La conspiration des Colombes – Yann-Cédric Agbodan-Aolio

Cartes, boussoles requises, sans oublier le flingue!

 

« Avril 2001, le radiotélescope d’Arecibo à Porto Rico capture le premier signal radio d’origine extraterrestre, bouleversant les fondements de la société.

Novembre 1940, Wulfran Lefaye, le nouveau propriétaire de l’Oniromicon disparait mystérieusement sans laisser de trace.

Août 2010, sa petite-fille, le docteur Agnès Lioubov, brillante généticienne de son état, est engagée par Hexagon Industrie, une étrange compagnie philanthropique œuvrant depuis une île inconnue, perdue au milieu de l’Atlantique.

La même année, Pélagie Dekker est ajoutée à la longue liste des enlevés par les Maîtres-des-Sortilèges, un groupuscule aux revendications obscures, recherché activement pour terrorisme et crime organisé par Interpol.« 

La conspiration des Colombes pourrait être une chasse au trésor, chaque pièce dévoilée rapprochant le lecteur de la découverte d’un trésor. La nature et la composition de ce magot reste un mystère total un bon bout de temps.

Des trames qui jouent aux mots croisés

En effet, plusieurs histoires appartenant à différentes périodes  – et même espaces – présentent leur lot d’énigmes et de détours.

Tout débute avec une interview peu commune de Jacques par des équipes de journalistes hétéroclites, l’une pour un documentaire exceptionnel, l’autre à la recherche d’un buzz mémorable qui la propulsera sur le devant de la scène, et ainsi de suite. Il faut dire que le personnage possède de nombreuses caractéristiques pour happer l’attention. Déjà, monsieur se donne des airs de châtelain, recevant ces pigistes et reporters par l’intermédiaire d’un étonnant majordome, Gasper, un androïde. Il les accueille dans une salle à manger et mène la danse comme bon lui semble, tout en restant courtois et attentif. Mais, le plus ahurissant avec ce vieillard est son âge : il a plus de 300 ans.

Et, il est un témoin direct de l’époque de la réception du premier signal extra-terrestre reçu sur Terre. Cet événement se produisit le 1° avril 2001; le radiotélescope d’Arecibo à Porto Rico captura un signal radio qui dura 72h. Devant l’écueil du décodage, la NASA et les différentes agences mirent le fichier crypté à disposition des amateurs du monde entier pour tenter de déchiffrer les données. C’est alors qu’émergea une entité entièrement nouvelle, une IA d’origine extra-terrestre.

Mais, Jacques réserve bien des surprises à ses invités. Grâce à l’oniroscope, il leur propose de partager quelques souvenirs de 2010, un époque à même d’expliquer leur présence.

Dont celui-ci…

Agnès Lioubov – dont le grand père a disparu en 1940, mais cela nous l’apprenons plus tard – subit une visite inattendue, effrayante et bouleversante. Un étrange individu s’introduit dans son bureau et affiche un comportement si décalé et envahissant, qu’elle songe un instant au psychopathe qui s’est évadé de l’hôpital psychiatrique. Il n’en est rien, le bonhomme lui remet un clé USB de la plus haute importance qui est en relation directe avec le dossier reçu plus tôt.

Quelques temps après, elle se décide à la consulter, grâce au mot de passe « COLOMBE », elle se trouve dès lors engagée dans une aventure qui navigue entre l’espionnage industriel et le thriller SF. Son commanditaire : Hexagon Industrie, compagnie philanthropique versant dans « L’origine des espèces« , avec à sa tête Orisno Somboli.

Autre trame, autre temps.

Heinrich se trouve devant un mystère sanglant : 29 meurtres commis vraisemblablement par la confrérie obscure qui lui pourrit la vie. Et les disparitions étranges s’enchaînent. Il n’a qu’une piste qui semble impliquer le KGB. Cette dernière porte un nom : Vladimir Tepexkin. Fait qui attire l’attention du lecteur, un certain Gasper fait partie de cet environnement…

Autre trame, autre temps (bis)

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73500 avant notre ère. Univers inconnu. Nieddo Dewale fait partie des Neuf, elle est donc l’une des « conseillers » les plus puissante auprès du Roi Das Dubala. Son influence grandissante ne satisfait pas tous les Orixans, même si le souverain la tient en laisse et ne semble pas prêt à se laisser aveugler.

Pour eux, la situation est pratiquement intenable car les Annuakis sont sur le point de remporter la guerre sur ces Dieux.  Des 144 mondes possédés antérieurement par les Orixans, seuls quelques uns ont échappé à ce raz de marée militaire. Nos divinités sont sur le point d’être renversées, sauf s’ils dérogent à une loi fondatrice et procèdent à la démilitarisation des Obédients mécaniques.

La motion est soumise au vote, et elle passe; la poignée d’opposants n’a pas réussi à renverser cette proposition. Les Obédients seront remilitarisés, ainsi l’assemblée s’est-elle exprimée, mais cette solution n’est pas sans danger, ces entités ayant failli anéantir la civilisation des Dieux par le passé.

L’échiquier du mal – ou du bien ?

Vous voici avec entre les mains les premiers éléments de l’histoire. Celle-ci est dense, ambitieuse et s’étende dans le temps et l’espace. Un fil rouge conduit d’une trame à l’autre, avec des pièces disséminées un peu partout sur cet échiquier galactique. Il semble que quelque chose soit à l’œuvre, manœuvrant en habile joueur les rois, reines, pions et cavaliers, même les fous sont inclus dans cette partie universelle.

La Colombe, symbole de paix, conduit à penser que les rennes sont entre les mains d’une confrérie bienveillante, mais quelques indices infirment cette hypothèse, ou tout au moins sèment le doute dans l’esprit du lecteur.

