Axiomatique (2) – Greg Egan

Superbe découverte

Le Bélial

Un peu plus tardivement que je l’aurai souhaitais, voici la seconde partie de ma chronique détaillée sur le recueil de Greg Egan, Axiomatique. L’article était programmé pour dimanche initialement, mais tennis oblige, je me suis fait happée par Roland Garros ce week-end. Je suis faible…

Je vous livre déjà ma conclusion : achetez-le, volez-le, lisez-le!

Vous pouvez consulter la première partie ; Axiomatique 1.

En apprenant à être moi

Cette nouvelle permet d’illustrer combien notre expérience de lecteur influe sur notre appréciation (et compréhension) d’un texte. J’ai lu En apprenant à être moi, il y a quelques temps (grâce à Bifrost, il me semble). Je n’avais pas été emballée. Il y avait de l’idée, toutefois, l’humain ne me paraissait pas mis suffisamment en avant.

Avec cette seconde lecture, je me demande comment j’ai pu passer à côté de ce texte centré sur l’homme, justement… Quelle erreur ! Un peu de jargon technique avait érigé un mur littéraire entre moi et l’auteur, alors que je cherchais à l’époque des écrits plus « romanesques » (et pour être précise, le format court ne l’attirait pas – je m’y fait désormais.)

De quoi cause-t-on ?

Votre cerveau organique est remplacé par un cristal, qui fait office de puce. Est-ce finalement bien vous ou l’entité devient-elle autre? C’est à cette question que tente de répondre Greg Egan en décrivant cette mutation psychologique. Entre autre, car, le texte n’est pas dénué d’une certaine angoisse, accompagnée d’un zest d’horreur…

Pour conclure, cette deuxième lecture, fut une révélation!

Les Douves


Les Douves est sans aucun doute le texte le plus faible du recueil. Greg Egan prend deux directions dans ce court récit : le racisme et le désastre écologique. Ambition louable qui tombe à l’eau en raison de ce choix. Aucun des deux n’est approfondi à la lumière de son prisme unique, ainsi les deux souffrent-ils d’une certaine mollesse et d’un détachement qui ne leur sied pas.

Dommage.

La marche

 – Promenons-nous dans les bois, tant que le loup n’y est pas. Si le loup y était, il nous mangerait. Loup es-tu ?

– OUIIIII!!!!!

Ben, oui. Le loup, ou plus exactement l’assassin est présent dans les bois, embarquant sa future victime dans un coin tranquille afin de l’achever. Cette dernière prise entre angoisse et fureur de vivre tente tout pour raisonner son bourreau. Le « dialogue » s’installe entre eux – mais également entre l’auteur et nous – un dialogue centré sur la spiritualité et les croyances.

Greg Egan expose son idée de la réincarnation, partageant quelques traits avec  le mysticisme hindou,  essentiellement composé d’instants, de tranches de vie.

La nouvelle est intéressante, avec la tension qui s’installe lors de ce périple funeste. Je n’ai pas été émotionnellement investie dans le sort de cet homme, car l’auteur fidéle à sa réputation emploie une prose un chouïa détachée. En revanche, l’intérêt ne se dément pas, et la chute/fin demeure satisfaisante.

Le P’tit mignon

Voici, une nouvelle qui m’a fait l’effet inverse, avec un fort coefficient émotionnel. Comme quoi…

Il rêve d’être un père à tel point qu’il est prêt à tout pour réaliser ce désir.  Il pousse la folie à l’extrême,  et se sert des avancées technologiques sur l’embryon et la manipulation génétique pour concevoir un bébé.

Certes, d’un point de vue éthique, les limites sont franchies, mais nn quoi tout ceci est pure folie ?

Il vient de mettre « au monde » un bébé jetable, à durée de vie limitée….

L’idée de cette nouvelle est en soi assez délicate, et il aurait été facile de tomber ou dans le mélo pleurnichard ou dans le ridicule pathétique. Pourtant, avec un auteur de l’envergure de Greg Egan, l’équilibre est maintenu entre effroi, réflexion et vraisemblance. Chapeau!


Vers les ténèbres

Des trous de vers apparaissent sur notre bonne vieille Terre. La curiosité étant une caractéristique indissociable et partagée entre les chats et les humains, forcément, impossible de ne pas y jeter un œil. Surtout que le danger guette…

Aussi, des « coureurs » sont-ils expédiés d’un bout à l’autre de la planète pour sauver le monde!

Superbe nouvelle – et illustration de la couverture – bourrée d’action et de réflexion, dopée à la Sfamphétamine (combinaison hautement addictive de SF, de rythme et de cohérence) .

Greg Egan parvient à nous faire « voir » les paradoxes temporels : « on ne peut pas voir le futur« . Ben, si partiellement avec Egan.

Du lourd!

Un amour approprié

Un texte qui possède un potentiel choquant et de révolte. Une jeune femme se voit contrainte de porter le cerveau de son mari afin de le sauver. Une fois encore, il faut tout le talent de l’auteur australien pour que cette idée ne sombre pas dans le ridicule. Sa créativité et son solide socle scientifique donne toute la vraisemblance à cette nouvelle. En évitant le gnan-gnan, et en conservant une approche aussi cohérente, il délivre une nouvelle percutante. La prose reste un poil détachée pour totalement subjuguer.

Nous pouvons aussi, en filigrane, deviner les potentialités et les limites éthiques/morales/amorales du commerce des utérus (désolée, je n’ai pas trouvé de meilleure formule qui illustre mes réflexions suite à cette lecture).

