Marque & Reprisal – Elizabeth Moon

Un tome explosif

Vatta’s War, tome 2

Lecture en VO

Marque & Reprisal est le second tome des aventures de Kyrala Vatta, une série en 5 volume imaginée par Elizabeth Moon. Cette jeune femme qui se destinait à une carrière militaire dans la flotte spatiale de sa planète, a vu ses ambitions contrariées, et connu le goût amer de l’échec. Une fois de retour dans le giron familial, Ky embarquait sur un navire marchand appartenant à la société familiale pour connaître un voyage mouvementé.

C’est lors de cette première mission qu’elle découvre son goût à la fois pour les responsabilités dans l’affaire paternelle et l’action pure doublée de shots d’adrénaline.

Si le premier tome n’inventait pas la poudre, il n’en restait pas moins plaisant après une première partie qui ronronnait tranquillement. Ce deuxième opus est nettement plus rythmé, habile et parvient à tenir le lecteur en haleine du début à la fin.

Une histoire et des personnages plus denses

Il faut dire que l’histoire commence sur les chapeaux de turbines.

Dans Trading in danger, Kyrala et tous les membres de son cargo se trouvaient pris au beau milieu d’une guerre alors qu’ils devaient simplement livrer une cargaison de matériel agricole à leur client. Lors de ces événements, notre héroïne fut  prise pour cible, dû faire face à une mutinerie et confrontée à la mort violente de son mentor officieux. En raison de cette adversité, elle s’est révélée un capitaine (junior) très concentrée et concernée par le bien-être de son équipage, et s’est découvert une certaine aptitude pour le commerce.

Le conflit dans le système de Sabine avait saboté les moyens de communications inter-systèmes, rompant toute possibilité de dialogue et de consigne entre le quartier général de Vatta et Kyrala. Sans nouvelle de son manager de père, notre jeune héroïne continuait son chemin chaotique à l’instinct.

Au-delà de ce seul aspect individuel, l’attaque de Sabine ne se résume pas à une rivalité musclée entre les deux planètes circulant autour de Sabine.  La véritable cible est bien plus robuste. Elle est tellement énorme, que le commanditaire a élaboré un vaste plan pour faire tomber nul autre que l’ISC (InterStellar Communications), la seule organisation véritablement galactique.

Elizabeth Moon délivre cette information au tout début de Marque & Reprisal, alors que la famille Vatta et son quartier général vient d’essuyer des attaques meurtrières, étêtant la chaîne managériale sûrement et promptement.

Cette agression inopinée surprend l’ensemble de Slotter Key (la planète d’origine de Kyrala), le gouvernement ainsi que quelques huiles au sein de ISC. La famille Vatta est un soutien politique et logistique de poids pour les uns et pour les autres. Suite, à cette boucherie, le chef du gouvernement planétaire de Slotter Key reçoit un avertissement d’un mystérieux interlocuteur qui le menace ni plus ni moins d’anéantissement si ce dernier affiche un quelconque soutien à l’entreprise.

Dès lors, c’est l’ensemble des intérêts et des individus de cette compagnie et famille qui se retrouvent dans une chasse aux Vattas… Cependant, la véritable cible n’est autre que l’ISC. Les motivations sous-jacentes font parties du mystère que dévoilera Elizabeth Moon au cours de sa saga.

Toujours est-il que Vatta Transport Ltd est en perdition; Kyrala qui rallie enfin Lastway, sa destination initiale (dans Trading in danger), n’est pas consciente des risques encourus, surtout que les ansibles (les relais inter-systèmes de l’ISC) sont là aussi défaillants. Cette partie est absolument tendue et une torture délicieuse pour le lecteur qui, lui, est informé des intentions d’un groupe mystérieux. Quand elle débarque sur la station, le danger lui colle aux basques, et nous sommes dans l’attente, tremblant à chaque angle, à la sortie de chaque boutique, ou bureau. Quand est-ce que la tentative aura lieu ?

Dans un autre coin de la galaxie, la police garde sous protection un adolescent qui a échappé de peu à une mort certaine, lors de l’explosion surprise de son vaisseau battant pavillon Vatta. Esseulé, membre de la famille, cousin de Kyrala, ses jours sont comptés. Stella Vatta, qui voyage sous un nom d’emprunt, tente de le sauver grâce à une connaissance de longue date, Rafe, un touche à tout excentrique et énigmatique.

Le lecteur naviguera d’une trame à l’autre, espérant, tremblant pour les uns et pour les autres alors qu’un vaste complot se dévoile peu à peu.

