La Mosaïque Sarantine – Guy Gavriel Kay

Voile Vers Sarance, tome 1

L’Atalante

La Mosaïque Sarantine est le premier tome d’un diptyque conséquent, une production littéraire habituelle chez Guy Gavriel Kay. Il est suivi par Seigneur des Empereurs, et tous deux affichent un poids avoisinant les 2kg. Les lecteurs de l’auteur ne seront guère surpris par ce chiffre quelque peu intimidant; néanmoins sachant que nous sommes ici loin des mangas abreuvés à la testostérone, cela peut intimider! La proposition est à la fois ambitieuse, ciselée et profonde, traduisant un investissement dans son œuvre digne des sculpteurs de dentelles de pierre, à l’image de la Cathédrale d’Albi.

Cette référence est tout à fait volontaire, car Guy Gavriel Kay nous propose de suivre un mosaïste engagé pour décoré le lieu le plus saint d’une ville qui veut devenir la capitale universelle du monde civilisé.

En effet, Sarance est tout simplement une Byzance vêtue d’atours tout aussi chatoyants que l’originale, simplement légèrement pigmentée d’une saveur fantasy.

Un écrin Méditerranéen

Voile Vers Sarance se tient dans le même univers à 2 lunes que Les Lions d’Al-Rassan et Enfants de la Terre et du Ciel, mais un peu plus tôt dans la chronologie que ces deux romans (uniques) puisque nous parcourons le nord de la Méditerranée à l’époque d’un pseudo Justinien (au VI° siècle après J.C.), l’Empereur Valérius. Le lecteur découvrira cette cité de légende avec les yeux de notre mosaïste, Crispin qui vit une existence paisible près de Rhodia (comprendre Rome). Un vie qui sera bouleversée par la capitale de l’empire d’Orient, avec une opulence des mille et une nuits, une richesse inouïe, une frénésie à toute épreuve, une passion débordante, une ville plongeant allégrement à la fois dans la grandeur et les excès les plus extravagants.

La découverte initiale de cette Byzance illustre parfaitement cette existence bouillonnante, Crispin participe à l’attraction phare de la ville : il assiste aux courses de chars, où règnent de puissantes factions dont les passions culminent à la haine. Intenses et virevoltantes à la fois, ces épreuves n’envient rien aux intrigues de cour tout aussi dangereuses, plus feutrées néanmoins…

Guy Gavriel Kay a repris le contexte de notre Constantinople, secouée par une révolte sous Justinien. La ville ne fut pas épargnée par les incendies, exactions et destructions, Ste Sophie paya un lourd tribu à cette rébellion Nika, comme de nombreux édifices et statues. Nous retrouvons les traces de ces événements dans les romans Voile Vers Sarance, avec des rappels sur la révolte en question, les inquiétudes qui font surface ici et là, les reconstructions en cours, un Valérius aux aguets et bien entendu la convocation de Crispin en vue de la reconstruction de sa Ste Sophie… Dans notre histoire, l’empereur la fit reconstruite plus belle, plus conforme à ses ambitions de centre « du monde » (civilisé), celui de Kay porte le même désir. L’auteur développe encore davantage cette connivence avec notre réalité historique car il entoure son empereur de figures emblématiques telles que Théodora l’épouse de Justinien, courtisane et rusée, Belisaire, général de génie, Jean de Cappadoce, ministre influent….

La qualité historique du roman est indéniable, et pousse le lecteur à la curiosité, à chercher les équivalences, les personnages, la corrélation entre les faits historiques et le récit imaginaire. Ce travail d’orfèvre, marque de fabrique de Kay, se retrouve dans l’ensemble de ses romans, et ici, le travail de documentation est absolument éblouissant, car il parvient même à transcrire une ambiance particulière, celle d’une cité et d’une époque d’inspiration encore romaine, qui se colorent d’une influence légèrement exotique, plus orientale. C’est à travers le regard de Crispin que nous apprécions les légères divergences entre l’empire « profond » et cette Sarance en plein épanouissement.

Les Intrigues Byzantines

Ainsi, nous suivons essentiellement les pas de Crispin, convoqué par l’empereur Valérius en sa cour, afin de décorer sa cathédrale avec une fresque digne de la grandeur du commanditaire et de sa capitale. La réputation du Maître mosaïste s’est répandue dans l’empire, Valérius exigeant les meilleurs…. Le voilà donc sur la route à affronter diverses péripéties, sauver une damoiselle en détresse vouée à un sacrifice bien humain et barbare, braver des entités fantastiques,…pour découvrir une Sarance bien au-delà de son imagination.

