The Tea master & the detective – Aliette de Bodard

Sherlock au pays des viets – ou presque

L’univers de Xuya

La nouvelle de The Tea Master and the detective d’Aliette de Bodard possède de nombreux atouts. En effet, l’auteur imagine l’alter égo de Sherlock Holmes – Long Chau, une femme – quelques siècles dans le futur alors que la civilisation a conquis les étoiles. S’agissant d’une inspiration très libre d‘Une étude en rouge de Conan Doyle, roman qui organise la rencontre et la naissance de l’amitié entre le célèbre détective et le Docteur Watson, nous retrouvons ce dernier sous les formes d’un… vaisseaux spatial…

Avouez que sur le papier, cette proposition a de l’allure. De quoi émoustiller vos neurones, ioniser vos synapses ou encore faire exploser de curiosité votre matière grise.

Alors, curieux ?

Ce sont les critiques de l’Epaule d’Orion et d’Apophis qui m’ont convaincue de me précipiter dans la lecture de cette nouvelle. Je suis une fan de Sherlock Holmes et de SF. Réunir ces deux aspects de la littérature s’apparente à une sucrerie irrésistible. ET, je n’ai pas pu résister. En revanche, mes attentes sont corrélativement plus élevées et difficiles à satisfaire pleinement. Si l’auteur promet un univers d’inspiration vietnamienne ainsi qu’une enquête dans la lignée de Sherlock Holmes; j’espère baigner dans une ambiance asiatique, voir l’incarnation du détective avec les traits de caractère idoines et un duo qui fonctionne.

Xuya, une civilisation galactique et asiatique

Généralement (oui, les généralités, ça craint, je sais! et il y aura des contre-exemples, mais…), les civilisations galactiques découlent de l’occident, avec des arrangements plus ou moins américains, européens ou tutti frutti. En revanche, les conquêtes spatiales asiatiques sont nettement plus rares (à ma connaissance).

En l’occurrence dans cet univers alternatif, c’est la Chine qui a découvert l’Amérique avant les européens. Forcément ce « détail » de l’Histoire aura un impact non négligeable sur l’avenir du monde, notamment dans l’approche sociétale (confucianiste). Nous en découvrons quelques conséquences dans la nouvelle qui nous occupe, The Tea master and the detective.

La première impression se dévoile visuellement avec les descriptions vestimentaires et l’environnement. Nous sommes projetés dans une salle d’attente adaptée, en compagnie de Long Chau qui souhaite embaucher Shadow’s Child, un « mindship » (nous y reviendrons). La cérémonie du thé qui succède, renforce ces premières sensations.

Par la suite, ce sont les relations entre personnes, codifiées de manières tacites, formelles et polies, mais glacées, tout comme les rapports hiérarchiques tout autant stricts, basés sur les marques de respects qui prolongent l’immersion du lecteur dans cette saveur asiatique. Et, l’ensemble fonctionne parfaitement. L’inusité de la chose lui confère également un intérêt supplémentaire et une touche exotique, relativement nouvelle pour une civilisation humaine.

Outre l’ambiance qui joue forcément sur notre appréciation,  les attentes se placent sur l’aspect science-fiction et surtout – pour ma part – le space-opera.

Long Chau rencontre Shodaw Child (L’ombre d’un enfant) sur une station, dans une salle louée par le vaisseau. Sa requête est assez simple. Elle a besoin des services d’un mindship pour trouver un corps dans l’espace afin d’étudier et de publier un essai sur les effets de la décomposition de l’organisme dans l’espace profond. J’ai bien écrit « mindship, que nous pouvons traduire par « esprit du vaisseau » qui mérite une petite explication.

Je vais essayer de faire simple.

L’humanité réussit à voyager dans l’espace et même à rallier des points assez lointains en un temps record. Pour se faire, il faut « plier » l’espace-temps, en Deep Space (espace profond) le traverser et atteindre ainsi la destination souhaitée. Simple, non ?

Cependant, cette simplicité apparente exige une grande précision et un technologie pointue : les mindships. Traverser cette pliure peut rendre fou et même conduire à la mort sans eux, les seuls à supporter les contraintes d’un tel voyage sur l’esprit. Il sont spéciaux. très spéciaux, même. Cela fait froid dans le dos.

Shadow’s Child (SC) n’est pas une Intelligence Artificielle, même s’il/elle en est proche sur bien des plans, il s’agit d’une intelligence organique. SC fut un enfant, élevè comme un enfant, mais sans perdre de vue son emploi futur… Puis, SC a été inséré en tant que cœur  pensant du vaisseau, seul système a supporter les voyages entre « dimensions ». Sans eux, la mort est quasiment assurée pour tout voyageur qui souhaiterai s’aventurer seuls dans ce sombre désert.

