Les Temps Ultramodernes – Laurent Genefort

Albin Michel Imaginaire

La France en 1924

Nous sommes en 1924 dans un Paris alternatif à bien des égards. Le monde connaît depuis des dizaines d’années la cavorite. La découverte de ce minerai au XIX° siècle bouleversa les rapports de force étatiques, la technologie ainsi que la vie quotidienne de tout un chacun.

Ce minerai radioactif s’avéra porteur d’une révolution, et pour cause, il contrecarre la gravité permettant ainsi aux objets auxquels il est associé de léviter… parfois inconsidérément. Nous pouvons déjà comprendre que les transports furent parmi les premiers bénéficiaires d’une telle opportunité, toutefois, l’étendue de ses applications est vaste (bâtiments, moyens de levage, ascenseurs,….) et va bien au-delà de la facilitation du quotidien.

En effet, L

l’impact de la cavorite est tel que le voyage spatial est déjà une histoire maîtrisée, la France a colonisé Mars! La Lune est à portée de fusil, et d’autres contrées pourraient être sur les agendas, si Marie et Pierre Curie n’avaient pas fait une découverte majeure.

La radioactivité de la cavorite possède un cycle court, une demi-vie dramatiquement faible et dont les conséquences sont d’ores et déjà visibles : effondrements d’immeubles ambitieux, véhicules sur la chaussée, panne diverses et varéeis, ect… Il faut donc songer à renouveler régulièrement les composants, ou choisir de s’en passer. Mais quand une industrie en est devenue dépendante, une telle mesure n’éveille pas que de la déception, surtout que les stocks paraissent sur le point de s’épuiser.

Suite à la publication de ces travaux et au tarissement probable de la manne, en mai 1923, le monde connaît un krak boursier retentissant.

Du rétrofuturisme

L’ambiance du roman est teinté d’un merveilleux scientifique dans la ligne d’un Jules Verne. Une projection dans ce monde est fort agréable après tant de tableaux dystopiques, d’avenirs plombant le moral, presque plus sombres que les actualités s’enchaînant au quotidien.

Cette lecture donne une bonne bouffée d’oxygène et la filiation avec l’illustre écrivain est assumée jusque dans sa magnifique couverture. Néanmoins, Laurent Genefort ne nous brosse pas un tableau rétrofuturiste bucolique et aussi pimpant que Le Paris de Merveilles de Pierre Pevel. La découverte de la cavorite et plus encore son potentiel ont eu des répercussions cruciales sur la France et le monde de ce début du XX°.

Sur le plan géostratégique, la France et l’Allemagne, plus exactement, le Deuxième Riech rentrent en conflit dès 1912 et non pas en 1914. La guerre a mobilisé les jeunes gens en nombre et prélevé un tribu de sang exorbitant modifiant les cercles familiaux, détruisant le tissu des campagnes et précarisant femmes et enfants. Les tensions entre les deux pays, dont cette nouvelle Allemagne au sortir de la guerre, demeurent importantes et les couteaux sont tirés de part et d’autre.

Nous avons déjà évoqué les bouleversements techniques. Ils se complètent pas une facette moins joyeuse, avec de lourdes mutations sociales liées à ces avancées.

Ces nombreuses conséquences font des accrocs dans un tableau dès lors moins merveilleux et plus équilibré, rendant l’ensemble cohérent, « vraisemblable » et en miroir de notre propre ligne temporelle. Le parallèle avec nos sociétés est suffisamment clair, tout autant que la critique sous-jacente. Un peu trop ? Certes pas, mais sans grande originalité.

Une intrigue, écrin des personnages

Laurent Genefort nous propose de suivre les péripéties de Renée Manadier, Georges Moinel, Ogloor, Maurice Peretti, Marthe Antin et Marcel Chery.

Certains verront leur route se croiser pour s’éloigner à tout jamais, d’autres bouleverseront l’existence toute entière des uns, et enfin quelques uns trouveront une destinée. Dans ce canevas s’entrelacent moult fils dont il difficile de prévoir l’image finale. Il s’agit d’un travail de patience et il faut de renoncer à comprendre d’entrée les tenants et les aboutissants de chacune des trames. Ces tranches de vie arrachées aux Temps Ultramodernes brossent en premier lieu l’histoire d’une période, avant de s’ouvrir vers un horizon de sable rouge et martien.