Le bonhomme est revêche, renfermé et peu communicatif. La perte de sa famille l’a profondément affecté, au point qu’il vit en reclus, peu concerné par autrui. Son art s’avère un exutoire et une planche de salut. Pourtant, il n’est pas dénué d’empathie puisqu’il intervient pour sauver la belle, et se noue d’amitié avec quelques personnes. Nous le découvrons honorable, fiable et loyal. Son art résume sa vie du moment, et s’il accepte les travaux, c’est essentiellement par vanité.

Malgré son caractère taiseux, son indifférence aux conventions, son amertume affichée, Guy Gavriel Kay ne nous propose pas un personnage d’anti-héros de Dark Fantasy, et cela le rend nettement plus appréciable.

Les autres personnages, Valérius en tête sont très bien écrits, agréables à suivre, ou parfaitement détestables sans êtres de piètres caricatures.

Les intrigues sont à tiroir, elles attisent la curiosité, sans rien dévoiler de leur dénouement que nous ne connaîtrons que dans la deuxième partie. Pour l’instant, je ne peux pas me prononcer.

Quant au rythme, nous avons du Guy Gavriel Kay : un tempo lent, posé, une rigueur historique, une mise en place soignée.

Ce diptyque tout à fait passionnant ne conviendra pas forcément aux curieux, ni aux adeptes exclusifs de romans alimentés aux pulsars. Il est exigeant en terme d’implication initiale, avant de vous dévoiler les joyaux de Byzance dans un magnifique écrin méditerranéen légèrement teinté de sensualité et de fantasy.

Ce récit est pour vous si :
  • vous aimez les romans documentés et travaillés
  • vous souhaitez lire une fantasy qui a du coffre
  • vous êtes séduit par les magies discrètes
je vous le déconseille si :
  • Vous êtes à la recherche d’un roman qui bombarde dans tous les sens
  • Quoi, il n’y a pas de magicien ?!!!
  • vous ne jurez que par les élus en fantasy
Autres critiques :

Le BibliocosmeL’ours inculteElhyandra

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C’est mon pavé de l’été (528 pages bien tassées)!!

16 réflexions sur “La Mosaïque Sarantine – Guy Gavriel Kay

  1. J’ai lu les deux volets pour Bifrost. Voile vers Sarance est, pour moi, un bon roman pour qui connait déjà et apprécie Kay (par exemple en ayant lu quelque chose de plus court et plus nerveux, comme Les lions d’Al-Rassan), tandis que Le seigneur des empereurs est d’un tout autre niveau, hissant l’ensemble du diptyque à des hauteurs vertigineuses, et le rendant, du coup, recommandable à toutes et à tous. Les événements d’une certaine nuit fatidique sont contés d’une façon… extraordinaire, il n’y a pas d’autre mot.

    Aimé par 3 personnes

    • Je suis entièrement d’accord avec toi, sur ce premier tome. Je ne le recommande pas aux lecteurs qui voudraient découvrir l’auteur avec ce diptyque. Aussi, réservé-je mon avis définitif après la lecture du tome 2. Ton retour me motive énormément, d’ailleurs, et sachant que tu m’a toujours indiquée les bonnes pioches, je suis très emballée.

      Aimé par 1 personne

  2. C’est un diptyque qui me fait décidément très envie, surtout avec de telles recommandations ! Et je lis le commentaire d’Apophis et, d’avoir vos retours là, ça ne peut que m’inciter d’autant plus à le lire. Merci de me (re)mettre ces livres sous le nez 😉

    Aimé par 2 personnes

    • Crispin est assez aride finalement comme personnage, je t’avoue que j’ai du faire pruve d’un peu plus de patience qu’habituellement car le début ne m’enchantait pas autant que les autres romans. Puis, j’ai commencé à me prendre au jeu. Une fois à Sarance, j’étais captivée!
      Ma déception concernant un Kay serait plutôt Enfant de la Terre et du ciel.

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  3. Ce n’est pas mon préféré de l’auteur – même si c’est très bon – mais j’en garde un souvenir particulier car c’était la première fois qu’il m’avait contacté, pour me corriger sur la découpe en deux volumes. 😉

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  4. Je n’ai pas encore lu l’auteur mais je n’envisage pas de commencer par ce dytique qui m’effraie un peu dans l’engagement initial qu’il demande. Néanmoins, je garde le titre en mémoire si la découverte de l’auteur m’a conquise.

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  5. De l’auteur, je n’ai lu que « Les lions d’Al-Rassan » et je l’ai tellement apprécié que je n’ose pas me risquer dans un autre roman de lui , car celui-ci a la réputation d’être plus prenant que les autres.
    Et sinon, 528 pages ne suffisent pas pour le Challenge Pavé de l’été : il en faut 550 (ce qui est déjà 50 de moins que l’année dernière où il en fallait 600 🙂 ). Mais si le roman existe dans une autre version papier avec le nombre de pages requis, il te suffit de donner ces références dans ton billet pour que ça passe 😉 !

    Aimé par 1 personne

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