Malgré la protection des mindship, le voyage n’est pas sain pour la santé des voyageurs, pour supporter ce dernier, ils doivent absorber des cocktails de drogues sur-mesures… Et quel vecteurs plus utiles que le thé. Vous regarderez la cérémonie du thé sous un nouveau jour, suite à cette lecture. Je peux vous l’assurer! 😉

Un duo à la dynamique digne de Holmes et Watson

Les drogues et Sherlock Holmes une histoire d’amour persistante, n’est-ce pas ? Ou plus exactement Long Chau qui incarne le célèbre détective.

Ce personnage s’avère tout aussi alambiqué que son illustre aîné, et les traits caractéristiques sont respectés, le tout sans un copier/coller pesant. Un Sherlock Holmes tout juste transporté dans une société et un temps autre, je ne sais pas si cela aurait fonctionné tant il incarne l’époque victorienne. Aliette de Bodard évite cet écueil en imaginant un personnage féminin, appartenant à cette culture dont Long Chau maîtrise les codes (parfois sans les respecter – comme SH) et à son temps.

Le lecteur découvre un personnage proche du détective d’origine, qui rencontre un futur ami. SC partage avec Watson une certaine expertise dans un domaine de la santé; l’un est docteur, l’autre délivre des drogues sur-mesures pour traverser les espaces profonds (Deep Space). Un peu secoué par l’énergumène de choc et sans affinités sociales, le mindship voit sa curiosité éveillée malgré son élémentaire ( 😉 ) prudence. Tout comme ce bon vieux docteur, SC se révèle doté d’une profonde empathie, le sens des responsabilités et du devoir.

La dynamique entre les deux fonctionne parfaitement et s’avère à la hauteur des attentes du lecteurs (qui ne chercherait pas une simple transposition).

Une enquête lointainement inspirée d’Une étude en rouge

Aliette de Bodard ne l’aurait pas dévoilé, je n’aurais pas franchement fait le lien. En effet, seule cette rencontre initiale entre le détective et le docteur, me fait penser à cette prise de contact initiale entre le Tea Master (maître du Thé – le vaisseau) et le détective Chau. Cependant, dans les deux œuvres, il s’agit d’un point clé du récit. Pour le reste, Long Chau souhaite étudier les effets de l’espace profond sur la décomposition d’un corps. Le duo trouve un mort qui fait tilter notre Long Chau… qui évidemment va enquêter sur ce mystère…

Les amateurs de pur thriller et de policiers risquent d’être un peu chafouins, car je ne peux pas assurer une surprise d’envergure concernant les ressorts de cette enquête. Le suspens reste présent et les motivations sont judicieusement trouvées par l’auteur. Pour ma part, le charme ne réside pas essentiellement dans ce seul aspect qui reste parfaitement intéressant (et c’est une nouvelle).

Ce livre est pour vous si :
  • vous aimez la SF et SH
  • vous souhaitez lire un space-opera d’inspiration asiatique
  • les voyages dans l’espace aiguisent votre curiosité
je vous le déconseille si
  • vous ne connaissez pas un mot d’anglais – ou juste un ou deux.
  • de toutes façons, vous êtes misogyne!
  • Sherlock Holmes, vous saturez…
Autres critiques :

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L’univers Xula

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Nouvelle fonction dans le blog : réunir les informations concernant un ensemble de l’auteur. Ce sont les écrits, éventuellement un lien vers des nouvelles gratuites comme Immersion.

Nouvelles gratuites

A un tout petit prix

Pour des informations supplémentaires sur Xuya, vous pouvez consulter la page consacrée sur le site de l’auteur, Aliette de Bodard.

Challenges :

SSW VIII

ssw-8

S4F3

  • 96 pages

S4F3 saison 4

 

19 réflexions sur “The Tea master & the detective – Aliette de Bodard

  1. Euh ben en fait, oui, je l’avoue : je sature un peu avec Sherlock Holmes. Mais, à la sauce asiatique, pourquoi pas? En revanche, le côté chronique m’intéresse davantage. L’auteure a fait découvrir l’Amérique par Zheng He? Ça se serait super cool!

    Aimé par 1 personne

  2. Ouh, c’est celui que tu lisais pendant ton passage en Suisse ? 🙂
    Je ne suis jamais trop entrée dans le phénomène Sherlock Holmes, mais il faudrait vraiment que je m’y mette une fois ! Pour l’instant, je me suis contentée des jeux vidéo ^^

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