L’île – Peter Watts

Qui bâtit les portails spatiaux ? Avant de pouvoir bénéficier d’un réseau hyperspatial, il faut bien que des gens se coltinent le gros œuvre. C’est là la mission laborieuse de l’équipage de l’Eriophora, vaisseau qui arpente les espaces interstellaire depuis des éons. Jusqu’au jour où l’Eriophora arrive en vue d’une sphère de Dyson constituée de matière organique : vivante, et intelligente selon toute apparence…

L’homme est un explorateur et un colon infatigable depuis la nuit de son temps. Depuis son berceau au cœur de l’Afrique, il n’a cessé de s’étendre à travers le globe. Aucune terre émergée n’est vierge de son empreinte, et même le satellite naturel de la Terre, présente celles de la poignée d’astronautes qui y ont posé le pied. Le système solaire n’est pas un terrain de jeu suffisant, aussi, les étoiles attirent-elles irrésistiblement l’humanité; initialement à travers des oculaires rustiques, puis via la littérature, pour enfin se lancer véritablement dans le vide galactique.

Mais afin de conquérir cet immense espace, la nécessité de s’affranchir de telles distances – tout autant physiques que temporelles – s’impose. Aussi, la décision de construire des portails à travers notre galaxie fut-elle prise, et la mission échoua à un équipage de 30 000 personnes à bord de l’Eriophora. L’Eri (son petit nom) est un astéroïde de plusieurs kilomètres dont l’intérieur fut évidé afin de contenir une singularité le propulsant à une vitesse proche de celle de la lumière. Il contient également des forêts et un écosystème adaptés à ces conditions extra-ordinaires.

Le vaisseau spatial navigue dans l’espace profond depuis des million d’années, de chantier en chantier, l’équipage arrache des tranches de vie à l’immortalité afin de construire un vaste réseau de portes. Pendant, les périodes de sommeil, Chimp dirige l’engin spatial n’alertant qu’une poignée humains qu’en cas d’anomalie. Toute ressemblance avec Alien, le 8° passager n’est pas totalement fortuite. Bien sûr, une anomalie se présente…

Les voilà donc face à l’inconnu le plus total : la rencontre extra-terrestre tant fantasmée, attendue, espérée…

La richesse de cette nouvelle est remarquable, tant au point de vue narratif, impeccable dans sa construction que sur le plan sensation qui balaie presque tout le spectre émotionnel. Nous sommes initialement circonspects, à l’image de l’équipage qui s’interroge sur la nature de la chose rencontrée, pour passer à l’excitation totale de vivre enfin la rencontre du 3° type, puis pour basculer dans l’effroi devant les décisions prises ou soupesées. La conclusion vient clore une nouvelle parfaite et réussit le tour de force de surprendre à la fois par son côté inattendu, mais aussi par les horizons ouverts.

Outre, la densité thématique, c’est la créativité, l’ambiance et la construction du récit qui en font toute la saveur. La chute, tel un pied de nez, est inattendue et nous met un bon coup de pied au derrière – ou une calotte derrière la tête, au choix.

Si vous cherchez à vivre le sense of wonder cher à la SF, L’Île est un cas d’école, savoureux et brillant, c’est la nouvelle qu’il vous faut lire!

Vous le trouverez dans le magazine Bifrost 61 ainsi que dans le recueil Au-delà du gouffre. Cette nouvelle a été traduite par Pierre-Paul Durastanti, et il a du s’amuser avec du Peter Watts pour nous rendre le texte aussi fluide.

Watts est souvent associé a des récits sombres, voici une nouvelle qui vous montre une autre facette de l’auteur. Ses univers sont âpres, exigeants et sans miséricorde, ils forgent des êtres en mesure d’y faire face. Il y a de l’admiration et de l’amour chez notre auteur, pour ces créatures parfois petites mais surtout grandes dans l’adversité. Il y a surtout une infatigable curiosité chez lui, qui lui permet de nous offrir des récits de ce calibre. Ce texte vertigineux est lauréat du prix Hugo 2010.

Et puis, tant que vous y êtes, savourez l’intégralité de ses nouvelles, à consommer sans modération!

Ce livre est pour vous si :
  • vous aimez la SF qui vous embarque vraiment loin
  • vous voulez connaître le sense of wonder
  • Vous aimez Watts
je vous le déconseille si :
  • Je mords !
  • Sérieux, vous envisagez de dire non?
Un petit coup de pouce pour votre lutin adoré :

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Au-delà du Gouffre de Peter Watts

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11 réflexions sur “L’île – Peter Watts

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