Gunpowder Empire – Harry Turtledove

Les légions romaines carburent à la poudre noire

Crosstime Traffic, tome 1

Lecture VO

Gunpowder Empire est un roman assez délicat à classer. Jugez-en par vous-même : Harry Turtledove propose un récit composé de multi-univers, d’Histoires alternatives, de fantasy (et plus précisément Gunpowder) et de dystopie.

Des mondes parallèles furent découverts, validant la théorie du Multi-Univers. De plus, les scientifiques mirent au point une technologie capable de traverser la barrière séparant ces derniers, et de naviguer de l’un à l’autre.  Certains sont peuplés, d’autres non viables ou encore dangereux. La multitude est grande et de nombreuses terres n’attendent qu’une visite….

Dans ce premier roman du cycle, l’auteur ouvre la porte d’une Histoire n’ayant pas connue la chute de l’Empire Romain.

Un univers construit entre passé et futur

Dans un futur à moyen terme, la Terre est asphyxiée par l’humanité; au bout du rouleau, épuisée par l’exploitation des ressources à un rythme exponentiel. Le renouvellement des terres ainsi que des richesses n’a pas suivi et ne suit pas de cohérence ni d’équilibre. Heureusement, poussés par la nécessité, les scientifiques ont découvert des univers parallèles ayant une connu une trajectoire différente de la présente Terre. De plus, la technologie de se rendre dans l’un ou l’autre est désormais au point, et ce, depuis quelques décennies.

Ainsi, l’ingénieuse idée de piller  commercer avec ses mondes a-t-elle été mise au point. Il ne s’agit pas de se rendre dans des Terre trop avancées technologiquement, le pot aux roses pourraient être découvert, d’autant que certains d’entre eux ont évolué vers un totalitarisme assez sévère… Non, nos descendants se rendent dans des lieux a tendance végétative, dont le monde où s’établit temporairement la famille Stoler.

Les parents et leurs deux enfants (Amanda et Jeremy) se font passer pour des marchands dans cette Empire Romain de plus de 3000 ans. Ici, les attaques barbares n’ont pas provoqué sa chute prématurée; tout simplement, car, aux détours des années précédent l’an 0, une bifurcation d’importance est intervenue. Ce n’est pas Agrippa, grand visionnaire, général et homme politique qui décéda sur les pentes de Campanie, mais Octave. Ainsi, héritier direct de l’empereur romain, le pouvoir lui échu-t-il naturellement.

Pilier de l’Empire sous Octave, cet homme exceptionnel va lancer Rome et ses vastes territoires dans un cycle positif et durable. Ce n’est donc pas une surprise de retrouver cet Agrippan Empire debout et bien en place quelques millénaires plus tard, bloqué par sa propre inertie, le lot de tous les Gunpowder Empire, qu’il soit Romain ou chinois.

Harry Turtlelove nous brosse habilement le portrait de ces derniers, avec leurs forces et faiblesses. Ce territoire romain multimillénaire n’a guère progressé en comparaison de notre propre Histoire. Trop puissant pour être réellement menacé, il impose son poids politique et militaire à tout le voisinage. Toute évolution interne se trouve freinée par la chape culturelle et l’immobilisme des traditions. L’initiative individuelle ou collective est étouffée par un centralisme fou, une administration tatillonne, une paperasse démente (un tout cohérent, car comment contrôler et diriger un si vaste Empire avec des moyens de communication rudimentaires?… )

Et, quand il ne s’agit pas de la facette coutumière, ce sont les facteurs sociaux (religions, liens, réseau, politique) qui ralentissent – quand ils n’anéantissent pas – les poussées technologiques ou politiques.

Cette stagnation est le propre des Gunpowder Empire, mais cette dénomination ne s’explique pas simplement par celle-ci. En effet, la technologie dont il est question – canons, poudre noire, arquebuses,… – ne peut être acquise qu’avec de gros moyens financiers et humains. Elle s’avère si excessive et exige tant d’investissements que seuls les très gros états peuvent se le permettre, ainsi, sont-ils les seuls à en posséder et corrélativement peuvent imposer leur domination.

C’est donc dans ce contexte que la famille Stoler débarque dans une petite cité pour mener ses affaires commerciales.

Une trame narrative prenante

Ils échangent des biens contre des grains.

Bien entendu, la vision des dirigeants de notre Terre n’est pas dénuée de cynisme et de condescendance. Les denrées sont destinées à alimenter une population trop importante dans notre trame temporelle. Les objets vendu en contrepartie sont techniquement plus aboutis que ce que ces mondes-là peuvent produire. L’une des motivations sous-jacente à commercialiser ces objets est de provoquer une pichenette technologique, et plus si affinité… Ils vont du couteau suisse, au rasoir, miroir, montre, ect…. La finesse d’exécution et le « miniaturisme » apparent ne peut qu’éveiller curiosité et une certaine jalousie. Bref, les soupçons officiels sont soulevés, avec un timing qui laisse à désirer. En effet, il semble qu’un voisin de l’Empire Romain ait suffisamment patienter pour avoir de quoi se lancer dans une guerre…

Pour couronner le tout, la mère tombe malade et doit retourner par la chambre de transfert dans notre monde (il y en a une d’urgence habilement dissimulée dans leur demeure, la principale se trouvant aux alentours de la ville pour que nos marchands y arrivent « naturellement », comme toute caravane commerciale). C’est là que les choses se compliquent, la technologie tombe en panne, et voilà, nos deux adolescent coincés seuls dans cet univers parallèle à la vieille d’une guerre, l’administration sur le dos….

