Judas démasqué – Peter Hamilton

Une boîte de Pandore au parfum de poupées russes

L’étoile de Pandore, tome 4

Bragelonne

(j’en connais un qui va être content! 🙂 )

A l’issue des trois premiers tomes de L’étoile de Pandore de Peter Hamilton, nous avions laissé le Commonwealth en piètre posture. L’attaque initiale de Matinlumièremontagne a été si fulgurante, totale et puissante que 23 mondes ont du être abandonnés sous cette poussée furieuse. Le primien n’est pas porté sur la philosophie, et le constat limpide s’impose : il s’agit d’un affrontement à mort – eux ou lui.

Mais, il semble qu’un troisième larron tire avec doigté ses marrons du feu. Il ne serait pas étranger à cette rencontre pas si fortuite, et qui sert uniquement ses intérêts – au détriment des belligérants, bien entendu.

Cernés, acculés, les dirigeants doivent maintenir la cohésion, imposer les efforts nécessaires et prendre des décisions drastiques.

L’espoir est si peu répandu dans les instances dirigeantes, que les Grandes Familles préparent dans le plus grand secret des arches destinées à sauver les leurs d’un anéantissement total. L’information finit par fuiter dans les média, mais l’opinion publique est déjà si catastrophée que les remous s’avèrent essentiellement politiques. L’attaque programmée de la Marine du Commonwealth permet aussi de donner un bref éclair de lumière et de museler toute éventuelle manifestation de colère.

Outre, l’effort exigé par cette guerre, les différentes planètes sont mises à contribution afin d’accueillir les réfugiés des 23 mondes perdus. Il y a tant à faire, que l’heure n’est guère à la révolte ouverte. L’état d’esprit oscille entre le dépit et une once d’espoir.

Surtout que Nigel Sheldon éclaire de son génie et de son paternalisme l’avenir de l’humanité et de sa poignée d’alliés. Non seulement, ils sont sur le point de porter un coup décisif aux primiens, mais surtout, cette personnalité d’envergure a mis au point l’arme ultime, promettant de mettre un terme définitif au conflit…

Le seul soucis pour ce grand homme, réside dans son ignorance d’un 3° larron qui semble avoir planifié la rencontre explosive entre le Commonwealth et Matinlumièremontagne.  Cette information est vitale, car l’Arpenteur – il s’agit bien de lui – a infiltré patiemment  toutes les strates des Grandes Familles et des gouvernements.

Ainsi, est-il bien placé pour saborder les projets, et atteindre son but étoilé. En effet, les Gardiens de l’Individualité ne poursuivaient pas une chimère. Leur monstre homérique existe bel et bien, et semble bien plus nocif que la bête mythique. Paula Mayo, leur Némésis depuis plus d’un siècle a pu confirmer l’existence de l’entité, sans pouvoir affirmer clairement ses mobiles et sa position. Une alliance « contre-nature » s’est donc opérée entre les forces du Sénat, et les ex-terroristes…

De son côté, Ozzie, notre rasta favori,  parvient a rejoindre le Commonwealth après son épopée plus ou moins spirituelle. C’est avec stupeur qu’il constate l’état des différents mondes, et avec un effarement bien plus prononcé qu’il apprend l’intention de Sheldon et de la Marine de procéder à un génocide pur et simple. Pour lui, une autre solution doit être envisagée.

La fin justifie-t-elle les moyens ?

Ce sera la grande question de ce présent volume. Concernant le terme « fin« , il faut l’entendre aussi bien dans son sens premier que celui d’objectif. L’auteur ne facile pas la tâche du lecteur car il pose dans la balance tout simplement le sort de l’humanité entière face à un extra-terrestre sans philosophie, sans conscience et sans esthétique, art ou intérêt autre que son propre accroissement. Il serait donc bien simple de se soutenir, que l’univers ne souffrirait pas d’une perte si terrible avec la destruction de Matinlumièremontagne. C’est toutefois, sans compter sur les arguments du sieur Ozzie, revenu de son voyage onirique.

