La 5° Saison de N.K. Jemisin

Un monde entre implosion et explosion.

Premier tome de la Terre Fracturée

Auréolé de deux prix Hugo pour les premier et deuxième tomes de La Terre Fracturée, La 5° Saison de N.K. Jemisin éveille la curiosité.  Le pitch présenté par l’éditeur au sujet de ce roman de fantasy d’un genre inhabituel chatouille d’autant plus les synapses que ma lecture Des Cent Mille Royaumes, lu récemment, m’avait déjà convaincue du talent de la dame.

J’espérais donc avoir les neurones aussi enchantés que lors de ce précédent…

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La Grande Porte de Frederik Pohl

La galaxie à travers le trou de la serrure

Prix Hugo 1978 & Prix Locus 1978 & Prix Nebula 1977

 

Grand classique de la SF, La Grande Porte a été publié en 1977 et a réussi le Grand Chelem au niveau des récompenses les plus prestigieuses de la littérature de l’imaginaire : Prix Hugo, Locus et Nébula. Rien que cela. Cette triplette aiguise l’appétit et la curiosité, et le pitch parachève son œuvre tentatrice :

« Robinette Broadhead, n’a pas eu de chance dans la vie, depuis que ses parents lui ont choisi un prénom. Jusqu’au jour où il a pu enfin payer le prix de son passage vers la Grande Porte. La Grande Porte : un astéroïde artificiel construit par la civilisation supérieure des Heechees, dans le voisinage de Vénus. Les Heechees ont disparu depuis des siècles, mais ils ont abandonné à la Grande Porte des centaines d’astronefs programmés pour se rendre en divers points de l’univers.
La Grande Porte, c’est le seuil de mondes inconnus : la possibilité de gagner des fortunes pour les hardis pionniers qui n’ont pas peur de s’embarquer à bord d’un vaisseau étranger dont ils ignorent la destination. Robinette a été l’un de ces aventuriers. Il est devenu riche.
Alors pourquoi éprouve-t-il le besoin, semaine après semaine, d’aller se confier à l’ordinateur-psychanalyste Sigfrid Von Shrink, qu’il déteste ?« 

Certes, le roman a pris une ou deux rides, et nos neurones ne seront pas scotchés de stupeur devant les thématiques abordées, familières des lecteurs désormais. Mais, il faut replacer La Grande Porte de Pohl dans le contexte afin d’apprécier ce roman de pure SF.

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Une histoire des abeilles de Maja Lunde

Quel futur pour l’humanité ?

 

Un roman qui mêle abeilles et anticipation est forcément une lecture qui attire mon regard. L’apiculture est avant tout une passion, la lecture aussi, les deux réunies forment une aubaine incontournable. Surtout qu’après la lecture d’Une histoire naturelle des Dragons, le clin d’œil s’impose!

Forcément, mes attentes seront élevées, forcément je serais regardante en ce qui concerne cette merveille de la nature, forcément je serai sévère quand aux techniques apicoles décrites.

Le pitch de départ est assez fourni et disparate pour provoquer d’entrée un regard interloqué. De quoi s’agit-il au final ? D’un roman contemporain ? de la science-fiction ? d’un roman historique ? d’une réflexion sur notre avenir ?

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Les Affinités de Robert Charles Wilson

Le nouvel ordre mondial

Denoël – Lunes d’encre

« Le monde est-il jeune ou vieux ? » – Geddy dans Les Affinités

Les Affinités est un roman qui semble à peine baigner dans la science-fiction, or c’est tout un art de transmettre une impression à la fois prémonitoire tout en restant ancrer dans la réalité. D’autant plus que Robert Charles Wilson ne cherche pas à nous éblouir les mirettes avec un gigantisme ahurissant comme dans Les chronolithes ou à nous faire décrocher la mâchoire de stupéfaction devant des effets spectaculaires ou des technologies révolutionnaires. Non, l’auteur bouleverse notre avenir avec une science molle, une matière mal-aimée, un domaine qui ne vend pas du rêve : la sociologie.

Et, cela fonctionne du tonnerre !

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Le paradoxe de Fermi de Jean-Pierre Boudine

Où sont-ils ?

 

« Pluralitas non est ponenda sine necessitate »

« Les multiples ne doivent pas être utilisés sans nécessité » – Rasoir d’Ockham

« Toutes choses étant égales par ailleurs, la solution la plus simple est généralement une ânerie » – Dan Simmons

Le paradoxe de Fermi concerne le débat sur l’existence d’une entité extraterrestre. Il a été posé en 1950 par le savant italien Enrico Fermi lors d’une conversation dans une cafétéria. Cette question dépasse largement le cadre scientifique, de la science-fiction, de la philosophie et de la religion. C’est un dilemme proprement fascinant à mes yeux, et si en soi il démontre un fort penchant pour l’anthropocentrisme (et de nombreux détracteurs pointent aussi que ce paradoxe est infondé), comment ne pas tenter de répondre à cette énigme cosmique ?

Il peut se résumer par cette phrase :

« S’il y avait des civilisations extraterrestres, leurs représentants devraient être déjà chez nous. Où sont-ils donc ?« 

Les hypothèses pour lever le paradoxe sont de trois ordres (ils sont là – ils existent mais n’ont pas encore pris contact – nous sommes seuls). Avec ce roman, Jean-Pierre Boudine tente de donner sa vision (déprimante) du pourquoi nous sommes seuls dans l’univers.

