The shipminds – 3 nouvelles d’Aliette de Bodard

Aperçu sur les étranges Mindship

Lectures VO

Il y a peu de temps, vous pouviez lire une critique sur The tea master & the detective, nouvelle d’Aliette de Bodard s’amusant avec les alter-egos de Sherlock Holmes et du Docteur Watson. Outre l’enquête, ce fut l’univers d’inspiration sino-vietnamienne qui m’avait séduite, ainsi que l’inhabituel système de voyage à l’aide de vaisseaux très spéciaux : les mindships.

J’ai donc parcouru quelques nouvelles d’Aliette de Bodard pour me familiariser davantage avec ces étranges moyens de transport… et ainsi vous proposer de découvrir différentes facettes des fameux mindships.

Dans l’univers de Xuya, il est possible de voyager d’un système solaire à l’autre de deux façons. La première exige de nombreuses années, la maîtrise des techniques d’hibernation et un renoncement certain à toutes anciennes références et connaissances. Le seconde s’avère nettement plus rapide et efficace, car, le vaisseau spatial plonge dans l’espace profond, « compresse » l’univers, déforme la réalité pour rallier rapidement le point A au point B.

Mais, ce n’est pas sans effet et sans danger. Un tel trajet nécessite la prise de « drogues » calculées sur mesure, en fonction des individus; sans cela rien n’empêche cette distorsion de la réalité de rendre fou ou de tuer les voyageurs. Ce qui serait ballot pour un moyen de transport, indeed.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le mindship n’est pas contrôlé par une IA, mais par une intelligence organique, un enfant né pour cette fonction.

Ce sont les effets des espaces profonds (deep spaces) sur les êtres vivants et différentes facettes de ces fameuses intelligences organiques que je vous propose de découvrir à travers ces trois nouvelles.

The shipmaker

Lauréat du British Science Fiction Association Award, 2010

Avant toute chose, il faut savoir que chacun de ces vaisseaux est composé en majeure partie de métal, mais incorpore également un être humain, connecté intimement à la structure. L’autre élément crucial dans la conception du futur mindship n’est autre que l’harmonie. En effet, sans elle, impossible de traverser ces espaces profonds si contraignants. Il faut une bonne dose de certitude et de sérénité.

Aussi, Dac Kien, le shipmaker, est-elle secondée par un Maître de l’Harmonie. Cette notion est à comprendre dans sa perception asiatique, avec un équilibre délicat entre les cinq éléments (le Qi prend une place prépondérante).

Une harmonie qui fuit parfois son couple. Sa compagne compose difficilement avec les exigences, les responsabilités de son emploi, et surtout ne valide pas aveuglément l’ensemble de ses choix. L’arrivée impromptue de Zoquitl, une mexicaine  qui débarque bien plus tôt que prévu pour mettre au monde l’enfant destiné au cœur du vaisseau, (au cerveau du vaisseau est bien plus juste) bouleverse l’équilibre de toute chose.

The shipmaker est une nouvelle excellente, et cela pour de multiples raisons. L’univers de Xuya y est développé avec habileté par de petites touches délivrées au détour d’un dialogue ou d’une réaction. De petits effets qui ont des répercussions importantes dans la compréhension des nuances de cette civilisation galactique. Puis, le lecteur découvre enfin les dessous de la naissance d’un mindship, partiellement humain, partiellement mécanique. Enfin, les émotions dégagées sonnent justes, tant du point de vue du couple Dac Kien/Hahn que du futur vaisseau.

Ship’s brother

Cette nouvelle aborde une facette bien moins technique que The Shipmaker; elle s’axe sur le relationnel entre une sœur/mindhsip et les autres membres d’une famille, et comme le titre l’indique, surtout avec le frère. Le ton très intime, d’une mère à son fils lui confère également un potentiel émotionnel important.

