Hardfought – Greg Bear

Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue.

Einstein

Lecture VO

Les « humains » sont en guerre  contre les Senexi depuis quelques milliers d’années. Un conflit qui pousse les uns et les autres dans leurs retranchements. Lors d’une attaque contre un des vaisseaux extraterrestres, un représentant de chaque espèce se trouve coincé l’un avec l’autre. Pour survivre, ils vont devoir composer et apprendre à se connaître.

Voici un résumé succinct de ce que vous propose Greg Bear avec Hardfought. Simple d’apparence, cette novella secoue le cocotier entre vos deux oreilles de façon unique!! « Pantoise » est le terme le plus doux que je puisse trouver pour décrire mon état second à l’issue de cette lecture.

La critique d’Apophis concernant ce texte m’avait totalement conquise, et j’ai donc sombré derechef dans ce conte obscur et édifiant. Je vous invite d’ailleurs à lire  sa chronique car partageant son analyse, je ne compte pas détailler autant la mienne dans ce billet. J’y adjoindrais un seul minuscule bémol que nous verrons ultérieurement.

Impossible de ne pas évoquer La guerre éternelle de Joe Haldeman avec Hardfought tant les thèmes traités et leur mise en avant sont similaires : la vacuité de ces conflits au long cours. Cependant, dans son exposition, dans sa cruelle mise en lumière, la novella de Greg Bear se place au dessus de son aîné, allant jusqu’à glacer le sang des élémentaires de glace.

Le déroulement de ce conflit millénaire tout autant que les extrémités où sont poussés les belligérants, pour une raison de l’épaisseur d’une feuille A4 dans sa plus légère expression (20g au m2), frappent l’esprit du lecteur. L’habileté de Greg Bear est à souligner car à aucun moment nous avons le sentiment de lire un pamphlet appuyé, un essai politique ou encore une tribune morale.  L’auteur nous délivre une histoire complète, auréolée d’une dramaturgie qui secouera vos petites  méninges (ben, oui, les neurones sont microscopiques). Parfois votre mâchoire se décrochera et vous apprécierez l’âme charitable qui vous évitera de rester bouche bée.

Toutefois cette histoire se mérite, et l’auteur ne vous prend pas pour des imbéciles qui ont besoin que le chemin soit balisé avec de gros néons fluorescents. Il faut accepter d’être perdu, de participer de manière active au décryptage du texte proposé, d’associer les pièces entre elles pour enfin comprendre l’évolution des uns et des autres.

Ce qui est paradoxal et plutôt amusant (et brillant à mon sens), c’est le fait de se sentir finalement plus proche des Senexi, de mieux comprendre leur fonctionnement que de cette humanité si éloignée de nous, que ce soit en terme physiologique que psychologique.

J’ai lu Hardfought juste après la tétralogie L’étoile de Pandore de Hamilton, et je n’ai pu m’empêcher de faire le lien entre les primiens (et notamment MatinLumièreMontagne) et les Senexi qui partagent des similitudes. Amibes géantes de 10 mètres de diamètre, ils se partagent entre des cerveaux et des « unités » mobiles dépourvues de tout esprit d’initiative ou de réfelxion – ou si peu. Ces derniers sont les organes sensoriels et physiques de ces Cerveaux. Il faut savoir que leur gènes possèdent la capacité de transmettre le patrimoine génétique et historique de cette espèce presque aussi ancienne que l’univers… Ils sont à classer dans la catégorie des « Lentes » comparée aux « Rapides » que sont les humains ou tout autre extraterrestre dont la durée de vie individuelle ainsi que la longévité en tant qu’espèce s’apparentent à une respiration sur l’horloge cosmique… Cet été cette notion revient très régulièrement dans mes lectures….

Initialement, vous ne comprendrez pas grand chose à ce que vous raconte Greg Bear. Il y a une histoire de main, de globule de taille XXL, de géante gazeuse, de conflit, d’échelle temporelle en milliard d’années, d’une rencontre entre un machin ganté et un autre type dans un couloir. Bref, la première impression, c’est d’avoir été introduit dans un shaker que l’auteur secoue à toute allure, vous vous cognez contre la paroi, percutez quelques ingrédients, buvez la tasse d’un liquide étrange jusqu’à ce que le cocktail ainsi préparé soit versé dans le récipent idoine. ET là, c’est magique, le truc a du goût!

Vous vous rendez compte que le « gant » n’est ni plus ni moins qu’un humain – ou ce qu’il est devenu. Que ce personnage à l’intellectuel limité et à l’état d’esprit d’un psychopathe n’est que le résultat d’une spécialisation extrêmement poussée dans la performance guerrière. L’humanité s’est divisée en castes pour atteindre l’efficience dans cette guerre éternelle, perdant au passage ce qui signifiait d’être humain… Quel désastre!

