Danses Aériennes Partie 1 – Nancy Kress

Le Bélial

Je vous propose un chronique individualisée des nouvelles du recueil de Nancy Kress, Danses Aériennes. Je conclurai lors du dernier billet consacré à ce dernier. Prévoyez de savourer Nancy Kress tout au long de trois articles. En effet, une chronique intégrale serait bien trop longue, aussi, scinder semble l’option la plus judicieuse.

Au sommaire, 11 nouvelles pour 495 pages.

Le Sauveur

Un objet traverse l’espace pour atterrir sur… Terre. Nous sommes en 2007. Cette arrivée fait sensation même si la trajectoire de l’ovni avait été détecté depuis quelques mois. La trépidation et l’excitation ne cèdent que devant l’appréhension et l’inquiétude. Un comité sélectionné sur le volet est en charge de l’accueil des aliens, bien protégé par les forces armées. Comme souvent, les ET ont choisit comme terre d’asile les USA.

L’objet se pose enfin, presque à l’heure prévu, et presque sur le lieu dégagé. Il fait une ultime correction de trajectoire pour se présenter non pas devant les officiels, mais devant un parterre de scientifiques, et plus exactement « aux pieds » de Cowell qui attendait cet événement depuis fort longtemps et qui a ainsi une réponse au paradoxe de Fermi qui lui chatouille la matière grise.

Ne reste plus qu’à découvrir qui se cache dans ce surfeur d’argent, bien protégé par un champ d’énergie…

2009, l’ovni n’a toujours pas manifesté le moindre intérêt pour ses hôtes. La lassitude commence à se faire ressentir, doublé d’une once de rancoeur.

Les événements s’emballent sur Terre, la machine biologique s’enraye, et les tensions dérapent en violence. La société humaine est secouée dans ses certitudes et se retrouve au bord du gouffre, avant de rebondir avec des intentions plus pacifiques et plus harmonieuses. Après avoir frôler l’extinction de prés, (les fameux perturbateur endocriniens), les hommes cherchent à préserver leur trésor primordial, sans que cela ne les empêche d’évoluer technologiquement.

La multiplication des textes à veine écologique tend à faire concurrence à la multiplication des pains. Il y en a tant qu’il devient délicat de maintenir une qualité très élevée à la fois dans les récits et dans la cohérence scientifique. Le « climat » ravit le devant de la scène, nous proposant des avenirs cataclysmiques, la faute incombant à une humanité toute puissante, cause du naufrage de notre planète. L’originalité a fui, les propos se recoupent, et la surenchère est à l’ordre du jour, parfois au prix d’une immense vanité devant mère Nature.

Bien peu de ces textes parviennent à me toucher, tellement l’avenir environnemental manque de subtilité, et vous en êtes bien conscient sur ce blog.

Le Sauveur de Nancy Kress est parvenu à m’émouvoir durablement. J’avais lu des textes de Nancy Kress auparavant, sans en devenir particulière admirative ou attachée. Cette nouvelle me permet de découvrir une plume tout en sensibilité, dotée de  mesure et d’une économie de moyen très élégante.

L’angle d’attaque est efficace pour la cause environnementale. Point de réchauffement climatique liè aux affreux hommes ici, mais un élément plus pernicieux,  qui provoque une inquiétude tenace lors de la lecture, en raison justement de sa cohérence et sa vraisemblance. Toutes ces microscopiques particules, composées de plastique souvent, se glissent généreusement au creux de nos cellules d’humain, ou celles des êtres de la faune ou de la flore. Ils viennent perturber un équilibre métabolique d’une précision diabolique. Un petit grain, et voilà que l’engrenage biologique s’enraye, pour basculer de mini catastrophes en grand revirements.

De plus, le texte combine avec bonheur plusieurs thématiques qui s’alimentent l’une l’autre. Le paradoxe de Fermi captivant le lecteur, avec une résolution qui ne cesse de se dérober aux hommes tout au long du récit, tenant en haleine, et conservant son mystère jusqu’à la chute parfaitement amenée.  Cette humanité se trouve sur le fil du rasoir et prend conscience d’une nécessaire adaptation aux enjeux de la Terre, tout en virant vers une technologie efficace et aboutie. Et enfin l’Intelligence Artificielle qui pose la question d’une entité apte à raisonner le peuple de la Terre. Mais ont-ils besoin d’un tuteur?…

Magistral!

 

Touchdown

Le Touchdown est la méthode principale pour marquer des points au football américain, il est abrégé en TD. Il est validé et rapporte des points lorsque l’une des équipes parvient à franchir la ligne d’en-but avec le ballon ou à le récupérer dans la zone délimitée au-delà de cette ligne dite end-zone.

Nancy Kress s’empare de ce geste technique flamboyant, qui déchaîne tant de passion, et le projette dans un futur, et bien… cataclysmique dirons-nous. Comme à notre époque, le Touchdown est au centre des passions les plus rentables.