J’ai apprécié cette piste, dans la lignée d’une série culte à mes yeux, Battlestar Galactica, passée experte dans les questions délicates. Pour la réponse, chacun apporte la sienne, Peter Hamilton ayant choisit d’opposer dans un duel dramatique les deux génies et deux amis Nigel et Ozzie.

L’Arpenteur, de son côté, ne les laissera peut-être pas décider du destin de l’humanité…

Des extra-terrestres de tout poil

Initialement, je craignais que les ET présents dans le roman, ne servent que de touche exotique à un décor « space-victorien« . Une fois, Matinlumièremontagne sur l’échiquier, mes craintes ne se sont point estompées, car lui seul semblait digne d’intérêt, uniquement en tant qu’opposant.

Ceci écrit, il faut souligner la construction impressionnante de cette « armada » primienne. L’auteur trace dans le tome 2 un tel background, que j’en suis restée scotchée! Et cet adversaire ne pense vraiment pas comme les humains, n’a pas les considérations, les états d’âme, n’a rien en commun avec l’homme si ce n’est une soif expansionniste. L’absence d’anthropocentrisme dans l’élaboration de cet ET antagoniste est en soi une grande réussite sur le plan d’une rencontre d’un autre type.

Déjà avec Judas déchaîné, nos amis ou ennemis ET prenaient davantage d’espace, ne se contentant pas d’embellir le décor. Leur nombre et espèces progressaient au diapason de leur implication plus ou moins alambiquée dans cette vaste trame. Certes, les silfens mystérieux et si détachés naviguent qu’à la périphérie de l’histoire; leur impact ne doit pas être négligé aussi bien par l’aspect spirituel et philosophique, que par l’impression marquante qu’ils auront sur Ozzie. Son compagnon à poil ( non, pas nu!!) participe également au processus de réflexion de notre ami rasta.

Dès le début, nous savions que l’Arpenteur ne partageait pas beaucoup d’ADN avec l’être humain. Son statut a largement évolué depuis le premier tome Pandore Abusée, de mythe à ennemi public n° 1 (et vu ses actions et intentions, ce fut aussi une grosse mite…). Par conséquent, son aura n’a fait que s’étendre tout au long de ces 2000 pages, portant sur les différents mondes et plus spécifiquement Far Away, une ombre de plus en plus menaçante, et même glaçante tant nous avons la sensation qu’il va parvenir à ses fins, au moins partiellement!…

Ainsi, la présence de ces divers énergumènes non humains ont-ils corsé notre trame à la fois avec cette indéniable touche exotique, ainsi que par les enjeux principaux qu’ils ont véhiculés.

Une IA aux abonnés absents

L’IA a suivi une trajectoire sensiblement différente, liée à sa motivation politique. Je ne cache pas que le thème de l’IA fait partie de mes dadas. Et si je reste un chouïa sur ma faim sur cet ultime tome,  son implication limitée finalement, est tout à fait cohérente. L’IA a décidé de privilégier ses intérêts. Et pour rassurer les amateurs, l’association avec Mélanie a fait des étincelles dans les tomes précédents.

Bref, l’IA fait profil bas.

Une conclusion digne d’un cycle vivant et immersif

Dans mes chroniques précédentes, l’univers de L’étoile de Pandore a été largement décrit. Je ne tenterait de le qualifier qu’avec 2 termes : immersif et space-victorien.

Deux aspects se sont dégagé rapidement. Le premier – parfois critiqué négativement – a trait à une impression de relative stagnation du mode de vie alors que l’auteur nous propulse au 25° siècle. J’ai trouvé ce choix assez logique avec l’accès à une forme d’immortalité de la population (qui dès lors est assez conservatrice – non politique), ainsi que pertinent pour donner un sentiment de familiarité et de continuité dans ce Commonwealth particulièrement riche et complexe.