Ship’s Brother évoque la perception d’un midship par l’entourage familial – élargi aux amis également. Cet événement n’est pas anodin car l’enfant n’est pas purement et simplement abandonné. Les liens existent et persisteront jusqu’au trépas des proches, puis ils se développeront vers les descendants même si l’affection et les relations deviennent plus distants.

Ship’s Brother nous délivre un aspect bien plus intime de l’esprit de ces vaisseaux, organiques aussi. Le ton intimiste contient une note douce-amère d’un bout à l’autre, nous mettant sur le qui-vive d’entrée de jeu. La conclusion est parfaite en prolongeant cette veine. Petite cerise sur le vaisseau, Aliette de Bodard nous glisse quelques petits développements supplémentaires sur cette civilisation Xuya qui s’avère loin d’être si unie qu’attendue.

A salvaging of ghosts

Finaliste du WSFA Small Press Award, 2017

Aliette de Bodard nous propose de suivre une jeune femme, Thuy, fille de Kim Anh, qui marche dans les pas de sa mère en récoltant des gemmes. Il ne s’agit pas ici de piocher, suer et ramasser des joyaux dans des mines, excavations, ou trous lunaires. Cette prospection est bien plus dangereuse et létale… il faut les cueillir en plein Deep spaces, là où les vaisseaux échouent et s’échouent. Je n’en dis pas davantage sur la nature des gemmes.

Thuy s’aventure un peu loin lors d’une de ces missions et trouve la chambre de confinement d’un mindship. Vivant ? Mort ? La lecture de cette nouvelle vous le dira.

Un texte tout aussi beau et émouvant que les précédents, la culture asiatique telle que nous pouvons la percevoir en tant qu’Européen s’affiche avec grâce, notamment dans le respect affiché – ou la célébration – des parents et des aïeux. Cette déférence associée  à la nature des gemmes, donne une dimension mystique plutôt étonnante. L’auteur profite de ce texte pour enrichir une nouvelle fois son univers.

 

Voici un triptyque sur les mindships qui vous propose une découverte de cet étrange équipage mi-homme  mi-machine, loin du cyborg, de sa naissance à son trépas. Les trois textes contiennent cette touche asiatique qui leur donne un côté inusité et exotique loin de me déplaire. Le ton sonne juste et l’émotion est à fleur de peau. A lire.

A noter que les nouvelles sont plutôt courtes et qu’il est possible de les lire et de les écouter pour perfectionner votre anglais! La diction est parfaite sur les podcasts.

Ce livre est pour vous si :
  • vous aimez la SF et l’émotion
  • vous souhaitez lire un space-opera d’inspiration asiatique
  • les moyens de transport spatiaux aiguisent votre curiosité
je vous le déconseille si
  • vous ne connaissez pas un mot d’anglais – ou juste un ou deux.
  • de toutes façons, vous êtes misogyne!
  • Vous ne jurez que par Gorge Profonde, et pas Espace Profond
Autres critiques :

Orion

L’univers Xula

J’ai pu enrichir mon dernier article, et je fais désormais un distinguo entre les nouvelles et novellas gratuites et celles payantes (petit prix). Les liens vous renvoient celles qui pourraient vous intéresser.

*signifie que le texte a reçu un prix.

Nouvelles gratuites

A un tout petit prix

Pour des informations supplémentaires sur Xuya, vous pouvez consulter la page consacrée sur le site de l’auteur, Aliette de Bodard.

Challenges :

SSW VIII

ssw-8

S4F3

S4F3 saison 4

17 réflexions sur “The shipminds – 3 nouvelles d’Aliette de Bodard

  1. J’ai lu « The tea master…. » et ta critique donne vraiment envie de lire les 3 nouvelles.
    Aliette de B. a inventé un univers tout à fait passionnant et original (je n’étais pas du tout convaincu par les Aztèques et les ailes d’argent), mais là c’est vraiment époustouflant…
    Ici aussi, on entre dans l’automne, hier matin 11°….

    Aimé par 1 personne

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