Dans la nouvelle qui nous occupe, les équipes qui s’affrontent sont professionnelles, et font l’enjeu de paris à des échelles très variées. Les résultats sont donc importants pour les joueurs de chaque formation. Il faut certes marquer des points – le maximum si possible – en outre, un touchdown vous garantie un rayonnement nettement plus important. De quoi changer votre existence.

Or, l’obtenir est particulièrement difficile.

En effet, vous devez rendre la tâche difficile pour vos adversaires, tout en ne sabotant pas vos propres chances alors que vous cherchez la zone idoine. Ensuite, il faut parvenir à vous orienter, définir dans quel secteur vous vous situez, le tout en dévoilant le moins d’indices exploitables par l’adversaire. Puis, vous avez à identifier correctement les champs de ruines que vous avez découverts. Attention, non seulement le temps qui vous est imparti est limité lors de chaque round, mais les conditions extérieures sont périlleuses. L’air est empoisonné, les vents corrosifs, sans compter toutes ces zones polluées à un tel niveau que votre vie est dans la balance après quelques minutes seulement!

En effet, pour marquer le fameux touchdown, vous devez ramener un artefact en bon état (un objet entier provenant d’un temps révolu) tout en ayant identifié correctement la ville. Et revenir entier, bien évidement.

Une nouvelle qui ne dépareille pas avec l’excellent volume Danses Aériennes publiée au éditions Le Bélial. Les papilles salivent, et ce petit récit donne quelques frissons…

Certains seront sensibles au tableau offert par notre Terre, dévastée, stérile, morte. D’autres auront à cœur le sort de notre protagoniste principale. Enfin, son mode de pensée, de concevoir l’autre pourraient surprendre plus d’un lecteur. Élevée, comme l’ensemble de ces joueurs, sur des stations orbitales, l’environnement n’est pas un enjeu sérieux, mais un question de vie ou de mort. Et si un habitant de la vénérable Sélène ne se conforme pas à leur point de vue en la matière, inutile de vous décrire l’anathème qui le frappe.

Leur idéologie les imprègne tant qu’elle efface toute idée d’empathie, de tolérance ou d’humanité envers les contrevenants. Ainsi, envisager ou assister froidement à un génocide, pour des raisons écologiques, ne bouscule pas plus leur jauge de sympathie que celle d’un cafard aspergé de jus de citron. Du moment que les victimes de celui-ci n’atteignent pas leur standard en matière d’environnement. Ils sont même prêts à mettre la main à la patte pour éradiquer tout individu qui n’épouse pas parfaitement leur crédo.

Glaçant, surtout au regard de l’actualité.

Evolution

Ma foi, voilà bien une nouvelle d’actualité.

Une maladie se répend comme une traînée de poudre. Aux Etats-Unis, justement, la moitié de la population est atteinte par cette épidémie, par ces germes nouveaux qu’une seule précieuse molécule peut combattre. Les émeutes diverses, les exactions poussent le gouvernement à mettre en place une police spéciale. Un rhume, même bénin, attire la suspicion, et parfois pire.

Dans ce contexte de défiance au suave parfum insurrectionnel, le meurtre du Docteur Bennett passe presque inaperçu. Toutefois, cet événement est relevé par la narratrice, mère de famille, et un tout petit peu plus.

Un texte très poignant, même en dehors de l’actualité. Je l’ai lu bien avant, mais aussi aujourd’hui pour goûter la différence liée à une regard plus concerné. Le ressenti évolue entre les deux lectures. Alors que je trouvais l’escalade paranoïaque utile pour l’ambiance délétère qui entoure les relations externes au cocon familial, voire exagérée dans au sein des cellules familiales, le Covid-19 provoque une changement de référentiel dans le cerveau du lecteur. Adieu, cette douce naïveté. Evolution frappe fort, frappe dur, frappe avec discernement.

Fin de Partie

Allen a l’esprit bouillonnant, pas le sang chaud bien au contraire. Son cerveau tourne constamment, examinant pensée après pensée, contemplant les idées même qui lui viennent en tête. Aucun répit dans ce tumulte cognitif. Enfant, il fait une crise que ses camarades n’oublieront pas. Peu importe les quolibets, il souhaite changer le monde.

L’esprit d’Allen n’est pas seulement bouillonnant, il est également brillant, à sa façon. Et, ce dernier trouve un composé qui permet une très grande concentration, une « drogue » qui élimine les pensées parasites.

Une nouvelle qui aborde essentiellement l’aspect de la recherche sous l’angle de l’apprenti sorcier, et des dangers de s’affranchir des étapes de validation. Elle n’est pas du même niveau que les précédentes, même si elle reste intéressante.

10 réflexions sur “Danses Aériennes Partie 1 – Nancy Kress

    • OUi, je vais faire en 3 parties, car j’en suis déjà à plus de 2000 mots,et cela fait trop long comme chronique, bien trop long.
      J’ai le choix entre proposé une coute présentation et avis sur chacune des nouvelles ou faire de manière plus approfondie. J’ai opté pour la deuxiéme car pas mal d’entre elles le méritent.

      Aimé par 1 personne

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