La Morale et le virologue

Ah! cette nouvelle! je me demandais quand j’en lirai une et de qui. Voilà, c’est fait.

Un scientifique fanatique ou alors un fanatique scientifique – même si les deux locutions semblent antinomique – crée un virus pour éradiquer une partie de la population.

D’un point de vue technique, la nouvelle s’inscrit dans les standards de Greg Egan avec une documentation sur le sujet assez poussée. C’est sans doute ce qui fait perdre sa saveur au texte, un peu trop technique pour séduire totalement. Il a le mérite de nous offrir une réflexion sur les hommes de science, le fanatisme,…

Plus près de toi

Cette nouvelle est un miroir de la nouvelle En apprenant à être moi. Les cristaux sont de retour pour un couple qui vit un amour « fusionnel ». Ils sont si confiants l’un en l’autre qu’ils décident de partager leur lien de manière unique, grâce aux cristaux, copies de leur cerveau.

En substance, l’auteur s’interroge sur la connaissance que l’on a de l’autre ainsi que sur l’intérêt de se découvrir entièrement par amour avec son lot de désillusions qui guettent…

Présenté ainsi, la nouvelle pourrait vous sembler assez quelconque avec un thème déjà abordé de multiples fois. Et pourtant,…

Et pourtant, le texte fait mouche, Greg Egan renouvelle l’intérêt et même la fraicheur de cette thématique, à travers justement son propos axé « hard-sf » (rassurez-vous, c’est parfaitement compréhensible). En effet, le lecteur ne se confronte plus à une hypothèse d’essence philosophique, la force de Greg Egan c’est d’en faire une réalité de demain.

Passionnant!


Orbite instable dans l’espace des illusions

Pour conclure le recueil, ce texte résume le ton : une hard-sf accessible, transhumanisme et spiritualité.

L’homme navigue aux frontières du matériels, de la réalité. Un accés parfois un peu délicat, compensé par une belle profondeur.

******

Ce recueil me faisait peur, comme l’ensemble des textes de Greg Egan. Retour sur Titan fut une telle découverte que je me suis amusée de ma frilosité le concernant.

En ce qui concerne la difficulté, deux ou trois textes sont délicats : l’Assassin de l’infini, et Vers les ténèbres. Deux textes possèdent un jargon assez technique qui peuvent opacifier le récit, Le Virologue et Orbite. Pour le reste du recueil, la sémantique utilisée et les techniques évoquées sont parfaitement compréhensibles. La réputation de prose froide et détachée se confirme à l’occasion d’une petite poignée de nouvelles; en revanche, l’essentiel des récits s’avèrent passionnants et même émouvants.

Mes nouvelles favorites sont :

  • L’Assassin Infini, en raison du vertige de l’infini quantique.
  • L’enlèvement, pour sa profondeur, l’air de ne pas y toucher.
  • Le Coffre-fort, un anonyme se réveillant régulièrement dans l’enveloppe corporelle d’un autre.
  • Vers les ténèbres pour son action palpitante et sa description d’un phénomène d’intrication quantique.
  • En apprenant à être moi + Plus près de toi, pour leur précision en tout.
  • Eugène, pour sa chute.

 

Oui, il s’agit d’un recueil de HARD-SF! La science est à l’honneur. Mais contrairement à ce que le lecteur un peu réticent pourrait croire, les sciences ne sont pas le pivot des nouvelles de Greg Egan, elles n’en sont que la base, et l’élément de magnificence des thématiques portées dans chacune des nouvelles. En s’appuyant sur cet aspect tangible, le propos porte. Les neurones s’illuminent de ces diverses sollicitations : enchantement, réflexions, émotion résonnent parfois indépendamment, souvent de concert pour un réel plaisir de lecture.

Les sciences et techniques sont chères à l’auteur, mais ne vous méprenez pas, l’humain en est au cœur.

 

Ce livre est pour vous si :
  • vous adorez Greg Egan
  • vous souhaitez découvrir le summum de la Hard-SF
  • Si vous aimez les textes associant récit et fond
je vous le déconseille si :
  • Vous ne supportez pas les termes techniques
  • Vous souhaitez sortir votre mouchoir à toutes les pages
  • Pour vous le Hard, ce n’est pas dans cette catégorie
Autres critiques :

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12 réflexions sur “Axiomatique (2) – Greg Egan

  1. Je suis difficile niveau nouvelles. En fait les seuls que je me souviens avoir adoré sont les recueils intégrale de l’œuvre de Philip K Dick, dont pas mal sont extrêmement liés à la science et son application (ça m’étonne même en y repensant qu’une partie n’ai jamais été mis dans la hard-SF tellement ça ressemble à la définition et à la description de certaines que tu me fais découvrir ici)

    Du coup je me demande si ça ressemble. Tu as déjà lu les nouvelles de K Dick? Si oui elles sont du même genre ou pas du tout?

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  2. Il m’intimide un peu cet auteur (pour le côté « hard sf » justement) mais tu le défends si bien que je vais peut-être me laisser tenter quand même 🙂

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  3. « En s’appuyant sur cet aspect tangible, le propos porte. »
    Voilà !
    Ce qu’il dit a du sens et, cerise sur le gâteau, il s’appuie sur du « solide ».
    Et, à y regarder de plus près, le « solide » multiplie l’émerveillement (en tout cas, chez moi).

    Aimé par 1 personne

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