Semiosis – Sue Burke

Un lecture exponentielle

Albin Michel Imaginaire

Ma chronique ressemblera dans l’esprit à certaines lues, ici et là dans la blogosphère. Toutefois, elle risque de heurter quelques tempéraments prompts à tirer des conclusions hâtives et à passer par les armes les personnes qui ne partagent pas Leur vision des choses et des idées.

Le résumé éditeur est limpide et permet au lecteur d’anticiper l’atterrissage sur Pax. L’aventure promet une entame survivaliste (sans zombie, ouf!) qui défiera les principes et idéaux à l’origine même de ce voyage.

« Ils sont cinquante des femmes, des hommes de tous horizons. Ils ont définitivement quitté la Terre pour, au terme d’un voyage interstellaire de cent soixante ans, s’établir sur une planète lointaine qu’ils ont baptisée Pax. Ils ont laissé derrière eux les guerres, la pollution, l’argent, pour se rapprocher de « la nature ». Tout recommencer. Construire une Utopie. Mais très vite, des drames menacent leur idéal. Du matériel irremplaçable est détruit. Des morts surviennent et s’accumulent. La nature est par essence dangereuse ; celle de Pax, mystérieuse, ne fait pas exception à la règle. Pour survivre, les colons vont devoir affronter ce qu’ils ne comprennent pas et comprendre ce qu’ils affrontent. »

Une entame en demi teinte

La première partie du roman est un peu faible, tant dans le rythme, que dans l’attrait pour le lecteur, ou encore la crédibilité. Une fois le récit achevé, je me demande si ces éléments n’ont pas été écrits par la suite pour étayer le récit et doter cette jeune colonie d’un background.

Les deux premiers chapitres (et le suivant dans une moindre mesure) souffrent de quelques maladresses, de personnages stéréotypés, voire caricaturaux (je ne me remets pas de la première modératrice…)

Ce sentiment prend naissance dans les circonstances liées à l’arrivée de ces 50 colons sur Pax. D’avaries en catastrophes, ces malchanceux affrontent les coups du sort avec résilience et flegme : explosion de navette, explosion de matériels cruciaux, accidents mortels,… Cela fait beaucoup. Et pourquoi diable ne prendre qu’un seul exemplaire d’une machine vitale (en raison de son coût, nous dit-elle….) pour une mission de cette envergure?

La précipitation pour s’installer sur la planète m’interpelle, pourquoi ne pas rester en orbite quelques jours de plus afin de détecter la meilleure zone pour s’installer, validée par des missions d’exploration, de reconnaissance, puis installer une tête de pont. Faire des prélèvements sur un large panel semble être une bonne idée, mais, ici, l’étude de la flore laisse perplexe, et certains s’aventurent à goûter pour finir 6 pieds sous terre.

Ainsi, en début de chapitre, après quelques jours, notre équipe ne compte plus que 34 membres. Heureusement qu’un programme de peuplement est dans le tuyau. Si ces derniers ne sont pas victime d’une avarie…(vive la consanguinité!).

Ces colons ont quitté la Terre (mourante) pour créer une société plus juste, basée sur une véritable démocratie, la liberté de parole pour tous, le principe d’égalité intégral et vivre en totale harmonie avec la nature. La société parfaite, responsable et consciente. Des idéaux qui font très rapidement long feu puisque cette génération originelle se rabat sans scrupule sur une dictature sévère dès l’embryon d’une velléité d’indépendance de l’un ou de l’autre; meurtres, viols, intimidations sont les moyens d’action privilégiés au dialogue.

Ce n’est pas plusieurs générations après l’installation sur Pax que ce chapitre se déroule : il s’agit bien de ces mêmes colons initiaux qui asservissent sans ciller leur propre progéniture. Allant jusqu’au droit de vie et de mort. Pourquoi ? Au nom de Pax, au nom d’une société idéalisée violée à son stade de fœtus. Quel bel acte de naissance! Bien que la cohérence de la chose laisse peut-être à désirer, ce chapitre a le grand mérite de poser une problématique philosophique assez intéressante et démontre déjà que Sue Burke sera à suivre!