Cette densité est la deuxième caractéristique que je souhaite appuyer. Sans que cela soit indigeste ou pénalisant, il ne faut pas nier que le début de l’aventure exige un tant soi peu de concentration. Les mondes sont divers et variés, tout comme les personnages, les villes, et les tranches de vie offertes par Peter Hamilton. Le lecteur n’est pas pris par la main, invité dans une scène qui lui sera limpide dès le premier mot prononcé (ou écrit). Non, vous serez projetés en plein milieu d’un trafic d’armes, ou d’un briefing politique, ou encore d’un moment complice ou intime, sans savoir les tenants et les aboutissants immédiatement. La patience est une vertu, et vous serez récompensés au bout de quelques dizaines de pages, en agençant par vous-même les pièces déposées avec habileté par l’auteur.

Si une impression de longueur peut effectivement se comprendre sachant que Peter Hamilton à tendance à verser dans le détail cohérent, celle-ci s’estompe au fur et à mesure de la lecture, une fois que nous nous familiarisons avec les personnages et les enjeux aussi variés que le Commonwealth. La plume de celui-ci est vivante, au service d’une imagination débordante. Personnellement, les mots dévoilaient une univers foisonnant, riche en couleur et en détail. Les différents protagonistes ont également profité de ce soin, avec quelques tranches de vie qui éclaire une facette particulière, ou un trait de caractére qu’une histoire plus verticale omettrait; ainsi, nous apparaissent-ils dans toute leur splendeur et/ou décadence, avec leur petites victoire, les petites défaites, les espoirs trahis, ou remords d’un jour.

Pour finir, la conclusion à la trame offre de l’action, des morceaux de bravoure et un certain soulagement. Une fois la lecture achevée, le livre se referme avec un sentiment de devoir accompli tant le lecteur fait corps avec ces personnages et s’est senti concerné par les événements vécus!

Autres tomes :
Ce livre est pour vous si :
  • vous aimez les mondes galactiques
  • vous souhaitez un livre avec un véritable « sense of wonder«
  • vous avez aimé Dragon déchu
je vous le déconseille si
  • vous n’avez aucune affinité avec Banks, Hamilton, Niven,…
  • vous n’avez aucune patience
  • vous souhaitez un roman qui pète dans tous les sens
Autres critiques :

Maned Wolf

Challenge :

SSW VIII

ssw-8

10 réflexions sur “Judas démasqué – Peter Hamilton

  1. Ah ben tu vois, quand tu veux, une critique, et bonne qui plus est ! 😀

    Hé, hé, ce n’est pas tout à fait fini, il reste 5 tomes reprenant le même univers (Trilogie du vide / diptyque Les Naufragés du Commonwealth) à lire ^^

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  2. Ta chronique est fantastique !!! Je n’arrive toujours pas à rédiger la mienne, je pense que je vais la repousser à mi-juillet pour faire tranquillement mes vacances entre deux et laisser reposer cette histoire incroyable 😉 Mais je suis vraiment ravie d’avoir voyagé dans le Commonwealth en ta compagnie, et j’ai hâte de voir la suite !

    Aimé par 1 personne

  3. Bonsoir
    Le commandant de bord du SSW VIII vous délivre ce message d’une certaine importance.
    « Cher Lutin,
    Le très consciencieux ExcelVador signale à votre attention que cette chronique, publiée après le début de l’été, peut entrer dans le SSW VIII. Bonnes lectures et bon voyage vers l’infini et au delà.  »
    Lhisbei & M. Lhisbei

    Aimé par 1 personne

  4. Toutes mes félicitations pour ce super billet !!!
    Depuis que l’intégralité de L’Aube de la Nuit est passée entre mes mains, je sais combien les romans de Peter Hamilton sont ambitieux à chroniquer, et je ne peux qu’être bluffée et très enthousiasmée de ton retour *_*

    Aimé par 1 personne

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