Wanderers – Chuck Wendig

Août sous les feux de Shakespeare

Ce mois d’août 2019 était planifié depuis quelques semaines avec un projet bien précis dans ma tête : la lecture et la critique de romans en VO et si possible, de nouveautés. Je suis globalement heureuse de tenir la distance et même ma programmation. Vous découvrirez lors des différents récapitulatifs que malheureusement mes choix n’ont pas toujours été très heureux.

La sélection s’est opérée en consultant Goodreads, définissant la thématique et affinant avec les notes (attribuées au moment du choix). Une petite précision mérite d’apparaître : il fallait une note supérieure à 4 et au moins 250 avis pour que je prenne en compte « le candidat ».

Avec les challenges en cours cet été, forcément, la part belle est faite à la SF et plus particulièrement au space-opéra. Je me suis engagée dans 3 défis lecture : Summer Star Wars, S4F3 et le pavé de l’été.

Wanderers de Chuck Wending s’inscrit dans le challenge « le pavé de l’été » avec ses 800 pages.

Pour tout vous dire, je me suis demandée si je devais chroniquer – ou pas – ce roman étant donné que je l’ai finalement abandonné en cours de route. Je n’en ai lu que 60% et la sensation persistante de lire 450 pages de mise en place de l’histoire a fini par me lasser. La question qui tournait en boucle alors que la lecture progressait d’une page à l’autre était : « quand est-ce que cela démarre? »

Si vous êtes un lecteur de ce blog depuis quelques temps, vous savez que je ne suis pas frileuse devant un texte qui prend le temps de s’installer, les rythmes posés ne m’effaraient pas davantage. Pourtant, ici, les préliminaires ont tourné à l’ennui et ont refroidie toute envie de poursuivre l’aventure…

De quoi cela cause ?

En effet, ma patience a atteint ses limites, or, le livre n’est pas mauvais. L’idée de départ, le cadre, les personnages sont intéressants et captivent la curiosité.

Il faut y ajouter la couverture qui intrigue également dans le registre SF :

J’avoue que derrière la promesse d’une dystopie au parfum âcre post-apocalyptique, l’ensemble chantaient en chœur le refrain suivant :

Cliquez pour saisir mon clin d’œil *….

Revenons à nos moutons avec le résumé éditeur

A decadent rock star. A deeply religious radio host. A disgraced scientist. And a teenage girl who may be the world’s last hope. In the tradition of The Stand and Station Eleven comes a gripping saga that weaves an epic tapestry of humanity into an astonishing tale of survival.

N’ayant lu ni The Stand, ni Station Eleven, je ne pourrais faire de comparaison. Or quand la promesse d’un roman survivaliste épique avec une note de 4,5 sur Goodreads pour 2500 avis se présente, je me dis qu’il ne faut sans doute pas le louper celui-là.

La sœur de Shana présente tous les signes de somnambulisme. Elle la trouve un beau matin un peu dans le brouillard, elle ne communique plus et ne s’alimente pas davantage. Impossible pour Shanna de la réveiller, pire, celle-ci commence à marcher de manière « déterminée » dans une direction que seule elle semble connaître.

Le pourquoi, le comment sont des mystères.

Puis, il apparaît que ce phénomène n’est pas unique alors que plusieurs personnes ont adopté ce comportement étrange. Bien vite, le nombre croît et ce sont des centaines puis des milliers d’américains qui se dirigent dans une direction commune comme des moutons.

Les autorités se saisissent du dossier tandis que scientifiques et médecins étudient les symptômes et cherchent des solutions. Forcément, ces marcheurs sont des proies faciles pour des groupes marginaux et surtout belliqueux. Alors que la violence se transforme en chaos, la société part en lambeaux.

Une drôle de SF

Le roman survivaliste ne se cantonne pas à l’impact d’un astéroïde vengeur (coucou Apo!! 😉 ), un hiver pot-nucléaire, des vagues zombies affamées prêtes à dévorer vos potes et blogopotes, ni au prisé et acclamé roman de vengeance écologique. Il existe d’autres pistes qui offrent un vent de fraîcheur aux lecteurs quelques peu voraces et lassés des sempiternelles histoires de naufrage civilisationnel ou autres déclinaisons d’hivers post-apocalyptiques.

Wanderers fait partie de ces candidats qui exploitent des pistes moins éculées et en cela, le pitch du roman et son début rappellent Les Enfermés de John Scalzi, roman dans lequel le monde se trouve frappé par une mystérieuse épidémie qui coupe l’individu de l’extérieur, l’enfermant lucide dans son propre corps.

Cependant, le registre SF duquel  Wanderers se proclame me laisse un chouïa perplexe.