Le troisième chapitre aurait du être plus impactant, avec cette société au bord de l’extinction, frappée par de nombreuses stérilités. Sue Burke se concentre sur l’étalon de service et ses jouxtes avec les femmes, les lions,… Et… d’un coup le Bambou entre en jeu!

Paf! Le lecteur est ferré!

Avec habileté, Sur Burke renverse la situation établie, ramène gentiment son public vers ses rives pour ne plus le lâcher!

Beaucoup de lecteurs pourront être surpris de ce contact initial avec le roman alors que les critiques sont nettement positives. En effet, une fois ces deux – voire trois – premiers chapitres abattus, le roman prend de l’ampleur, les défauts se gomment, et le plaisir est au rendez-vous. Sue Burke déploie même de la flamboyance.

En effet, nos colons ont découvert une cité et des traces de vie extraterrestres, qu’ils nomment Verriers. Le roman s’oriente dès lors suivant deux axes passionnants. Le premier concerne la recherche avec ces aliens, premiers visiteurs de Pax. Nos protagonistes ont beaucoup de questions, et je peux vous assurer que la première rencontre va en soulever de nouvelles… Quelques scènes vont même les choquer, tout comme le lecteur qui assiste impuissant aux péripéties. Difficile de s’entendre avec tant de différence.

La seconde est inusitée. Lors de leur visite de la Cité des Verriers les colons de la deuxième génération, découvrent une curieuse plante, un bambou coloré. La nourriture s’est avéré un problème et une préoccupation centrale depuis leur installation. Les humains et Pax ne sont pas si compatibles. Et là, miracle. Le bambou produit des fruits bons, généreux, riches en vitamines,… il est même addictif. Notre bambou s’avère bien plus sensationnel que cela. Il semble adapter sa production aux besoins des humains.

Et puis, un beau matin, il abore une nouvelle gerbe feuillue très colorée. Chercherait-il à communiquer?

Vous vous doutez que la réponse est positive. Vous vous doutez également de la thématique principale de ce premier roman de Sue Burke. Peut-être avez vous tapé le mot « Semoisis » pour en connaître la signification?  Désormais ce terme qui a trait au langage et à la communication n’a plus de secret.

La communication intra-espéce est semée de nombreuses embûches,  des freins inhérents à toute rencontre « autre », des freins que doivent surmonter nos colons aussi bien avec les Verriers qu’avec Stevland…

Passionnant!

La structure du roman, narration d’un épopée sur plusieurs générations

Le roman emprunte la voie polyphonique, ou les narrateurs se succèdent d’un chapitre à l’autre. Nous avons Octovio en ouverture, suivi de Syvia, et bien d’autres jusqu’à la conclusion de notre histoire. Ce procédé s’étendant dans le temps, avec un intervenant apparaissant pour un moment finalement assez bref, pourrait impliquer une sensation de d’à coups, de brèves tranches de vie se succédant à un rythme plus ou moins rapide, et finalement très en phase avec la culture du zapping.

Surtout que chacun d’entre eux possède sa propre saveur ou coloration. Le premier est clairement dans la veine catastrophe et survie, seul face à la nature, le second joue les pseudo-Indiana Jones avec l’exploration de la forêt et d’une cité perdue. J’ai adoré le nom de la protagoniste alors : Sylvia, parfaitement (trop ?) adapté à une aventure sylvestre. Nous avons l’étalon la détective, le musicien,…

Certes, ce diaporama générationnel présente cette farandole d’événements et de personnages, toutefois, Sue Burke a pris soin de lié ces fragments d’histoire les uns aux autres, avec l’intervention des protagonistes dans les récits des autres. Ainsi par exemple Octavio, principal intervenant dans le chapitre d’ouverture, est également de la partie, une génération plus tard dans la vie de Sylvia.

Le bénéfice de ce procédé ne se réduit pas un adoucissement sensible de ces flashs de vie. En effet, nous avons aussi bien un vue des conséquences des choix précédents sur les « anciens » que la source d’influence sur les plus jeunes, la génération du lendemain. Au final, c’est habile pour conserver la perpétration de la mémoire, et le leg.