Le lecteur ressentira parfaitement cette bouffée d’angoisse, attisée par les deux dangers simultanés. Le centralisme inhérent à ce vaste continent ne fait ni dans la finesse ni dans l’empathie. L’application de la loi s’opère de la manière la plus stricte, surtout quand les parties ne sont pas « romaines ».  Ce sentiment est renforcé par la certitude que la guerre qui menace, puis éclate, n’apportera pas de mansuétude, bien au contraire. L’absence des parents pèse lourdement….

Hors des murs, les belligérants sont nombreux et si les arcs, et armes contondantes sont majoritaires, cela n’empêche pas d’entendre les canons et les coups de feu échangés entre les combattants.

Au final qui aura la peau des gamins en premier ? La panne sera-t-elle réparée en temps et heure?

Un contenu intéressant, mais daté

Je vous avoue qu’une fois le livre refermé, j’ai vérifié la date de publication. 2004, soit 14 années seulement. Or, l’impression laissée à la lecture ne correspond pas à ce que j’attendais en terme d’écriture, d’articulation narrative, et de construction des personnages. Le roman a déjà vieilli. Il reste très intéressant, surtout dans la construction de son univers, mais trop d’éléments ont déjà été vu et revu. Quelques ficelles sont trop grosses pour notre époque (la crise d’appendicite nécessitant un retour dans la bonne trame temporelle) et la plume est « datée ».

Enfin, les accents Young Adult, liés au parcours  des deux adolescents en font presque un roman d’apprentissage.

Certains lecteurs pourraient tiqué sur le manque d’explication quant à la technologie des chambres de transfert d’un monde à l’autre. Or, ne s’agissant pas de l’objet du roman, je n’ai pas trouvé cette absence coupable.

Gunpodwer Empire d’Harry Turtlelove offre un cocktail prenant, exposant deux adolescents de notre Terre, esseulés dans  une contrée romaine d’un autre monde, en proie à la guerre et à la convoitise. Même si l’ensemble a pris une fine couche de poussière, l’intérêt du lecteur est maintenu par un univers solide et un danger de tous les instants.

 

Ce livre est pour vous si :
  • vous aimez les cocktails littéraires
  • vous souhaitez un univers basé sur l’empire romain
  • vous adorez l’odeur du salpêtre
je vous le déconseille si
  • vous avez l’esprit trop cartésien pour les mélanges de genre
  • vous avez peu d’affinités avec les personnages adolescents
  • vous cherchez un roman où les explications techniques sont pointues
Autres critiques :

?…..

Challenges :

S4F3

  • 286 pages

S4F3 saison 4

17 réflexions sur “Gunpowder Empire – Harry Turtledove

  1. Oui j’avais lu que ce livre était vraiment très marqué YA + apprentissage, du coup ça plus le fait que je ne suis jamais vraiment fana des histoires de voyage dans le temps ont fait qu’il n’est jamais entré dans ma wish list.

    Bon tu semble bien l’avoir apprécié tout de même mais j’ai déjà beaucoup à lire et si je le prenais il trainerait pendant des années dans ma PAL donc ça ne vaut pas le coup je pense.

    Aimé par 1 personne

    • Il faut faire attention, il ne s’agit pas du tout d’un voyage dans le temps. Même si l’impression de retour dans le passé reste présent, c’est un monde parallèle ayant évolué dans une direction différente. Sinon nous aurions quelques gros anachronismes dans l’histoire.

      Mais, c’est assez marqué YA, et c’est tout à fait un roman d’apprentissage.
      J’ai beaucoup aimé l’aspect uchronique, mais je suis plus réservée sur justement le roman d’apprentissage. J’hésite encore à me lancer dans la suite, et la lecture du tome 2 demeure pour l’instant dans le vague…
      Je pense que je vais tenter autre chose de Turtledove. Je te comprends, et je te confirme que je ne pense pas qu’il soit pour toi. Passe.

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  2. Turtlelove ou Turtledove?

    Harry Turtledove est un des maîtres de l’uchronie – sinon le maître – mais on dirait presque un pastiche, donc je ne suis pas sûr du coup.

    Sinon, l’univers « Empire romain + poudre noire » rappelle celui du JDR FULMINATA, d’il y a quelques années.

    Aimé par 1 personne

    • Oui, Turtledove!! Je ne peux même pas dire comment ai-je pu écrire cela! Car je sais parfaitement d’où cela vient. Mais cela illustre bien comment notre esprit peut parfois fonctionner.
      Nous avons plaisanté avec mon époux sur son nom, « Tourterelle » et l’amour. ET voilà comment mon cerveau a transformer son nom de Turtledove en Turtlelove!!!

      il s’agit bien d’un des maître de l’uchronie, et je te rassure, il ne s’agit en rien d’un pastiche. En revanche, c’est orienté pour les première lecture dans le sous-genre qu’est l’uchronie. Je ne l’ai appris qu’après lecture. D’où un sentiment un peu normal que cela frise avec le YA.

      il faudra que je regarde Fulminata.

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      • Il me semblait bien. 🙂

        De lui, j’avais lu la série « Worldwar » (les extra-terrestres envahissent la Terre pendant la Seconde Guerre mondiale, mais comme ils pensaient avoir affaire à des gros rustres en armure et pas à une société industrielle, ils ont des gros problèmes) et ses suites (« Colonization » et « Homeward Bound »), qui est plutôt sympa (surtout Worldwar, ça tire un peu en longueur ensuite).

        Aimé par 1 personne

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