Le Sultan des nuages – Geoffrey Landis

C’est la ouate!

Le Bélial

Prix Theodore-Sturgeon 2011

« Le futur… L’humanité a colonisé le système solaire au bénéfice de consortiums privés omnipotents régnant sur les transports spatiaux. Et ce jusqu’à la plus infernale des planètes, Vénus, dans l’atmosphère létale de laquelle flottent en chapelets de stupéfiantes cités volantes, véritables miracles de technologie high tech. Plus de la moitié d’entre elles, un millier environ, sont sous la coupe d’un seul et même homme, Carlos Fernando Nordwald-Gruenbaum, le sultan des nuages. Un homme… ou plutôt un enfant de douze ans qui ne pourra entrer dans la pleine possession de son héritage qu’une fois marié, et dont le pouvoir attire toutes les convoitises… Pour David Tinkerman et le Dr Leah Hamakawa, membres d’une délégation martienne récemment arrivée, les forces souterraines à l’oeuvre dans l’entourage du jeune satrape vont vite s’avérer plus mortelles que Vénus elle-même… « 

Je vais éviter de vous faire le jeu du ciseaux, pierre cailloux. J’opterai pour la version pierre,œuf, roman. 😉

L’éditeur nous vante cette novella de la collection Heure-Lumière en ces termes :

« Hommage appuyé à Robert Heinlein et à Arthur C. Clarke, Le Sultan des nuages réussit l’impossible : réconcilier l’esprit de l’Âge d’or avec la hard SF la plus vertigineuse… »

Je serai presque du même avis. Du moins, le suis-je en partie, nonobstant quelques petits détails qui tempèrent mon vol plané au milieu des nuages.

Venus ouatée, aux marges des Milles et Unes Nuits

Suite à l’invitation du Sultan Nordwald-Gruenbaum, David, notre narrateur se rend en compagnie de Leah sur la cité suspendue dans les nuages dudit personnage, sur Vénus. L’image rendue est particulièrement réussie et porte en soi une invitation au voyage. Il y a même une légère nuance exotique, saupoudrant l’ensemble d’une ambiance puisée dans Les Contes des milles et unes nuits, avec ses long vêtements soyeux, le titre de l’hôte, l’impérialisme même de celui-ci, les cités éthérées et les moeurs inusitées.

Cette cité n’est pas l’unique occupante des cieux. De nombreuses villes aériennes appartiennent déjà au Sultan, d’autres sont la propriété de divers conglomérats, tandis qu’une minorité d’entre elles sont libres… et en opposition avec l’ogre vénusien.

L’hommage à Arthur C. Clarke est évident surtout après la lecture de Face à face avec Méduse, et cela à deux titres – au moins. Les deux aventures se déroulent sur la planète jumelle de la Terre; leurs auteurs nous dépeignent un monde tout aussi grandiose l’un que l’autre. L’approche du premier surfe sur les courants et les colorations propres à ce monde violent et enchanteur, tandis que Geoffrey Landis propose une vue plus « protégée », et ainsi, d’apparence plus paisible, presque intime. Et forcément ces gigantesques cités suspendues ne peuvent qu’évoquer les immenses extra-terrestres vénusiens de Clarke.

De même que son illustre aîné, Landis choisit une approche Hard-sf toute en douceur, la novella se base sur les sciences et techniques. En cherchant une certaine vraisemblance dans les processus décrits et les technologies présentées, l’auteur rend-il ainsi son récit cohérent et vraisemblable. Toutefois, cette classification ne doit pas rebuter le lecteur de littérature de l’imaginaire un peu réfractaire ou frileux devant ce terme « épouvantail ». En effet, les explications et détails sont tout à fait abordables, et nous pouvons saluer cette facette pédagogique de l’auteur. Et en cela, cette novella partage cet aspect didactique avec la nouvelle de Clarke, et en général de la soft hard-SF de cet auteur référence.

Cerise sur le gâteau – ou œuf sur son coussin ( 🙂 ) – cette ambiance et ce décor ouatés presque palpables ne s’étalent pas sur des centaines de pages, et là franchement c’est assez remarquable.

Alors oui, c’est vertigineux et intellectuellement, je salue la prouesse, et je me suis vraiment laissée embarquer dans ce voyage unique dans les remous de Venus la magnifique. J’ai un petit mais.

Une intrigue à l’image du Sultan

Notre homme invite donc Leah au sein de sa cité, avec deux objectifs en tête. Le premier est lié à l’expansion de son empira vénusien, et en relation avec la profession de la demoiselle. Et pour ajouter une pierre (hé!hé!) à l’édifice, il souhaite faire prospérer ce dernier à travers les années grâce à cette même Leah….

Ainsi, la trame se déploie dans deux directions. La première joue sur les velours relationnels, tendant de damer le pion aux pratiques et aux mœurs vénusiens. La cour mise en place ne manque pas de paradoxes, mais reste fun à suivre. La seconde bien plus matérielle, illustre tout à fait l’esprit du Sultan : une avidité de pouvoir, une vision mégalo de Venus avec un seul maître à bord. Ces quelques mots peuvent paraître caricaturaux, mais l’impression finale s’avère tout à fait différente grâce à la cohérence entre le caractére du Sultan et ses objectifs finaux. Afin de parvenir à ses fins, le procédé imaginé ne manque pas de génie…

Malgré tout, j’en ressort avec une impression d’arrachement. Je m’explique, j’ai trouvé la fin un peu trop expéditive, presque précipité, brutalisant le lecteur à la façon du Sultan qui démontre peu d’égard pour autrui.