Les deux romans, s’appuient sur une maladie débilitante et effrayante, pour projeter la société à un moment charnière de son histoire. Or là, ou Les enfermés exploite parfaitement la fibre SF en dépassant le stade du chaos grâce à la technologie, pour ouvrir la réflexion sur une humanité future, Wanderers se « contente » de dépeindre le chaos, un pays dans lequel le faible et la « femelle » deviennent des proies de choix, où les passages à tabac ne rivalisent qu’avec les viols plus ou moins collectifs ou les humiliations gratuites.

Effectivement, cette vague bestiale (et encore les animaux présentent des comportements nettement plus sain, du coup est-ce que ce terme convient ?), brutal et finalement si humaine est typique des romans dystopiques, tout autant que le ralliement en bandes méchantes, voire vraiment très, très méchantes.

Il est possible de lire des dystopies uniquement pour se faire peur, ou s’espérer au-dessus de ce comportement (ou se croire immunisé à tout effet de bande ou raisonnable dans la peur). Une poignée de lectures plus tard, il est rare de se contenter de cette adrénaline et de cet auto-« thérapie ». Nous cherchons bien plus dans les romans de SF, même ceux mâtinés de survivalisme. Les Enfermés ou encore la trilogie de la Terre Fracturée dépassent largement cette étape et offrent une lecture satisfaisante à la fois sur le plan émotionnel qu’intellectuel.

Au bout de 450 pages et même davantage, Wanderers proposent le portrait de familles confrontées à cette maladie, avec son lot d’exactions. Le sentiment qui en ressort est l’utilisation d’une étiquette SF, d’un cadre dans le vent, pour une dissertation sur les biais de l’âme humaine. Certes, l’utilisation des sciences fait partie du lot et le tout apparaît cohérent. La gageure est de dépasser l’outil pour s’ouvrir sur l’émerveillement ou  s »y appuyer pour projeter une société dans le futur tel un Robert Wilson, par exemple.

Nous n’avons pas dépassé le stade de la préface, du préparatif. ET j’avoue qu’après 450  (et plus) pages de viols, d’humiliations, de violences, d’interrogations et de recherches infructueuse, je me suis lassée….

Une frustration car :

Les personnages principaux sont bien charpentés, et leur écriture est soignée (particulièrement Shanna et Benjy). Les différents intervenants sont tout aussi crédibles. Avec un tel phénomène associé à son ampleur, quoi de plus logique que de voir le CDC sur le coup ? L’émergence de phénomènes religieux ? L’apparition de sectes ? L’installation d’un marché de la peur ?

Chuck Wendig exploite parfaitement le fonctionnement « tribal » des sociétés, les comportements de replis,… mais est-ce vraiment de la SF ou une description allégorique de phénomènes actuels (le positionnement sur le climat déchaine les passions, par exemple) ?

Je n’ai pas la réponse à cette question, car je ne suis pas parvenue à la fin de cette description de la fin du monde.

La longue préface, étude du comportement humain, est certes pleine de sel et de larmes, mais elle est bien trop looonnngue. Les qualités sont nombreuses notamment avec une belle plume, des personnages peaufinés, de nombreux clins d’œil à la pop-culture (Matrix, Fallout, Walking dead, GoT,…).

En outre, le roman est bien trop passif (tout est subi, tout est en réaction, en constat, en analyse de faits, sans être suivi d’actions), même pour moi…

*Mon clin d’œil : il s’agit également de la chanson phare de Fallout 4.

Ce livre est pour vous si :
  • vous aimez une étude de l’âme humaine
  • vous aimez les romans survivalistes quelque soit leur veine
  • Si vous aimez les personnages travaillés
je vous le déconseille si :
  • Vous ne supportez pas les rythmes très posés
  • Vous souhaitez de la SF philosophique avec du sense of wonder
  • les romans dystopiques vous soûlent….
Autres critiques :

 

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En Numérique (11,260€)

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Bon Anniversaire au fiston !

18 réflexions sur “Wanderers – Chuck Wendig

  1. Donc, si je gratte un peu avec ma chère amie la Truelle de l’Analyse, somnambules incompréhensibles = endormissement des foules = montée des populismes… On a connu plus subtil.
    Mais quel dommage, parce que je suis vraiment conditionné à cliquer sur tout ce qui contient « deep » ou « wander » ! En plus, la couverture m’a rappelé cet artwork :
    http://massaget.kz/layfstayl/debiet/poeziya/19237/?img=http%3A%2F%2Fmassaget.kz%2Fuserdata%2Fusers%2Fuser_10621%2F1402482114.jpg&fbclid=IwAR3ZgbaL1wjCqpVQkTgTXijPmKHVEpY-16-fDJKUteQzhXZQZtRTug-5u40

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  2. Je sais que Station Eleven a la réputation d’être vraiment aussi très très lent et contemplatif, c’est d’ailleurs pour ça que je n’ai jamais voulu le lire 😛
    Après les deux ont eu pas mal de succès, donc c’est qu’il doit y avoir un public.

    Dés le départ je savais que ce livre n’était pas vraiment pour moi, et ton avis me le confirme.

