Prador Moon – Neal Asher

Carpaccio de crabe sur lit d’oranges sanguines

Ouvrage publié en 2006, Prador Moon est le premier volet de la saga de space opera se déroulant dans l’univers Polity de Neal Asher. Certes, premier du point de vue de la chronologie interne à cet univers, il n’est cependant que le  septième opus écrit par l’auteur.  Il s’avère aussi le plus « médiocre » du lot, souffrant surtout de la volonté de l’américain de donner un tome « introductif » à son cycle.

Prador Moon peut se lire de manière totalement indépendante, car il possède son histoire propre, avec une trame qui se déroule d’un bout à l’autre et une fin. Il invite le lecteur à poursuivre sa découverte.

L’univers de Polity

Polity est à la fois un système de gouvernance et une civilisation humaine très avancée technologiquement. Sa zone d’influence est très vaste, et elle a conquis nombre d’étoiles. La tâche n’a certes pas été une croisière de plaisance, les défis techniques s’avérant assez ardus, mais pas insurmontables. L’absence de forme de vie intelligence lui a laissé le champ libre… jusqu’à sa rencontre avec une espèce d’alien particulièrement retorse, avide et coriace : les Pradors.

Cette organisation partage de nombreux traits avec l’entité anarchique qu’est La Culture de Iain Banks. Toutes deux sont dirigées, plus ou moins en coulisse, par des Intelligences Artificielles qui cherchent à protéger, régir, et réguler les masses humaines, d’une main de fer gantée de velours – ou pas. D’ailleurs que ce soit dans la Polity ou La Culture, les besoins humains sont largement pourvus, et les plus grands fléaux ne sont plus qu’histoire ancienne – ou un choix personnel. Les déplacements d’un monde à l’autre sont relativement aisés, grâce à la technologie de portails.

Il y a toutefois, une différence de taille entre les deux systèmes. Là où Banks proposait une douce anarchie, Neal Asher met en place un régime plus drastique et plus contrôlé. Nous sommes loin de l’état policier d’un univers totalitaire, mais l’autodétermination, par exemple est un concept, hummm… purement philosophique. Les IA considèrent les humains comme de grands enfants, incapables de prendre les bonnes décisions pour le bien-être commun à long terme. Les hommes sont libres… jusqu’à un certain point.

Ainsi, l’univers de Polity contient des zones obscures, une noirceur qui est presque à l’opposé de la Culture. Presque, car l’univers de Banks n’est pas un monde tout rose, peuplé de bisounours, dirigé par des IA guidées par l’unique bonté…

Neal Asher ne brosse pas une entité « parfaite » à ses yeux, car certains romans de l’univers proposeront justement de découvrir les cadavres qui trainent sous les tapis de ces IA, loin de n’être que bienveillantes…

En ce qui concerne Prador Moon, nous sommes loin ces considérations d’ensemble, car, si vous lisez le cycle en commençant par ce premier opus, l’auteur vous propose alors de découvrir Le Polity dans ses grandes lignes, et surtout, la première rencontre humaine/IA avec des aliens doués d’intelligence. Dire que ce premier contact va avoir un certain mordant, est une lapalissade!

A partir de cet épisode, les dirigeants et les hommes de Polity seront confrontés à une multitudes de dangers et de défis, autres que les dangers inhérents au vide interstellaire, aux objets célestes, aux pulsars, et autres phénomènes astronomiques d’ampleur quelconque. L’univers montrera un tout autre visage, pour le plus grand bonheur des lecteurs, avec son lot de batailles spatiales, des intrigues en sous-main, des luttes de pouvoir, et surtout des aliens pas franchement accueillants et compatissants. Passionné de biologie, Neal Asher, en fera un point d’achoppement pour sa saga, et nous allons dès lors rencontrer des bestioles étranges, au métabolisme unique et bien souvent captivant. Les ET d’Asher son sans doute un de ses points forts, comme vous pourrez le découvrir avec Prador Moon.

La population de Polity se compose essentiellement d’humains, mais certains d’entre eux peuvent largement différer de vous et moi, car entre implants, et prothèses cybernétiques, la panoplie du bipède s’est largement accrue. D’ailleurs lors de la lecture de Prador Moon, nous verrons de quoi sont capables ces hommes et femmes légèrement ou largement améliorés (là, c’est fonction du point de vue de tout un chacun….).

