Tempête solaire – Baxter & Clarke

Plongée au cœur du Soleil

L’Odyssée du temps, tome 2

Bragelonne

Ce tome fait suite à L’œil du temps du duo d’écrivain de Hard-SF Baxter & Clarke, portant davantage la marque du premier que du second, contrairement au volume d’ouverture.

L’Odyssée du Temps porte un titre qui évoque sciemment, une œuvre phare d’un des maîtres de la SF (hard-SF). Si le lien lors de ma première lecture entre les deux me paraissait évident, ici, ce n’est pas le cas, n’ayant pas lu la suite de 2001, L’Odyssée de l’espace.

« Des scientifiques découvrent une anomalie au cœur du soleil. Elle est la preuve d une intervention extraterrestre. Et voilà qu’une tempête solaire qui exterminera toute vie sur terre au milieu d’un déluge de radiations mortelles est annoncée. La construction d’un bouclier orbital gigantesque entre la Terre et le Soleil est décidée, mais, à l’approche de l apocalypse, la coopération entre les peuples de la Terre n est pas facile.« 

Tempête solaire commence aussitôt après L’œil du temps, avec le retour de Bisesa au Londres de son temps, soit en 2037.

 

Une entrevue de L’œil du temps pour suivre Tempête solaire

Pour rappel, dans ce premier tome, Bisesa est un lieutenant de l’armée britannique prise dans une faille de l’espace-temps provoquée par des extra-terrestres. Elle se retrouve projetée dans la péninsule hindoue au XIX siècle, près d’un Fort des tuniques rouges en compagnie de ses deux collègues aviateurs.

Dans cette région reculée, elle fait la connaissance d’un journaliste, de l’ensemble des occupants de la place dont son commandant, et, de Rudyard Kipling! Au contact les uns des autres, ils s’aperçoivent des anomalies diverses, tant au niveau de la météo que sur le plan géographique. L’équipe décide de quitter cette région vide et inhospitalière pour rejoindre le bassin méditerranéenne. C’est à cette occasion qu’ils font la connaissance de nul autre qu’Alexandre le Grand.

Pendant ce temps, l’équipage de la navette spatiale chute sur Terre et tombe entre les main d »Attila le Hun…

Mais partout sur cette mosaïque d’époques de la Terre, d’étranges sphères métalliques observent. Comme des scientifiques le font sur des rats…

Un intrigue à l’Armageddon

Le jour où Bisesa réintègre son espace-temps, le Soleil connait une éjection de masse coronaire spectaculaire, affectant lourdement les réseaux électriques et informatiques.

Pendant ce temps, sur la Lune, un scientifique met au point une modélisation de l’astre solaire glaçante… ou plus exactement bouillante. Sa projection prévoit une éjection de photons si concentrés qu’ils rayeront toute embryon de vie sur Terre, et la date fatidique ne laisse qu’une poignée d’année à l’humanité pour se préparer, à périr dignement ou à trouver un moyen de survivre à l’enfer solaire promis.

Dès lors, les états et fédérations vont s’employer à mettre sur pied un système de protection faisant appel au patriotisme, au sens du devoir ou à l’instinct de survie des uns et des autres. Les sacrifices seront lourds, comme dans la tradition des blockbusters américains nous vendant la fin du monde à grand renfort d’effets spéciaux spectaculaires.

J’avoue qu’en cela la trame flirte avec les limites de mes goûts, car si nous sommes loin des films avec Bruce Willis en sauveur, il y a une petite touche qui immanquablement m’y fait penser.

Cependant, malgré cette réserve, puisque nous jouons comme précédemment sur une partition apocalyptique ou pré-apocalyptique, Baxter & Clarke s’en tirent honorablement.

Déjà, le sort de l’humanité ne repose pas sur les épaules d’un seul individu – même si les 3 IA qui font partie de la danse composent une trinité pleine de ressources. L’entraide, l’écoute et l’effort collectif sont mis en avant, avec un chef d’orchestre inattendue : Shioban, l’astronome Royale.