Si les dialogues initiaux vous laissent perplexe, et à côté de vos pompes, peu à peu la compréhension se fait, et la logique vous apparaît. Conçus dans un but unique, les pensées parasites effacée, la richesse de l’homme a disparue tout comme sa complexité.

A l’opposé, nous faisons la connaissance d’un de ces mobiles, doté de davantage de libre arbitre et de capacité de réflexion que la normale pour remplir une mission spécifique confiée par son Cerveau. C’est à travers son point de vue que le lecteur découvre à la fois son évolution et l’univers des Senexi.

Inutile de vous révéler la suite et d’autres éléments, car si le texte est exigeant en terme de concentration et de patience, la détermination est récompensée au fur et à mesure de la lecture.

J’émets une seule réserve : j’ai été émerveillée intellectuellement par cette novella, mais je n’ai éprouvé aucune empathie pour les protagonistes, il m’a manquée un chouïa d’émotion pour être totalement subjuguée par le texte.

Harfought de Greg Bear s’avère une lecture exigent, intelligente et brillante. Le texte propose un récit dans la veine de La Guerre Éternelle de Haldeman, tout en poussant la réflexion plus loin, à tel point que le lecteur se demande jusqu’à quelles extrémités nous pourrions aller… par bêtise. Une novella qui secoue et qui se « mérite ».

Ce livre est pour vous si :
  • vous savourez les romans style puzzle
  • vous souhaitez lire un space-opera offrant aussi bien une histoire qu’un fond solide
  • vous ne vous lassez pas des géantes gazeuses
je vous le déconseille si :
  • Les textes exigeants ce n’est pas votre truc
  • Vous adorez la guerre, et attendez avec impatience de saisir votre flingue
  • De toutes façons vous n’êtes épris que de fantasy
Autres critiques :

Apophis

Challenge :

SSW VIII

ssw-8

S4F3

S4F3 saison 4

17 réflexions sur “Hardfought – Greg Bear

  1. Je vais me faire une session Novella VO la semaine prochaine (avec de prévu Murderbot T3, Tensorate T3, The Million, War Cry, The Expert System’s Brother et Voidwitch Saga T2), si j’ai le temps je rajouterais peut être celle ci ou peut être quelques unes d’Aliette de Bodard 🙂

    Mine de rien ça fini par faire une longue liste xD

    Aimé par 2 personnes

  2. (merci pour le lien)

    Totalement d’accord avec toi, notamment sur le fait qu’on ressente paradoxalement plus d’empathie pour le Senexi ainsi que sur les parallèles avec les Primiens, qui m’ont frappés moi aussi. Dommage que ce texte semble devoir être réservé aux rares lecteurs anglophones.

    Je voulais aussi souligner à quel point ta critique était exceptionnellement bien écrite : en venant chez toi, on sait qu’on va avoir droit à un style fort agréable, mais je trouve que depuis quelques temps, tu as franchi encore un palier supplémentaire, pour mon plus grand plaisir. Bravo !

    Aimé par 1 personne

    • Oui, c’est vraiment dommage qu’il n’y ait pas traduction en perspective, cependant, je comprends la frilosité de potentiel éditeur francophone. Le texte n’est pas évident d’accès.

      Ton compliment me touche énormément, car j’ai vraiment cherché un moment comment écrire mes critiques. Qu’on le veuille ou non, nous sommes toujours influencé par ce qu’on lit autour de nous, et sans vouloir copier on cherche à répondre à un standard « imaginaire ». Finalement, j’ai fini par trouvé le ton qui me représente, fait d’humour et d’improbable, et très imagé car je visualise beaucoup l’écrit.
      Donc, ton retour est très gratifiant.
      Merci Apo!

      Aimé par 1 personne

  3. De Greg Bear, j’ai lu les deux romans de sa série Darwin, que j’avais apprécié. Alors, de ce que tu en dis, et si un éditeur veut bien se mouiller, je veux bien l’acheter dès qu’il paraitra en français.
    ET ce que tu as mis en exergue de ce billet ne me laisse pas le choix.

    Il faut vraiment que je lise La guerre éternelle un de ses quatres.

    Aimé par 1 personne

    • je doute de sa traduction en anglais, même si j’espère quelque part que ce genre de retour les titille et qu’ils se demandent si ce serait pas une occasion de fire découvrir un super roman de SF.

      Je suis certaine que mon exergue attire ton attention! 😉

      J'aime

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