J’aurai voulu poursuivre un peu plus longtemps cette aventure, et j’en suis ressortie sur ma faim.

Des personnages qui ne profitent pas de ce bel écrin

Les personnages ne m’ont pas totalement convaincue, mais ceci n’est qu’un bémol, tant l’auteur parvient à brosser un univers enchanteur en si peu de pages tout en mettant une intrigue en place et brossant une culture particulière.

Je n’ai pas souhaité l’évoquer dans cette chronique, car le processus de découverte est un mécanisme important dans la magie Du Sultan des Nuages.

Le narrateur rend compte de son aventure et le lecteur la vit à ses côtés, ignorant certains faits et gestes, et influencé par les sensations et les sentiments de David, amoureux de la glaciale Leah. Il s’agit d’un homme lambda, presque quelconque, et seule sa relation avec cette femme étrange met du piment dans sa vie.

Cette scientifique est aussi austère qu’une pierre. Animée, semble-t-il, uniquement par la recherche, et émue par la perfection de la science. Elle est humaine biologiquement pour le reste, il paraît difficile de s’y attacher. Pauvre David!

C’est avec la Sultan que j’ai éprouvé le plus de mal. Ce jeune adolescent s’avère bien machiavélique pour son jeune âge. Son tempérament versatile d’enfant roi est tout à fait compréhensible, le petit génie des sciences est dans l’air du temps, mais les ramifications envisagées pour ce défaire du poids des coutumes est un poil too much. Il est presque caricatural dans son rôle de Maître du monde.

Ce sont des petits détails, mais entre la fin un peu brutale et le caractére du personnage titre, je sui passée à côté d’un coup de cœur.

Novella de Soft Hard-SF adaptée à tous les lecteurs de SFFF, Le Sultan des Nuages vous invite dans un voyage « bercé » au rythme d’une planète endiablée, avec un personnage navigant entre mégalomanie et machiavélisme. Un petit parfum d’orient vient enrichir d’une flagrance musquée et parfois musclée l’aventure de notre narrateur, qui goutera – ou pas, les caprices aussi bien humains que météorologiques.

La novella illustre la difficulté de ce format; force et petites faiblesses : excellentes idées, worldbuilding travaillé, mais des personnages un peu en deçà de l’ensemble. Toutefois, Landis s’en tire avec habileté.

 

Ce livre est pour vous si :
  • vous avec lu Face à face ou sa « suite »
  • vous êtes intrigués par Venus
  • vous voulez goûtez à la Hard-Sf en douceur
Je vous le déconseille si :
  • vous avez le vertige, forcément, les trucs vertigineux vous sont déconseillés…
  • vous êtes vous-même mégalo et rêvez d’être Maître du Monde
  • après, je n’en vois plus aucune
Autres critiques :

ApophisL’ours inculte – Le chien critique – AelinelBlog-O-livrePause Earl GreyMon Troll préféré – YogoOrionLecture 42

Avec encore une fois, une superbe illustration d’Aurélin Police et une traduction invisible de Pierre-Paul Durastanti! 😉

PS ; je n’ai plus que 5 chroniques de retard…. 😉

34 réflexions sur “Le Sultan des nuages – Geoffrey Landis

    • Ah! J’ai donc du louper ton avis. je vais de ce pas le voir et mettre en lien.

      Je n’y peux rien, en rédigeant ma critique, c’est venu spontanément… et moi aussi, j’ai cette chanson…..

      J'aime

  1. L’un de mes préférés de la collection, j’ai bien aimé le choix du narrateur, ce regard un peu extérieur…

    Sinon pour combler tes chroniques en retard, mieux vaut lire un pavé de 800 pages que des novellas ! lol

    Aimé par 1 personne

  2. J’avais hâte de lire ta chronique, ça reste dommage pour les personnages je crois que j’y accorde une grande importance.
    En tout cas, globalement, je suis de ton avis, les descriptions sont vraiment bien écrites et ça reste assez simple de s’immerger dans l’histoire.

    Aimé par 1 personne

  3. « Toutefois, Landis s’en tire avec habileté. »
    Tu résumes bien ce texte. J’ai encore en tête la cité flottante. C’était un beau voyage malgré quelques petits défauts.

    Sinon bienvenue dans le monde des blogueurs à la bourre. Perso, je n’avais pas de pc ce mois-ci et je me retrouve avec 7 chroniques rédigées sur un cahier 😀

    Aimé par 1 personne

  4. Avis sensiblement identique, sauf sur l’intrigue que j’ai trouvé faiblarde. Mais comme toi, j’ai encore les images des cités flottantes en tête. Il faudrait que je demande à Elon Musk le prix d’une semaine Aller retour en demi pension !

    Aimé par 1 personne

    • L’intrigue partait corrrectement, mais s’est enchaînée et achevée un peu brusquement. Cette faction peine a vraiment exister et menacer. Dommage, car il y avait une belle idée, sans doute matière à faire un beau roman.

      Je n’ose y penser quand je vois le prix de la Tesla.

      J'aime

  5. Je serai bien partante pour cette lecture, pour le côté Mille et Une nuit sans aucun doute….
    Allez, tu vas y arriver avec tes chroniques (Ceci dit, on en est au même point, ça doit bien être un « truc » de Petit Peuple….).

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s