Et ce dessein humain est non seulement grandiose, mais aussi spectaculaire dans la forme que dans l’inventivité des auteurs. En effet, l’artefact paraît évident, mais ils parviennent à le rendre « magique ». Bien entendu, s’agissant d’une course contre la montre, le temps passant la tension monte pour notre plus grand bonheur…

Nous avons donc, une catastrophe imminente, un palliatif plus ou moins efficace, mais qu’en est-il de la cause et du lien avec le premier tome, L’œil du temps?

Il s’agit là d’un autre volet car une relation étroite existe entre les mystérieux extra-terrestres et l’emballement du Soleil.

N’ayant pas lu la suite de 2001, L’odyssée de l’espace, il m’est difficile d’établir un parallèle avec la suite de cette œuvre, comme cela était possible entre les deux premiers volets. Cependant, je ne doute pas de l’intention des auteurs.

Une Hard-SF lumineuse

Le point fort de se roman concerne l’aspect hard-SF, mais c’est sans doute également un potentiel point faible. La patte de Stephen Baxter est, ici, nettement plus marquée avec des expositions et des explications scientifiques, certes abordables et fécondes, mais régulières. C’est un « mais » que j’utilise à destination du lecteur de SF pas forcément familier de ce sous-genre qui pourrait se sentir déconnecté par une masse d’informations scientifiques.

Personnellement, après des études de météorologie, associées à mes recherches personnelles sur l’impact du Soleil et des autres planètes, ce fut la cerise sur le gâteau. Je me suis régalée de cette immersion au cœur de notre tempétueuse étoile. J’ai beaucoup aimé comment les auteurs ont ancré le récit dans la réalité avec divers incidents liés aux vents solaires les plus importants (même si j’aurais aimé qu’ils parlent de la plus « spectaculaire », avec un collision de trains au Canada).  J’ai surfé sur les aurores boréales plus imposantes les unes que les autres. Je me suis régalée des détails scientifiques et des précisions apportées. Même la cause – et ses conséquences à long terme – m’ont enthousiasmée avec leurs maelströms en puissance.

Le soleil et sa relation profonde avec la Terre sont mis à l’honneur, ne négligeant à aucun moment l’impact psychologique, mécanique et environnemental (météo notamment).

Hommage aux personnages féminins et aux IA

Deux trios sortent du lot. Les 3 IA avec des personnalités distinctes, et un statut juridique établi, Athéna ayant un rôle plutôt sympathique.

Trois femmes sont au diapason. La présidente de l’Eurasie, L’astronome royale et Bisesa.

Forcément en réintégrant ses pénates londoniennes, Bisesa s’en trouve plutôt déboussolée, surtout qu’elle a entrevue une scène cataclysmique sans réellement comprendre de quoi il s’agissait. Les 5 ans passé sur Mir (la Terre façon mosaïque) l’ont affectée aussi bien psychologiquement que physiquement. Elle devient ainsi une énigme aux yeux de l’armée britannique avec son récit loufoque et des analyses biologiques le concordant, alors que son absence sur Terre n’a duré que 24h… Son rôle est certes limité dans l’aventure, mais les auteurs ne l’ont pas oublié.

Shioban, l’astronome royale (titre honorifique) se taille la part du lion, avec un rôle de coordinateur essentiel dans l’aventure. C’est elle qui sera le rouage essentiel et l’huile dans le dit rouage. Son tempérament est celui d’une quadragénaire bien dans ses baskets, sûre d’elle, compétente. Elle est secouée par les événements et son implication lui permet de ne pas sombrer dans les folies de l’humanité, même si elle connait des fluctuation de moral.

Enfin, les Présidentes d’Eurasie et des USA ont un rôle politique moteur, l’étincelle qui permet l’impulsion initiale au projet.

