Je suis une légende – Richard Matheson

 

« Si vous me demandiez pourquoi je l’aimais, je dirais parce que c’était lui, parce que c’était moi, parce que c’était nous » – Eric Lamaze au sujet d’Hisckstead

 

« Chaque jour, il doit organiser son existence solitaire dans une cité à l’abandon, vidée de ses habitants par une étrange épidémie. Un virus incurable qui contraint les hommes à se nourrir de sang et les oblige à fuir les rayons du soleil… Chaque nuit, les vampires le traquent jusqu’aux portes de sa demeure, frêle refuge contre une horde aux visages familiers de ses anciens voisins ou de sa propre femme. Chaque nuit est un cauchemar pour le dernier homme, l’ultime survivant d’une espèce désormais légendaire. »

Voici ma quatrième lecture de ce court roman de Matheson. Cette régularité atteste de mon appréciation d’un titre qui fut longtemps unique dans la littérature « zombie ». Certes, j’en connais désormais les mécanismes par cœur ainsi que les différents rebondissements. Pourtant, il reste un texte attachant, touchant qui fait que j’aime y revenir de temps à autre.

Je suis une Légende est loin d’être une simple histoire de vampires ou de zombies. Déjà, les vampires ne brillent pas au soleil et les zombies n’adoptent pas un régime vegan. Les êtres qui peuplent le cauchemar éveillé de Robert Neville sont vraiment « méchants ». Sa vie tient sur le fil d’un sabre particulièrement bien aiguisé, et la moindre erreur ou lacune dans sa routine le mettrait en péril.

Le thème du vampirisme est présent, mais exploité de manière bien différente des herzats de Bit-Lit actuels, souvent purement commerciaux. Matheson donne un fondement scientifique (bactériologique) à ce fléau et n’explique pas l’existence des vampires «fantastiquement». L’enchaînement des événements, des premières contaminations à cette fin du monde  y est décrit sur des fondements cohérents et vraisemblables. Le monde a basculé dans l’apocalypse en raison de ces mêmes vampires, et le lecteur n’a à aucun moment une impression d’artifice dans cette narration si particulière.

Neville, poursuivi par sa culpabilité, lutte contre les monstres tout en s’évertuant à chercher un vaccin.  Il demeure minutieux, concentré et surtout parvient à rester rigoureux dans ses expériences. Ce qui lui permet de découvrir une réalité implacable qui bouleverse la vision du lecteur et exige alors une relecture du roman pour en savourer toute cette saveur nouvelle. Et qui sait, Matheson pourrait bien vous déstabiliser largement. C’est d’ailleurs le but de l’écrivain et il le fait avec un brio remarquable.

Je suis une Légende se démarque également de son illustre aîné «Dracula» de Bram Stoker quant à sa finalité et sa tonalité. Matheson nous invite à une réflexion sur la différence, sur la définition et les contours de la norme ou de la normalité, et nous brosse également le magnifique portrait d’un homme confronté à la solitude la plus absolue. Une solitude d’autant plus amèrement ressentie par  la perte du seul être, du seul compagnon d’une fidélité absolue rencontré dans cet enfer actuel. Dès lors, à quoi bon lutter ? Pourquoi ne pas abandonner ? S’abandonner tout simplement ?

Dès le début, l’oppression est présente avec ces vampires qui le cernent de toutes parts. L’appréhension qui assaille le lecteur alors que neville sombre dans le désespoir participe à ce sentiment angoissant.  Le texte ne joue absolument pas sur le frisson d’horreur avec des hordes de monstres, mais sur l’aspect psychologique, poussant le personnage toujours plus loin. Impossible de ne pas s’inquiéter de la résilience de celui-ci. Le roman dépeint des sentiments de frustration et d’ angoisse, et nous offre aussi quelques moments moment d’espoir avec la présence d’un chien. Ce rayon de soleil se base sur cette relation précieuse, d’une pureté unique. J’avoue que « le chien est mort » a tiré quelques larmes du lutin que je suis, ayant lu le roman pour revivre cette interaction poignante.

Richard Matheson c’est aussi une belle maîtrise qui donne beaucoup de profondeur à son roman sans le moindre artifice ou sophistication. Une plume assez sèche et simple qui reflète parfaitement l’ambiance unique de ce texte. Un exercice difficile en soi quand on pense à son efficacité et le lot d’émotion qu’il éveille.

Un classique très prenant qui fut l’objet de plusieurs adaptations cinématographiques plus ou moins fidèles. Un roman à lire indubitablement que vous aimiez les chiens ou pas.

Autres critiques :

 

Ce livre est pour vous si :
  • vous aimez les VRAIES histoires de vampire
  • vous souhaitez un roman avec une approche cohérente
  • vous adorez les chiens
je vous le déconseille si
  • vous êtes un être sociable même dans les romans!
  • vous recherchez une farandole de tripailles
  • vous souhaitez un roman qui pète dans tous les sens, et tout le temps

 

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28 réflexions sur “Je suis une légende – Richard Matheson

  1. Très bon souvenir de lecture. C’est vrai que les interrogations au sujet de ce qu’est la « normalité » quand finalement on est le dernier de son espèce … c’était un point de vue assez inédit et au moment de la lecture, cela m’avait remué.
    Le film avec Will Smith n’est pas des plus réussis à mon sens – l’acteur est super mais le scénario passe à côté de points intéressants même si la solitude est bien retranscrite. En revanche, la relation avec le chien est très bien dépeinte.

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    • C’est un roman assez sidérant quand on le lit pour la première fois. Et une invitation à la remise en question assez inusité et séduisante.
      J’ai bien aimé le film même si les deux divergent sur le fond.

      Belle relation avec le chien, dans les deux cas.

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    • Il a l’avantage d’être court, et de ce lire quasiment d’une traite. Il ne faut pas hésiter, surtout que notre « lecture » évolue avec le temps, et l’appréciation prend davantage de sens.

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  2. J’adore ce livre, j’en garde un super souvenir. C’est un des rares livres dont je n’ai vu aucune adaptation, parce que l’idée de trahir qu’un tout petit peu son intrigue me serait insupportable (alors qu’en général je suis plutôt compréhensive ^^)

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