Sa réponse tient en sa simplicité : une certaine forme d’entropie.

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Les Chronolithes – Robert Charles Wilson

Ou l’effet Feedback

Denoël – Lunes d’encre

Prix John Wood Campbell Memorial 2002

 

Dans un futur proche, Scott se dispute avec sa femme. Le jeune homme est un américain expatrié vivant en Thaïlande, un peu à la dérive, profitant de la vie au jour le jour, sans avoir complètement assumé son statut de père de famille.

Cette dispute matrimoniale est la dernière d’une série mettant son couple à l’épreuve. C’est d’ailleurs la dernière du genre car ayant décidé de se prendre une nuit sabbatique, il ne reverra pas de sitôt sa petite famille. En effet, a proximité de Chumphon un objet immense est apparu. Soudainement. Il se rend sur place en compagnie de leur voisin pour découvrir les proportions énormes du monument. D’une centaine de mètre de haut, érigé dans une matière inconnue, un peu comme du verre foncé ou une pierre magnifiquement polie, ce monolithe en impose.

Son arrivée s’est en outre accompagnée de phénomènes locaux particuliers : une forte baisse de la température, un cyclone, du brouillard et de la neige. Le plus étrange est l’inscription que l’on découvre à sa base.

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Dernier vaisseau pour l’Enfer – John Boyd

Dernier vaisseau pour l’Enfer de John Boyd

Denoël

 

Une fois la lecture achevée, il y a  presque un goût de déjà-vu. Car aussitôt revient en mémoire la date initiale de publication du livre en question : 1968. Et là, je me dit que les Divergente et compagnie n’ont décidément rien inventé, ni rien révolutionné dans le genre dystopie.

Initialement, je pensais avoir entre les mains le récit d’un amour impossible, un Roméo et Juliette des temps modernes. Dernier Vaisseau pour l’Enfer narre effectivement l’histoire d’amour entre deux jeunes gens appartenant à deux classes distinctes : lui est un étudiant en mathématiques, un M5; elle en littérature une A5. Deux lettres de l’alphabet, deux lettres contenues dans le terme abîme, illustrant parfaitement le gouffre qui sépare les deux classements génétiques.

Ce roman est prenant, et donne une petite leçon aux gros bestsellers en vogue.

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De Haut Bord – H. Paul Honsinger

De Haut Bord de H. Paul Honsinger

Cœur d’acier, tome 1

L’Atalante

Voici un nouveau venu dans la sf militaire, Paul Honsinger avec une trilogie baptisée Cœur d’Acier, De Haut Bord en est le tome d’introduction. Le lecteur découvre un jeune officier Max Robichaux tout fraîchement nommé à la tête d’un vaisseau spatial furtif, un destroyer du nom de Cumberland. L’équipage dispose d’une piètre réputation, mais l’Amiral en charge du secteur lui adjoint quelques solides ou brillants officiers pour le seconder. Sa mission infiltrer un secteur neutre et saper les voies logistiques ennemies.

Un navire de haut bord présente la particularité de ne pas pouvoir couler, en théorie. Nous pouvons d’ores et déjà apprécier l’inspiration maritime de l’auteur. Nous fera-t-il une Titanic ou pas ? A-t-il les moyens de détrôner David Weber et son cycle référence, Honor Harrington? Rivalise-t-il avec La Flotte Perdue de Campbell ?

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Latium – Romain Lucazeau

Latium de Romain Lucazeau

Lunes d’encre – Denoël

J’avais quelques réserves à l’entame de Latium de Romain Lucazeau. En premier lieu, la prose et l’ambition philosophique de son projet m’intriguaient tout en m’inquiétant. Le CV impressionnant de l’auteur, à quelques années-lumière, pardon à des kalétôphos de notre sphère SF interpelait, tout comme une interview récente. En second lieu, ce fut le quatrième de couverture qui poussait la réflexion sur notre appartenance à la même galaxie SFFF : « Pétri de la philosophie de Leibniz et du théâtre de Corneille, Latium est un space opera aux batailles spatiales flamboyantes et aux intrigues tortueuses. Un spectacle de science-fiction vertigineux dans la veine d’un Dan Simmons ou d’un Ian Banks. » Intimidant.

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Le Facteur – David Brin

Le facteur de David Brin

Milady (Bragelonne)

Prix Locus, Prix John Campbell

Le Facteur n’est pas qu’un film de Kevin Costner, c’est avant tout un roman de David Brin. Si l’œuvre cinématographie est plutôt quelconque, le récit de l’auteur américain propose du lourd et du coup l’adaptation ne tient pas la comparaison. Le cadre est pourtant identique pour les deux : les civilisations humaines se sont effondrées (encore!) suite à une guerre nucléaire. Un homme tente de faire face à la l’adversité et à tous les obstacles, tel un joueur de football US tentant de franchir la ligne d’avantage.

Rien de bien original jusqu’à présent car de tels romans foisonnent de nos jours. Sur ce blog, j’ai d’ailleurs déjà chroniqué plusieurs livres ayant une thématique similaire. Ceci dit, le roman a été publié en 1985, le post-apocalyptique n’était pas aussi répandu qu’aujourd’hui et seul Mad Max avait réellement frappé les esprits à cette époque. La violence dépeinte dans le film reflète parfaitement celle qui règne dans les pages du Facteur. Lire la suite