Jardins de Poussière (1/?)- Ken Liu

Je le répète une fois encore, le format court n’est pas celui que je préfère, car j’aime m’immerger longuement dans des univers et des histoires en présence de personnages attachants. Les nouvelles, courtes par essence, ne permettent pas de profiter de cette compagnie quelques heures durant. De plus, la qualité n’est pas toujours au rendez-vous, les recueils présentent un niveau fluctuant, ou alors certains textes ne conviennent pas à la lectrice que je suis.

Rares sont les livres m’enthousiasmant d’un bout à l’autre (Au-delà du Gouffre de Peter Watts) ou les écrivains qui nous extasient avec leurs récits courts. Ken Liu fait partie de cette catégorie, et illustre parfaitement que, finalement, même le format court peut rivaliser avec les textes plus longs, au moins à mes yeux!

Je vous propose un premier article sur un poignée de nouvelles lues cette semaine.

  • Avant-propos de Ken Liu
  • Le Jardin de Poussière
  • Souvenir de ma Mère
  • Une Brève Histoire du Tunnel Transpacifique
  • Ce que l’on attend d’un organisateur de mariage
  • La Dernière semence
  • Dolly la poupée Jolie

Ken Liu est un auteur prolifique et qui parvient à maintenir un niveau remarquable, parvenant à associer créativité, réflexion, humour et séduction du lecteur. Les divers retours, chroniques ou critiques mettent en avant ces différentes qualités. Avant de m’attarder sur deux des nouvelles, je souhaite souligner la qualité d’écriture de l’auteur. En effet, au-delà de la richesse de ses récits ou de la pertinence de ses réflexion, cette capcité à communiquer et à faire adhérer le lecteur est plutôt unique. Dès que vous plongez dans un de ses textes, vous êtes pris dans ses filets et ne pouvez relâcher ledit récit avant de l’avoir achever, séduit, emballé, touché et bien souvent convaincu.

Cette plume s’avère d’une simplicité (apparente) déconcertante, alliée à une belle subtilité débouche sur un style tout en élégance, justesse et accessibilité. L’écriture de Ken Liu n’est pas -non plus- dénuée de poésie et d’une science du timing participant au charme de ses nouvelles.

Ken Liu est un Grand de la SFFF. Il faut aussi saluer le travail du traducteur Pierre-Paul Durastanti qui restitue à la perfection tout le travail de notre auteur.

Jardins de Poussière

Le Sarira fonce à travers les étoiles avec à son bord des colons spécialisés dans différents domaines nécessaires à l’établissement d’une tête de pont humaine sur une planète habitable. Cette mission possède les risques et les espoirs d’un pari étudié.

L’Intelligence du bord, la réveille à l’aube d’un été qui sera bref, avant de connaître un long hiver de douze années. La raison de sa sortie d’hibernation est des plus pragmatiques : l’appareil s’est posé avec brutalité sur ce nouveau monde glacé. Les panneaux d’alimentation électrique se couvrent de poussière… elle s’avère la moins indispensable du groupe, elle, l’artiste.

Ken Liu décrit ce texte de la façon suivante: « nouvelle très brève sur le sujet le plus grandiose de toute la SF : l’océan illimité du cosmos, où les étoiles ne sont que des points de lumière et où la vie peut paraître plus insignifiante qu’un grain de poussière.« 

Et, avec ce Jardin(s) de Poussière, il nous montre comment avec poésie et élégance remettre ce grain de poussière, cette insignifiance au coeur de l’équation, ou pourrais-je dire, il démontre l’art de renverser les « conventions » (ou les logiques). Dans ce texte court, c’est l’inattendu, le geste hors de la norme ou des prévisions qui va inverser la situation. Avec l’auteur, ne vous attendez pas du farfelu loufoque, il préfère la geste aérienne, la pureté et l’économie de la beauté pour bousculer les habitudes.

Il nous offre ainsi en quelques pages une nouvelle qui va suspendre le temps, dans un moment de grâce, piégeant le lecteur « entre les couches que forment ses structures, affirmant leur nature ondulatoire, ce qui crée une interférence visuelle, jusqu’à ce qu’un azur scintillant émerge.« 

Une Brève Histoire du Tunnel Transpacifique

Charlie était un tunnelier, un de ces forçats qui ont participer à l’exploit de créer un tunnel sous le Pacifique reliant ainsi l’Asie à l’Amérique. Un jour, Charlie prend son courage à deux mains et décide d’inviter enfin la belle américaine, Betty. Débute alors une histoire romantique touchante et qui permet au tunnelier d’exorciser l’enfer qu’il a vécu.

Cette uchronie démontre toute la subtilité et l’intelligence de l’auteur, alternant entre le présent décrivant l’évolution de cette relation et des retours sur le passé. Nous apprenons alors les circonstances de la décision de la construction du tunnel, les conditions de travail imposé par les japonais, et les exactions commises sous le couvert. Ces dernières ne sont pas sans rappeler la section 781…

L’histoire est émouvante, captivante et pousse à la réflexion sur le plan intime, mais également de manière plus générale. C’est fort de parvenir à proposer un texte si simple et si puissant.

Ken Liu nous invite à penser en dehors des cadres et des consensus. L’auteur souhaite s’approprier les grands thèmes de la SFFF et nous en proposer un point de vue unique et inusité. Ces premiers Jardins de Poussière s’avèrent une entrée en matière gracieuse et brillante.

Ce texte est pour vous si :
  • vous aimez les textes beaux
  • vous aimez les textes intelligents
  • vous aimez les textes poétiques
je vous déconseille
  • je suis armée…
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Jardins de Poussière

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23 réflexions sur “Jardins de Poussière (1/?)- Ken Liu

    • Toutes sont chouettes, voire très chouette, et je ne veux pas faire des critiques de la taille d’une nouvelle alors, je fais un petit « tri » pour présenté, ici, les plus connues, ou plus tard celles qui me frapperont le plus.

      J'aime

  1. Lol toujours autant d’humour pour nous convaincre 😂
    Plus sérieusement, ayant les mêmes problèmes avec les formats courts et aimant beaucoup tout comme toi la plume de Ken Liu sur ce que j’en ai lu, forcément je me sens en harmonie avec ton avis et j’ai très envie de découvrir ce recueil, ce qui n’était pas forcément prévu. Zut !

    Aimé par 1 personne

  2. Je suis armée 😂 j’adore !
    Clairement ce recueil va rejoindre ma pal un jour, il me fait trop de l’œil et ton avis me conforte encore plus dans cette certitude. En plus j’ai aimé les deux textes de Liu lus jusqu’ici ! Surtout l’homme qui mit fin à l’histoire. Quel talent !

    Aimé par 1 personne

  3. Ken Liu fait aussi figure de maître du format court pour moi, c’est d’ailleurs un des seuls auteurs dont j’achète les anthologies. Je n’ai pas encore craquée pour celle-ci mais avec des avis pareils, nul doute qu’elle passe en priorité dans mes listes d’envies lecture!

    Aimé par 1 personne

    • J’ai deux auteurs qui me donnent envie de tout acheter en format court : Watts et lui, Liu (sorry, trop tentant, cette bêtise).
      J’ai pioché au hasard, ou presque pour avoir une petite idée, et c’est vraiment bon.

      J'aime

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