myo à un impact non négligeable sur l’ensemble. Depuis le début, elle chasse Elvin Adam et Bradley Johnasson, qui ont tenté d’anéantir la mission de Seconde Chance dans Pandore Abusée. Johanson est persuadé que le gouvernement est sous l’emprise du mystérieux Arpenteur des étoiles cherchant à précipiter la chute de l’humanité.

Paula est un inspecteur tenace – sa mission dure depuis plus d’un siècle – et n’hésite pas à suivre la moindre trace laissée par les deux hommes. Elle est d’ailleurs sur le point d’aboutir et de mettre la main sur un des deux quand un troisième larron s’invite dans la partie avec force d’effets pyrotechniques… anéantissant preuves, traces, pistes et fragilisant la position de cette femme de fer. L’identité de l’intervenant et du commanditaire restent un mystère, et chercher à les identifier s’avère fatal.

Cette partie est très vivante, rythmée et pleine de rebondissements. Bien entendu, la trame s’intègre parfaitement dans le tableau d’ensemble et le lecteur finit par vaciller sur ces certitudes au même titre que l’inspectrice de choc et de charme.

Des personnages au diapason

Paula Myo est sans doute le personnage que je préfère dans la saga. Cette femme génétiquement modifiée pour être incorruptible est entêtée, possède un instinct inné de la chasse – ou un goût prononcé – et son apparence distante la rende encore plus énigmatique et séduisante.

Ozzie est son opposé solaire, noir avec des rastas, c’est un des deux génies à l’origine de la découverte des trous de ver. Il a beaucoup d’humour, un sens de la drague catastrophique, ainsi qu’un penchant pour la solitude. Son compère, Sheldon, est assez discret dans ce tome. Le lecteur fréquentera davantage Campbell lors des tractations initiales, ce qui permettra de ce rendre compte des ramifications des Grandes familles. Notamment celle des Burnelli, dont Justine est un membre éminent, loin d’être cynique malgré son âge avancé et sa silhouette de rêve.

Il y a également d’autres personnages secondaires qui gravitent autour des dynasties et qui participent aux différentes trames. Ils ne sont pas forcément aussi mémorables que MatinLumièreMontagne, et certains sont juste utilitaires, mais cette galaxie de portraits permet nombres d’interactions.

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Le Sense of Wonder répond présent!

Pandore Menacée confirme les promesses initiées dans le premier tome, en proposant un spectacle grandiose, un monde aux dimensions XXL, et une trame ambitieuse et palpitante. Bénéficiant de moins de longueurs, ce volume embarque le lecteur dans la préparation d’une confrontation qui semble dès le début disproportionnée, qui confirme l’excellence d’un ennemi redoutable. La boîte de Pandore ne doit jamais être ouverte… L’Arpenteur des étoiles tient également parfaitement son rôle laissant tout son monde dans l’expectative, entre mythe ou réalité.

Ce monde est  vaste et riche à l’image de cette fresque spatiale qui ne demande qu’à être découverte.

Ce livre est pour vous si :
  • vous aimez les mondes galactiques
  • vous souhaitez un livre avec un véritable « sense of wonder«
  • vous avez aimé Dragon déchu
je vous le déconseille si
  • vous n’avez aucune affinité avec Banks, Hamilton, Niven,…
  • vous n’avez aucune patience
  • vous souhaitez un roman qui pète dans tous les sens
Autres critiques :

Orion

 

21 réflexions sur “Pandore Menacée (T2) – Peter Hamilton

  1. Eh bien moi, je suis sacrément contente que tu l’aies ouverte cette boîte de Pandore !
    Merci pour ta savoureuse critique, qui rend honneur à ce génie de la création d’univers qu’est Peter Hamilton ! Je confirme qu’il affectionne tout particulièrement la démesure, et les adversaires terrifiants de très grande envergure ! Il y a indéniablement du grandiose dans son oeuvre *_*

    Aimé par 1 personne

    • Oui, moi aussi j’en suis bien contente!

      J »essaie d’être assez complète et succinte sur ce roman qui est quand même ambitieux avec un monde grandiose.

      Déjà avec MatinLumièreMontagne ils ont fort à faire!!!

      J'aime

  2. Tu as bien cerné ce tome 2, bravo pour cette très bonne critique ! Il y a deux points, outre ceux que tu soulèves, qui m’ont énormément plu dans ce cycle : d’abord la nature essentiellement végétale des Primiens, pas si courante que ça finalement en SF, et puis le fait que ce soit une histoire de premier contact / invasion alien qui arrive à une civilisation humaine avancée qui s’est déjà très largement répandue dans l’espace, ce qui est encore moins courant (on retrouve ça chez Niven / Pournelle, par exemple).

    Tu seras sans doute ravie d’apprendre qu’un de tes personnages préférés (je ne vais pas dire lequel pour ne pas spoiler) sera également présent de façon récurrente dans d’autres cycles de l’auteur 😉

    Aimé par 1 personne

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