Ce n’est que plus tard que la fresque restitue aux personnages un destin des plus intéressants, ou assez définitif, les mettant vraiment en valeur.

Nous faisons la connaissance de Renée Manadier et Georges Moinel alors qu’ils se croisent dans un train les menant à Paris. Renée est institutrice et à la recherche d’un nouveau poste, elle espère décrocher un emploi rapidement car ses économies sont minces. Elle découvre une capitale qui lui en met plein les yeux, mais qui ne la séduit pas sur tous les plans. Accidentellement, elle sauve la mise à Ogloor, un martien.

Ces êtres chiroptères sont traités comme des animaux de cirque, exposé à la curiosité de chacun; au mieux. Il faudra se déplacer sur Mars pour découvrir un lieu pittoresque, vivant, coloré et pour se rendre compte que la planète a bien plus à offrir. Cette partie dépeint une planète rouge qui m’a fait penser à Simulacres Martiens d’Eric Brown. Nous n’y faisons que quelques tours, enchanteurs pour ma part, et nous ne pouvons qu’espérer y passer tout un séjour.

Quant à Georges Moinel, ses aspirations sont différentes, cet artiste rêve de gloire et de fortune, or il ne sait pas encore que celle-ci a un prix.

Maurice Peretti est un policier que l’on surnomma le Fakir en raison de son regard pénétrant et intimidant. Il enquête sur un ligot de cavorite suspect, une affaire avec des ramifications qui le dépasse. Il fait appel à une scientifique, Marthe Antin, une petit bout de bonne femme toute en énergie, avec un esprit aussi vif que son regard et que sa langue. Le duo de choc est savoureux. L’enquête les ménera sur une trace rouge…

Enfin Marcel Chery fut un médecin reconnu avec que ses expériences eugénistes soit révélées au public. Déchu, il est contacté par un mystérieux employeur qui a visiblement un plan.

Les Temps Ultramodernes de Laurent Genefort nous propose un patchwork d’existences qui formeront un tableau charmant et vivant dans un monde rétrofuturiste. Le roman se lit avec plaisir et ne manque pas de faire penser à un texte d’un Jules Verne moderne. Il en emprunte avec bonheur le merveilleux scientifique sans tomber dans l’admiration béate alors que la trame dessine tôt des rebondissements qui sont au rendez-vous!

Autres critiques :

Le BibliocosmeLe Troll Les BlablasOrionThe Tiger Gromovar

Ce livre est pour vous si :
  • vous voulez découvrir les années folles non steampunk!
  • vous souhaitez découvrir une Mars fantasmée
  • vous aimez suivre plusieurs personnages

je vous le déconseille si :

  • Et pourquoi pas la Lune ?
  • Y a pas de batailles spatiales ?
  • mars avec bonhommes verts et qui volent, n’importe quoi!
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Les Temps Ultramodernes de Laurent Genefort

Les Temps Ultramodernes sont accompagnés du

L‘Abrégé de cavorologie de Hippolyte Corégone

En 6 parties cet « essai » nous dépeint les caractéristiques de ce minerai radioactif, les principes physiques qui contrarient la gravité terrestre. De nombreux noms sont évoqués témoignant du sérieux de l’étude.

Or, dans son état naturel, à l’image de l’uranium, la cavorite est juste un caillou. Elle exige donc une transformation détaillée dans la partie 3. La 4° brosse les applications possibles qui sont vastes et ont débouchée sur la voyage spatial (Jules Verne a dû être particulièrement heureux. Il aurait sans doute choisi la Lune).

La Partie 5 s’occupe de l’impact de cette trouvaille sur les sociétés, tandis que la dernière se penche sur les conséquences internationales.

L’essai se clôture sur un lexique et une note de l’auteur derrière l’auteur.

Ce bonus remplit d’humour complète idéalement Les Temps Ultramodernes, à lire avant ou après, selon votre humeur et la manière dont vous aimez découvrir les mondes.

Et cela compte pour le challenge du Troll

11 réflexions sur “Les Temps Ultramodernes – Laurent Genefort

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