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    • lent et contemplatif, je crois que l’on peut le définir ainsi.
      Je pense aussi que c’est pour un public plus « mainstream » qui veut toucher à de la SF. Personnellement, cela m’ a vraiment fait penser à de la littérature blanche.
      Pas pour toi, pas pour moi. C’est certain!

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  3. Coucou 😉

    Lorsque j’ai vu que c’était recommandé aux fans de Station Eleven, j’ai su que ce n’était pas pour moi. Quand je lis de la SF, eh bien c’est pour lire… de la SF, pas de la blanche déguisée. Bref…

    Sinon, concernant les notes sur Goodreads, les attentes du lectorat anglo-saxon et celles du lectorat français (d’un certain lectorat français, du moins) étant parfois très différentes, les notes sont de moins en moins fiables. Surtout quand tu vois que certains notent des romans… avant même de les avoir lus. Parce qu’ils ont aimé / détesté d’autres trucs de l’auteur. Parce qu’ils adorent / abhorrent les thèmes sociaux / idéologiques qu’il / elle développe. Et ainsi de suite. Bref, il vaut mieux lire les critiques individuelles sur Goodreads (les plus argumentées, du moins) que se fier à la note, ça te donnera une meilleure idée de la raison pour laquelle telle roman a été encensé / descendu par les américains ou les anglais, et ça te permettra de voir si leur ressenti ou leur argumentaire est en accord avec tes attentes ou pas.

    Mais bon, de mon côté, je me fie plus à mon instinct qu’autre chose. Même si moi aussi, il m’arrive de me planter : récemment, j’ai abandonné pas mal de trucs en cours de route, par exemple Velocity Weapon ou Cry Pilot (qui était pourtant encensé par pas mal de poids disons moyens de la SF militaire). Pour ma part, je ne critique pas un livre qui n’est pas fini, même si je me demande si je ne vais pas faire un article « en vrac » pour indiquer aux gens que oui, j’en ai lu une partie, mais que non, je ne l’ai pas fini et que, donc, si leurs goûts sont proches des miens, qu’ils ne l’achètent pas.

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    • Je n’avais pas lu Station Eleven, la comparaison m’a parue importante et pertinente à la vue de certains commentaires.
      Depuis samedi, je tourne autour de cette chronique avec la question de la chroniquer ou pas alors que j’ai abandonné. Deux points finirent par emporter ma décision. Le premier est corrélé au tien, les lecteurs proches de mes goûts doivent se méfier. Le second, j’ai quand même lu 456 pages…. LOL
      ET je le précise dès le début, 🙂

      Je pense qu’il est important que tu donnes toi aussi un point de vue sur les lectures que tu abandonnes. Histoire que nous nous plantons pas également. Surtout que tu argumentes le pourquoi systématiquement dans tes critiques, alors ce ne pourra pas être mal perçu.
      J’en conclus qu’il faut relayer un minimum, surtout si nous l’entamons « correctement ».

      Pour Goodreads, je fais de plus en plus attention, tout en me fiant à différents éléments (l’auteur, l’éditeur, le pitch, les notes,…). J’avais lu des avis enthousiastes…

      Merci pour tes conseils. 🙂

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      • Je suis parfaitement d’accord avec ton analyse sur le fait de faire ou pas une chronique d’un livre qui vous est tombé des mains. Vous voyez très juste quand vous dîtes que ça nous aide nous (les lecteurs) pour savoir si on va accrocher ou pas au livre. Au bout d’un moment on finit par connaître vos goûts et savoir si on va accrocher. Pour prendre un exemple, grâce à Lutin82, je me suis lancé avec joie dans la série Lazare en guerre, et je lirai clairement la suite La guerre éternelle. Idem, c’est sans peur que je me suis plongé dans Le vieil homme et la guerre que j’ai adoré. Je l’ai suivi aussi avec Dragon déchu ; j’ai aimé même si ça n’a pas été le whaou que j’attendais. Et là je viens de rajouter en wishlist Les enfermés de John Scalzi !

        Wanderers a un pitch qui, typiquement, me plaît. Même dans la description que tu en fais, ça me donne envie de le lire. Mais effectivement, tu fais bien de faire cette chronique car les défauts que tu pointes vont avoir tendance à me rebuter aussi. Donc un grand OUI aux chroniques sur les livres tombés des mains ! Et merci pour celle-ci 🙂

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        • Merci beaucoup de ton enthousiasme. Cela me rassure sur cette démarche et me conforte dans mes choix de chroniquer avec argumentation des bouquins que je ne suis pas parvenue à achever.

          par ailleurs, je suis si heureuse de t’avoir contaminé avec Scalzi!!! Merci de ton retour très gratifiant.

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  4. Du même auteur j’avais bien aimé le 1er tome de Miriam Black, mais malheureusement la série n’a pas été poursuivie en France. Si j’ai envie d’y revenir je note donc de plutôt rester sur cette série !

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