Une étude des comportements

Devant la fin du monde, l’humanité connait diverses échapatoires qui vont de la violence au recours religieux. Moins percutant que dans Spin de Wilson, Tempête Solaire expose toutefois, les difficultés à faire face d’un partie de l’humanité.

Une attitude qui tranche, avec toutes les petites mains bénévoles et impliquées qui refusent un sort écrit d’avance, allant jusqu’à tenter de préserver la richesse de la faune et de la flore.

Cette facette du roman démontre que nous n’avons pas à faire un blockbuster américain, surtout que les nuances sont suffisamment nombreuses pour rester crédibles.

Roman de Hard-SF pré-apocalytique, Tempête Solaire fait la lumière sur les mystérieux ET à l’assaut du Soleil, menaçant directement la survie de toute espèce sur Terre. Le récit aux notes de fin du monde offre une exposition lumineuse à notre astre, et fait jour sur la relation complexe nous unissant, le tout sur un rythme bien dosé, avec des personnages soignés et une sensation de danger de tous les instants. Que nous réservent Les Premiers-Nés dans le roman clôturant cette série ? Comment lutter contre de tels Magiciens ?

Ce livre est pour vous si :
  • vous êtes fan de Hard-SF
  • vous êtes fasciné par le soleil
  • voulez aimez les romans abordant la fin du monde
je vous le déconseille si :
  • vous êtes allergiques à quelques explications scientifiques
  • vous n’aimez pas Spin
  • avez une tendance à l’angoisse
Autres tomes :

14 réflexions sur “Tempête solaire – Baxter & Clarke

  1. C’est marrant parce que c’est en fait le même principe qu’on retrouve dans un livre que j’ai lu il y a peu (le coté « on n’a plus que quelques années pour sauver un monde d’un phénomène de rayon de type vent solaire qu’il va brûler la planète, que faire? »). Après ce n’était pas l’intrigue principale mais plus la conclusion et du coup ça n’est pas du tout traité de la même façon (enfin j’imagine, mais vu que tu en dis ça semble être le cas).
    (je ne peux pas dire lequel, vu que c’était la conclusion ça serait spoiler)

    En temps normal je ne suis pas fan de la hard science, enfin du moins de la hard science classique (j’ai galéré sur Rama ou 2001), mais ce que tu dis sur les blockbuster américain me fait me poser la question vu que ce n’est pas un coté qu’on retrouve habituellement dans ce que je connais du genre.

    Donc peut être qu’un jour je leur donnerais leur chance pour voir si la hard SF récente est plus à mon gout ^^ (enfin je dis leur pas forcement sur ce livre en particulier mais je pensais plus aux auteurs en général)

    Aimé par 1 personne

    • LOL, j’avais parié que tu réagirais! Du coup maintenant, je rigole bien!

      Je sais, je suis un peu taquine! LOL

      Je pense que cette triologie peut te plaire. Ayant lu Spin, il y a quelques ressemblance, même si cela n’atteint pas le niveau de Wilson, tant sur le fond que sur les personnage.

      Mon reproche essentiel à cette triologie, mais à considérer avec ma lecture proche dans le temps de spin, c’est que le potentiel de faire un roman spéculatif et profond est bien là, mais c’est « délaissé » partiellement au profit de l’exposition/exploration du soleil.

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  2. Je n’ai pas encore lu ce livre (c’était plus ou moins prévu pour cette année, mais je pense que ce sera plutôt pour 2019), mais a priori, ça semble effectivement plus se placer du côté Baxter que Clarke. Déjà, dans le cycle des Xeelees, le premier évoquait des extraterrestres (des oiseaux de photinos, faits de matière noire) qui s’en prenaient au cœur des étoiles.

    Aimé par 1 personne

    • Ou l’inverse! 😉
      Je dois m’y atteler! A la Forêt sombre. Auparavant, je veux achever quelques trilogies en cours, car trop de séries commencé traine. Le Liu n’est pas encore achevé!

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