Et pour parfaire votre pré-immersion dans cet univers, je vous propose la critique détaillée, de l’ami Apophis relative à The soldier.

Total Warfare

Dans l’histoire qui nous occupe, le Polity a finit par prendre contact avec une vie extra-terrestre intelligente. Une rencontre est organisée entre les peuples afin de poser les premiers jalons d’une relation dont la nature restera à déterminer. Une ambassade est dépêchée de part et d’autre sur une station spatiale humaine. Malgré une profession de bonne foi, et des premiers contacts encourageants, nul ne sais à quoi ressemble les aliens qui se dénomment Prador, ni si leur intentions sont réellement pacifiques.

C’est donc avec une certaine prudence que la rencontre est programmée, et c’est avec une immense surprise que Jebel Krong, membre de l’équipe de sécurité, essuie l’assaut des crabes XXL à peine débarqués dans la place…. Ce premier contact se solde par une boucherie, les têtes volent -au sens propre et figuré. Le ravalement de façade se fait à grand renfort de tripes, et d’entrailles sanglantes,…

En quelques mots : la guerre est déclarée.

A la tête de cette horde carapacée, Immanence est un crabe vicieux, s’il en est, qui n’hésite pas à sacrifier les siens, et à ingurgiter sa propre progéniture. En sus, le vieux prise la chair humaine et fait pince basse sur tout un troupeau de bipèdes.

Et, s’il en pince pour les être humains, il n’en va pas de même avec les IA, sujet hautement tabou et proscrit dans leur société. Ainsi, la rafle présente un double bénéfice : à la fois une réserve abondante de nourriture, et une interface commode entre le crabe et la machine…

L’ennemi est redoutable, et la situation est plutôt très mal embarquée. L’effet de surprise n’explique pas seul, la rouste infligée à notre troupes humains. D’une part, les Pradors sont des combattants efficaces et compétents, ils bénéficient d’aptitudes martiales évidentes, et d’une psychologie focalisée sur la lutte. En outre, il sont dirigés pas le vieux salopards qui les terrorisent, tout est mieux que de se faire bouffer par cette crevure.

Ce premier affrontement sur la station spatiale est dévastateur; celle-ci semble perdue définitivement, et doit être évacuée. Tout en évitant la capture. Le point le plus épineux : elle est prise en pince tenaille par la flotte Prador. Le bâtiment amiral ennemi semble indestructible, et les vaisseaux Politiens ne font pas le poids.

Le dernier recours réside dans un fossile, un vieux de la vieille, le machin long de 4 km : Le rasoir d’Occam (si bien nommé…). Ce vaisseau antédiluvien a tout de l’être bicéphale, piloté par une IA et un humain… Occam est l’IA associé à Tomalon, le nouveau capitaine humain (l’ancien est décédé des suites d’un contact prolonger avec les substances permettant une telle association).

Une seconde trame se centre sur Moria à l’implant cérébral flambant neuf. Le modèle intégré à son cerveau est d’ailleurs très particulier, car le professeur en charge de la pose, a utilisé une technologie plutôt expérimentale, et notre chère Moria va voir ses facultés intellectuelles faire des bonds prodigieux.Travaillant sur un projet de portail d’envergure ces nouvelles prouesses peuvent faire pencher le balance, ou tout au moins l’équilibrer. Si les premières lignes tiennent le choc.

Les capacités de la dame sont telles que parfois nous frisons le Deus ex-machina…

Un style vif et incisif, une ambiance sombre

Ce premier roman dans l’ordre chronologique est plutôt court et se lit rapidement,  le niveau d’anglais y est tout à fait abordable. Neal Asher possède une plume directe et nerveuse, parfaitement adaptée à ce genre de récit. Prador Moon étant un roman « introductif », il développe à la marge à la fois, l’univers et le contexte. L’intention d’éviter la redondance avec les éléments fournis dans les romans précédemment publiés, explique sa taille modeste.

Le worldbuilding contenu dans ce volet reste léger, et c’est sans doute ce qui explique la sensation de légèreté dans ce registre que j’ai pu ressentir à la lecture. Le background est esquissé, comme un avant-goût qui chatouille les papilles, une promesse savoureuse et croquante, mais qui ne va pas jusqu’au bout. Le potentiel est bien présent, tout comme l’action, les idées aussi, mais il lui manque un peu de charpente pour soutenir l’ensemble.