Un roman pour la réflexion

Lecteurs de SFFF, une plante qui communique n’est pas un paradigme qui va vous décoiffer. Sémiosis captive, passionne, cimente le lecteur par l’intermédiaire de ce bambou, Stevland et sa personnalité – hum – entière. La communication inter-espèce n’est pas un canevas nouveau en SF, mais bien souvent elle est cantonnée aux aliens, aux être de chair et de sang quel qu’en soit la nature.

Sue Burke nous propose une thématique traitée de manière originale, une façon  diffractée d’exposer sa vision avec une approche faune, et une approche flore, bouclant ainsi les idéaux initiaux des colons de vivre en parfaite harmonie avec leur nouvel écrin. Semiosis pourra faire penser  au roman de Harry Harrison, Le Monde de la mort qui explorait cette thématique avec déjà une double optique. Toutefois, Semiosis franchit une étape supplémentaire, dans la veine de Dans la Toile du Temps, en proposant l’évolution de cette communication interespèce de l’intérieur. Il faudra passer l’étape des deux premiers chapitres.

Ce livre est pour vous si :
  • vous imaginez vivre comme une plante
  • vous voulez découvrir un auteur prometteur
  • Vous souhaitez un livre plein de réflexion.
je vous le déconseille si :
  • La salade, c’est dans l’assiette!
  • Vous voulez un roman maîtrisé de bout en bout
  • Y a pas de magie ? Je file…
Autres critiques :

BoudiccaOrion, à la belle épaule – Mon Culte d’Apophis Quoi de neuf sur ma pile –  Just a word Un papillonChut…Maman litles lectures du MakiMon Troll à moiles chroniques du chroniqueur

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Merci à Albin Michel Imaginaire pour ce roman que j’ai beaucoup aimé.

23 réflexions sur “Semiosis – Sue Burke

  1. « Beaucoup de lecteurs pourront être surpris de ce contact initial avec le roman alors que les critiques sont nettement positives » : oui et non. Les lecteurs de la VO (ton serviteur, Gromovar, etc) ou des lecteurs de SF chevronnés comme FeydRautha ont été plus nuancés (« bien, mais aurait pu mieux faire »). Donc tu n’es pas la seule à émettre des réserves 😉

    Concernant les problèmes que tu soulèves en début de critique, j’ai achevé la suite, Interference, avant-hier, et à côté, Semiosis est un chef-d’oeuvre du calibre d’Hyperion et une ultra-Hard SF digne de Greg Egan, si tu vois ce que je veux dire.

    Fort intéressante chronique, en tout cas, merci !

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    • Oui, je me souviens de ton avis et c’est pour cela que je voulais le lire. Je savais qu’il n’était pas parfait, mais l’aspect bio sf, la communication interespèce me tentait beaucoup. Sur ce point je ne suis pas déçue!!

      Pour la suite, comment l’exprimer … je vais me contenter de ce chef d’oeuvre… 😉

      Merci en tout cas.

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  2. Ton avis me prouve que je fais bien de laisser sa chance à un roman même quand le début ne m’enchante guère, il y a des auteurs qui arrivent avec brio à renverser la tendance. Pas certaine que le roman soit pour moi, mais il n’en demeure pas moins intrigant.

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  3. Très intriguée par le propos de ce roman malgré ses défauts. Je pense lui laisser sa chance et essayer de le lire dans les prochains mois. Par contre, ce qu’Apophis dit de la suite me fait craindre le pire. Ce volume là suffit-il pour avoir une histoire complète à ton avis ou faudra-t-il pousser et lire le suivant ?

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  4. J’avoue que ce qui pousse dans la serre des éditions Albin Michel Imaginaire me semble suffisamment feuillu et exotique pour que l’envie de m’y promener soit de plus en plus forte 😉 Merci d’avoir défriché le terrain pour nous petit Lutin !

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  5. Au début du roman on pense au manque de prévision de la mission mais le reste du récit nous emporte quand meme ,lisant,en ce moment, dans la toile du temps de Tchaikovsky, je retrouve le plaisir d’imagination de la description du développement vers la connaissance d’autres etres.

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