L’action est bien présente, le suspens tout autant, l’ensemble soutenu par un rythme bien adapté.

Kyarala a bien mûri depuis le début de l’aventure. Elle n’en demeure pas moins dans le doute quant aux actions à mener. Elle est partagée entre un désir de vengeance bien compréhensible, le sens du devoir et les responsabilités qui viennent de lui échoir. En son for intérieur, elle est consciente de son goût de l’action et d’avoir savourer les moments chauds, et même d’avoir abattu – parfois froidement – ses ennemis. Elle s’interroge ainsi sur cette dualité, le paradoxe ressenti entre ces périodes qui exigeaient une prise de décision rapide particulièrement jouissives, et l’angoisse qu’elle ressent après coup.

Les autres personnages, notamment une Stella qui joue sur sa réputation d’idiote, remplissent leur office, le tout sans extravagance d’originalité, mais avec une maîtrise suffisante pour les rendre intéressants et même attachants. Contrairement au premier tome, où le sentiment de danger n’était pas vraiment accablant, dans ce volume, il est bien plus palpable.

Un univers plus complexe

Les déboires des Vatta ne sont qu’un conséquence commode pour les commanditaires de ce bordel galactique. Vatta Transport Ltd ne fait figure que d’exemple, d’avertissement grandeur nature destiné aux politiques et aux grands dirigeants. Certes, les décisions et l’action de Kyrala à Sabine ont eu un impact à la marge, mais le choix du groupe officiant derrière les dysfonctionnements, les attaques, attentats, bref, derrière ce chaos visait déjà cette société en raison de son soutien vis à vis de l’ISC.

La civilisation est galactique, mais n’est qu’un conglomérat de planètes désunies, jalouses de leur pré carré, rechigneuse à abandonner une once de souveraineté. La seule instance qui possède une envergure inter-système est l’ISC. Une place liée à son monopôle dans un domaine stratégique et commercial crucial : les communications. Pour s’assurer de la pérennité de cet état de fait, la technologie est conservée, cachée, dissimulée et protégée comme les pires virus de notre bonne vieille Terre.  Une flotte redoutable est entretenue, la seule de cette dimension et de cette force. Sa réputation et sa force sont si bien établies que tous les systèmes solaires, les grandes compagnies de mercenaires ou tout autre structure solide et sérieuse évitent le moindre démêlé avec eux… Sauf qu’un groupe a décidé de faire tomber l’organisation en question. Les attaques ne peuvent pas être frontales et dévoilées en plein jour, aussi, doivent-ils jouer sur le registre de la guérillas.

Elizabeth Moon dépeint une civilisation qui ressemble fort à notre monde actuel, avec les états indépendants, des entreprises si puissantes qu’elles imposent même leur points de vue et conditions à ces derniers, des zones de chaos, et de violence,…

Un deuxième tome bien plus convaincant, avec du rythme et un sentiment de danger omniprésent. Le lecteur s’y plongeant est emporté dès les première pages, et ne cesse sa lecture qu’une fois le livre terminé. Les nouveaux personnages sont un ajout réussit et donne des atouts supplémentaires à cette série déjà plaisante.

 

Ce livre est pour vous si :
  • vous aimez la Hanse Galactique
  • vous souhaitez un roman fun
je vous le déconseille si
  • vous ne connaissez pas un mot d’anglais – ou juste un ou deux.
  • vous n’avez pas la fibre commerciale
Autres critiques :

Lianne

Challenge :

SSW VIII

ssw-8

8 réflexions sur “Marque & Reprisal – Elizabeth Moon

  1. En effet, ce tome ci m’a vraiment plu parce que dés le début il donne le ton et on est vraiment dedans 😉
    Je suis contente de voir que nos avis sont équivalents :p

    Maintenant tu n’a plus que le troisième à lire pour me rattraper (et je pense que soit il est déjà lu soit il ne va pas tarder :P)

    Aimé par 1 personne

    • Effectivement, j’ai relu ta chronique et nos impressions sont vraiment similaires, mais je ne suis guère étonnée, le livre est vraiment pas mal.

      Le 3 ° tome ne va pas tarder à être lu! je veux surtout intercaler des chroniques de romans en VF ou français. 🙂

      J'aime

  2. J’aime bien l’expression « sur les chapeaux de turbine » 😉
    Au final ça me fait un peu penser à mon propre sentiment sur Honor Harrington avec un second tome bien plus convainquant que le premier. Serait-ce un schéma récurant en SF?

    Aimé par 1 personne

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