Heureusement, l’ambiance assez sombre permet de compenser cette légère frustration, surtout alliée au style pétillant de l’auteur. Je rapproche l’univers de La Culture, avec des IA bien plus « humaines » et bad-ass, tandis que l’ambiance et le contexte sont dans la veine SF horrifique de la série Lazare en guerre de Jamie Sawyer (les crabes ne sont pas à prendre avec des pincettes…)

Au final, Prador Moon se lit avec plaisir, et les amateurs de space opera dynamique devrait y trouver leur compte. Je regrette quelques facilités narratives dans la trame de Moria.

Ce livre est pour vous si :
  • vous savourez les SF saupoudrées d’une ambiance horrifique
  • vous souhaitez lire un roman plein de vitamines
  • vous avez envie d’un roman court
je vous le déconseille si :
  • Vous êtes allergique au fruits de mer
  • Vous ne supportez pas les décorations cramoisies
  • Si vous souhaitez lire de la SF calme et introspective
Autres critiques :

MA divinité Apophis 

Un petit coup de pouce pour votre lutin adoré :

Envie de soutenir le blog ? Vous pouvez le faire en passant par le lien en dessous (pas de frais supplémentaire!).

Acheter Prador Moon sur Amazon (ou consulter)

Ceci m’aide à financer l’hébergement du site sans publicité et à organiser des concours avec des romans à offrir.

Un petit mot sur la saga

La saga se compose de cycles et de romans indépendants.

Romans stand-alone dans l’univers Polity

  • Prador Moon
  • Hilldiggers
  • Drone (Shadow of the Scorpion)
  • The Technician

Série Ian Cormac, agent du Polity

  1. Gridlinked
  2. The Line of Polity
  3. Brass Man
  4. Polity Agent
  5. Line War

Trilogie Spatterjay

  1. L’Écorcheur (The Skinner)
  2. The Voyage of the Sable Keech
  3. Orbus

Trilogie Transformation

  1. Dark Intelligence
  2. War Factory
  3. Infinity Engine

Trilogie Rise of the Jain – en cours d’écriture

  1. (en) The Soldier, 2018

15 réflexions sur “Prador Moon – Neal Asher

  1. Oooooooooooooooouuuuuuuuuuuuuuuuuuiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!! (*cri de l’Apophis en rut au fond des bois / de l’Apophis qui voit ENFIN la critique tant attendue débarquer*).

    Super critique, merci, ça valait le coup d’attendre 😉 Concernant le peu de place laissé au worldbuilding, on peut à mon avis expliquer ça sur plusieurs plans : très gros meta-cycle, donc plein d’autres occasions d’expliquer les différents aspects de l’univers, roman assez court, volonté de ne pas être redondant pour ceux qui lisent dans l’ordre de parution et pas dans celui de la chronologie interne (et qui donc connaissent déjà la Polity), etc.

    Concernant les extraterrestres soignés, si tu as aimé les Prador je te conseille de faire un grand saut temporel dans le cycle et d’attaquer directement The soldier, où il y a d’autres aliens encore plus soignés. Et au niveau hard SF militaire, c’est encore plus poussé (d’au moins un ordre de grandeur, voire deux) que dans Prador Moon.

    Sinon, pour ma part, je suis en train de finir Drone (Shadow of the scorpion en VO), qui est encore une fois très bon, même si dans un genre légèrement différent. Et j’attaque Gridlinked début décembre (ça va d’ailleurs être un GROS mois SF / Fantasy militaire sur le blog, m’enfin je dis ça, je dis rien…).

    Ah et puis géniaux les jeux de mots à base de pinces, j’ai bien ri 😀

    Aimé par 1 personne

    • Tu comprends donc maintenant pourquoi je n’ai pas voulu précipiter la publication de la chronique. J’ai fait pas mal de recherche sur le cycle et sur l’univers de Polity, je voulais donc écrire une chronique qui condense le tout, sans être trop lourde, très claire.
      En même temps, même si je trouve le roman bon et agréable, et que j’ai énormément envie de lire la suite, je ne voulais pas brosser un tableau trop reluisant (pour ne pas décevoir), mais donner envie de lire le cycle.

      J’adore voir notre astéroîde en rut au fond de son bois. J’ai beaucoup rigolé!!! 😉

      J’ai bien compris que le worldbuilding se développe au fil des tomes.

      Drone est dans mon collimateur depuis un temps certain. je prends note pour The soldier.

      Je me suis bien amusée avec les jeux de mots.

      Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s