Complainte pour ceux qui sont tombés – Gavin Chait

Une Afrique brute et étincelante, comme un diamant

 

« Samara est tombé du ciel dans un fracas de tonnerre. Non loin du village d’Ewuru, dans ce Nigeria déchiré, pollué, aux mains de bandes armées terrifiantes. On dit Samara doté d’immenses pouvoirs, et les légendes courent sur l’horizon. Certains le pensent immortel, ou peu s’en faut, investi d’une puissance telle qu’à lui seul, il pourrait asservir ce qu’il reste du monde. D’autres le disent enfant d’Achenia, cette station spatiale de tous les possibles, dont il serait l’un des Neuf. D’aucuns, encore, affirment qu’il se serait échappé de Tartarus, l’épouvantable prison orbitale d’une Amérique déliquescente… Si on dit vrai, alors avec Samara pourrait bien renaître l’espoir. »

Ayant une partie de ma famille originaire d’Afrique, j’aime bien m’y balader à l’occasion. Jusqu’à présent, j’ai lu peu de romans de SFFF qui se centrent sur ce vaste continent, bien plus large de nuances et de coutumes que notre vieille Europe. C’est bien simple, mis à part Nnedi Okorafor, je crois que j’y ai voyagé avec Alastair Reynolds dernièrement…

Alors, un bouquin de SF avec un tel pitch de départ publié au Bélial ne peut qu’attirer la curiosité de l’amateur.

Une Afrique future et éclatée

C’est en plein Nigeria que la capsule de Samara s’écrase à l’aube de ce roman de Gavin Chait, l’époque est encore inconnue à ce stade, mais il apparaît rapidement que les événements se déroulent dans un futur à moyen terme.

Le pays a perdu son unité, fractionné par les guerres, vendetta, égo, soif de pouvoir, mégalomanie,… déchiré par les vanités, la rapacité et les convoitises humaines. Le commun de la population vit dans l’inquiétude et la terreur des bandes organisées qui sévissent dans toute la région. Les femmes, enfants et jeunes filles sont des proies de choix qui surveillent constamment leurs arrières. Ces « milices » nombreuses – avec à leur têtes différents personnages plus recommandables les uns que les autres dans l’art du meurtre, de la violence et du pillage – se partagent le pays en territoire où chacune applique SA loi.

Pourtant au milieu de cette sauvagerie réside l’espoir. Loin d’être un concept fugace, ténu, ou encore illusoire, cette attente repose sur un réseau de cités indépendantes qui parviennent à tenir tête aux pirates de la route.  Ces succès se sont construits au fil du temps, enregistrant de petites victoires aussi bien que d’amères défaites,  érigeant peu à peu une résistance de plus en plus développée. Le chemin emprunté na pas été évident, avec de lourds tribus écarlates versés au seigneurs locaux de la violence et de la vindicte, mais la vision et la volonté de quelques hommes ont érigé une résilience remarquable  et opposé une détermination sans faille. Un tournant se dessine…

Ewuru est un de ces villages, et c’est parmi eux que Samara va s’éveiller de son coma. Qu’il survive pourrait paraître inespéré après un tel crash, cependant, la nature même de cet homme est tout à fait exceptionnelle. IL n’est pas né sur Terre, mais appartient à une des premières stations orbitales. Samara fait partie d’un groupe d’hommes finalement assez redoutables (les Cinq), dotés de pouvoirs et d’une résistance hors du commun. Ils le doivent à leur symbiote qui ne ressemble en rien à ce que l’on peu voir dans Stargate… Non, ici ces « bestioles » n’ont rien de biologique, ou organique, ce sont des IA qui s’associent à un hôte et qui partagent leur existence. L’alchimie opère parfaitement, l’un et l’autre trouvant une harmonie dans cette fusion. ET quelques avantages non négligeables.

Nous découvrons aussi, une forme d’internet 10.0, des imprimantes 3D plutôt impressionnantes à la base de tout une économie locale, ect…

Gavin Chait parvient a conférer à sa vision de l’Afrique du futur un parfum qui lui est propre et surtout qui lui ressemble, en juxtaposant des images fortes – tout en étant parfois opposées.

Une narration qui concurrence l’intrigue

L’ambiance particulière n’est pas le seul point que je souhaite souligner.

Samara s’est craché en plein Nigeria, c’est ainsi que débute l’histoire. Initialement, nous n’en connaissons pas les raisons. Gavin Chait nous propose alors de découvrir l’origine de cet accident, tout en dévoilant peu à peu les tenants et les aboutissants de son monde futur, ainsi que les rouages de ce coin de l’Afrique.

Ainsi, sommes nous amenés à suivre trois lignes directrices – dirons-nous.

La première se déroule dans le présent du roman. La pénurie en minéraux est-elle que les milices n’hésitent pas à abattre femmes et enfants pour faire main basse sur quelques kilos du moindre métal. Inutile de dire à quelle vitesse le furieux du coin envoie ses sbires aussitôt la trainée de l’entrée dans l’atmosphère détectée. Or, les villageois ont non seulement un temps d’avance, mais également de la jugeote. Aussi vont-ils parvenir à confondre ses derniers et dissimuler le véritable lieu du crash. Ils recueillent Samara inconscient et en piteux état.  Bien leur en a pris, ils seront « récompenses » au centuple!

Au réveil de ce dernier, la donne se modifie radicalement, notre sur-homme ayant plus d’un tour dans son sac. Certains vont connaitre une fin de vie trépidante…

Si la trame ne brille pas par son suspens, elle reste suffisamment intéressante pour ne pas lasser. Il faut dire que Samara et son IA sont assez irrésistibles ( dans tous les sens du terme).

La deuxième ligne narrative concerne la situation propre à notre bonhomme argenté (oui, le symbiote fait de lui un sosie du Surfeur d’argent, même s’il peut modifier son apparence). Peu à peu, nous apprenons ce qui a conduit Samara à se cracher sur le Nigéria, confirmant ainsi non seulement son emprisonnement dans une enceinte de haute sécurité mais également son évasion. Les raisons ne tiennent pas qu’à sa personne, et c’est par ce truchement que le lecteur découvrira la géopolitique orbitale de cette époque future.

Enfin, la dernière facette de ce roman est bien moins évidente. Elle est fait de concepts. Elle brosse une vision essentiellement positive et humaniste de l’Afrique et de l’homme. L’auteur la transmet à travers le récit de l’érection du village d’Ewuru, mais surtout par l’intermédiaire de contes qui vont rythmer (et entrecouper) le roman.

Ce choix narratif est assez singulier, et le lecteur pourrait être un peu dérouté par sa lecture. En effet, c’est justement une sensation de conte (philosophique) qui domine une fois la lecture achevée, et pas seulement ou simplement un roman de SF.

Une fois la dernière page tournée, l’impression d’ensemble est assez solaire malgré les violences et horreurs décrites, notamment grâce à la présence charismatique de Samara. La vision proposée est utopique, sans être naïve et le roman se lit avec un plaisir évident.

Ce livre est pour vous si :
  • vous savourez les récits aux ambiances marquées
  • vous aimez lire un roman sur l’Afrique future
  • vous voulez découvrir un style narratif peu courant
je vous le déconseille si :
  • Vous ne voulez que des trames linéaires
  • Vous êtes un amateur de SF qui explose de partout
  • Si vous êtes à la tête d’un groupuscule violent
Autres critiques :

Apophis

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