La conspiration des Colombes emprunte une voie dans la lignée de L’échiquier du mal de Dan Simmons. Ce n’est pas faire injure à Yann-Cédric Agbodan-Aolio  que de constater que ce premier tome ne rivalise pas avec son aîné. Il y a un foisonnement d’idées forts intéressantes et des trames qui individuellement sont bien construites. Il manque un peu de liant à l’ensemble, et une direction plus prononcée pour que le lecteur sache vers où il se dirige.

Des technologies : en territoire connu

J’ai adoré ce concept d’IA qui s’implante dans l’ensemble du réseau mondial. Même si le concept n’est pas nouveau, Yann-Cédric Agbodan-Aolio la présente d’une manière vraiment alléchante. Et puis, j’aime beaucoup les IA, alors…

Le lecteur rencontre un oniroscope, un appareil qui permet de partager les rêves et les souvenirs. Rien d’original en soi, mais encore une fois, l’utilisation qui en est faite remplit son office et surtout permet de connecter des mondes.

Les Obédients mécaniques méritent le détour. Ils m’ont fait penser aux cylons de Battlestar Galactica. Des êtres qui se sont révoltés et ont été sur le point d’anéantir les Orixans. La bataille fut rude, les esprits sont à jamais traumatisés, et nul ne sait si cette militarisation ne va pas condamner ceux-ci…

Il y a aussi des vaisseaux spatiaux, des armes exotiques, des techniques de rajeunissement, des moyens de communications différents,…

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Des personnages soignés

Bien entendu, le premier personnage que je souhaite souligner est Jacques car l’introduction de cette aventure se fait par son intermédiaire. Nous le « rencontrons » à diverses époques, du jeune homme de 2001 à ce vieillard âgé de plus de 300 ans. Il use avec un certain humour de sa position et parade un peu devant les journalistes. Cependant, le lecteur perçoit sa volonté à transmettre ces informations pour le bien de l’humanité. Il est particulièrement soigné.

Parmi, les journalistes, c’est Sonja qui tire son épingle du jeu, notamment par son caractére ambitieux, opportuniste et sa capacité à retomber sur ces pieds. Un peu stéréotypée, mais elle remplit son office.

Agnés est un autre protagoniste à sortir du lot. Même si la conspiration n’est pas initiée par ses soins, elle est un vecteur important des phases clés de cette histoire. Scientifique, brillante, curieuse de nature, nous sentons un certain manque d’assurance bien dissimulé et une envie de faire quelque chose qui la dépassera.

Les Orixans sont les Dieux des mythologies diverses et variées de nos cultures. Ils ne partagent pas les traits des divinités, ni leurs caractéristiques principales. Ils sont présents pour représenter le panthéon en tant que idée spirituelle et non pas pour incarner des dieux en particulier. Les orixans sont ainsi très grands (au minimum 2 mètres), la couleur de leur peau est très marquée : noir d’ébène ou blanc d’ivoire, avec des yeux dorés. Malgré l’imminence d’un catastrophe, ils trouvent le moyen d’avoir des divisions et des dissensions internes, comme quoi la sagesse n’est pas l’apanage des dieux…

 

Au final, La conspiration des Colombes est un roman foisonnant d’idées, de trames et de personnages, qui met en jeu une « puissance » cherchant à manipuler tout son monde. Entre thriller SfF et théorie du complot, le lecteur avance dans un chassé-croisé qui le conduira de détours en fausses pistes.

Ce livre est pour vous si :
  • vous aimez les romans alambiqués
  • vous est fan de thriller
je vous le déconseille si
  • vous n’aimez que les romans linéaires
  • vous êtes vite submergés par trop de personnages

15 réflexions sur “La conspiration des Colombes – Yann-Cédric Agbodan-Aolio

  1. Voilà un livre et un auteur que je ne connaissaient pas. Ta chronique m’a donné envie de me pencher dessus. Dan Simmons étant pour moi imbuvable, cela me rassure de voir qu’il y a une différence entre les deux auteurs.
    Ce livre a tout pour ma plaire mais sa longueur me fait un peu peur surtout pour de l’autoédition ;-/

    Aimé par 1 personne

    1. Il y a une différence entre les deux. Le roman est plaisant, pas novateur, mais il utilise bien le matériel à disposition.
      Il y a quelques longueurs mais rien de vraiment trop ennuyeux.
      Je ne peux que te dire de le tenter pour te faire ta propre idée. 🙂

      J'aime

  2. Voilà une intrigue tarabiscotée !
    Cela reste intriguant, mais comme c’est le livre 1, j’attendrai la sortie du livre 2 pour me faire un avis définitif.
    La description sur Amazon me fait tout de même un peu, beaucoup peur :
    « Premier opus d’un diptyque, vous y trouverez tous les ingrédients d’un bon roman de SF ( les voyages spatiaux, les univers parallèles, les robots et intelligences artificielles, la vie extraterrestre, les surhommes, le cyberespace, les modifications génétiques, les nanotechnologies, les énergies infinies…,) le tout assaisonné d’humour, d’un peu d’amour, de beaucoup d’amitié et juste ce qu’il faut de bastons. »
    L’écriture n’est pas une recette à mon humble avis. Bon, après, je ne demande qu’à me tromper.
    On se retrouve dans un an pour le tome 2 qui me décidera, ou pas

    Aimé par 1 personne

    1. Le passage le tout assaisonné de juste ce qu’il faut de baston me plaisait bien.
      Ne patiente pas jusque là. Je ne pense pas que ce diptyque soit fait pour toi.
      Je te conseille donc ce te pencher sur autre chose. 🙂

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