The expert system’s brother – Adrian Tchaïkovsky

Lecture en VO

 

En 2O18, deux romans d’Adrian Tchaïkovsky m’ont culbutés l’arrière train, envoyant le lutin  -que je suis – voltiger avec vertige. Une sensation que chaque lecteur cherche à vivre régulièrement en tournant inlassablement (bon, parfois un livre lasse, c’est vrai) les pages du bouquin choisi pour revivre l’expérience. Ainsi, après l’immense satisfaction procurée par Guns at the Dawn et Dans la toile du temps, l’envie de lire le prochain roman de l’auteur était-elle à son comble. Donc, quand The expert system’s brother fut disponible à la pré-commande, le soir même ma carte bancaire s’était acquittée de la transaction.

Il y a de cela six mois. Un temps assez long pour un lecteur qui souhaitait ardemment se plonger dans les écrits de Tchaïkovsky avec une voracité assumée. Mais voilà, Apophis m’a devancée dans la lecture (bien lui en a pris); son retour un tantinet mitigé a douché mes ardeurs. J’ai pu entreprendre cette novella avec des attentes bien moindres qu’initialement (bien m’en a pris).

C’est de la SF

L’ambiance ainsi que les premiers événements peuvent désorienter l’amateur de SF. En effet, le récit délivré à la première personne par Handry brosse une esquisse tendant vers la fantasy lors du contact initial. Orphelin à un très jeune âge, il vit à Aro, son village, avec sa sœur. Le fonctionnement de cette petite communauté (à peine plus de 300 âmes) fait davantage penser à une tribu car tous vivent en autarcie, et les épisodiques contacts avec les autres « villages » ressemblent à des ambassades en raison de la solennité qui les entourent. Ils cèdent bien quelques mâles à leurs voisins pour entretenir le brassage génétique, et c’est un voyage qui s’organise avec pompe.

L’exploitation manuelle des terres, la gestion quotidienne, la chasse exigent la force et l’implication de tous et ce, dès le plus jeune âge. Deux à trois membres éminents de la communauté dirigent les affaires et rendent les verdicts. Il y a un « Juge/Maire/Shériff » et un Docteur, pour les plus gros villages, un « Architecte/Gestionnaire » veille au développement harmonieux ou est en charge de corriger les errements.

Cependant, nous sommes loin d’un récit médiéval. Très loin. La faune décrite nous donne déjà des indications sur un monde qui n’est pas la Terre telle que nous la connaissons. Les araignées (encore!) ont une taille somptueuse, les « singes » sont bizarres, des créatures nous sont inconnues.

La fondation d’un village s’avère un point tout aussi déconcertant. Le lieu choisi se trouve auprès d’un arbre doté d’un nid de frelon (taille XXL comme ma PAL), ce sont les « électeurs ». Pas de surprise quand à l’organisation du scrutin, les bestioles piquent les habitants et ceux qui présentent les symptômes recherchés  – une forte fièvre et une déformation physique – sont élus aux fonctions vacantes (Architecte, Docteur, Juge).

Pour autant, le lecteur baigne dans un récit SF assez rapidement. Les « élus » entretiennent des monologues assez déroutants pour les villageois, que nous parvenons à replacer dans un cadre plus « informatique ». La première occurrence apparaît avec le Docteur, et l’hypothèse devient limpide lorsque nous faisons la connaissance de l’Architecte/Gestionnaire, que je baptisais « ARCHITEXTE » dans ma tête.  Pour Handry et compagnie, ces élus partagent tout simplement leur tête et corps avec les fantômes de ces fonctions….

Une histoire qui prend du coffre

Si Handry raconte l’histoire, c’est qu’il est témoin d’une aventure  mémorable. Tout commence lors de la cérémonie de bannissement (Severance) d’un maladroit je-m’en-foutiste (la communauté exile ses vilains petits canards, pas de mansuétude en ces temps difficiles), l’adolescent chahute et renverse la mixture servant à aliéner le pestiféré moral. Malgré la rapidité des adultes alentours, Handry est irrémédiablement marqué de ce sceau invisible de l’infamie. Il devient un marginal, un entre deux au sein du village pendant 3 longues années jusqu’au jour où la menace d’un exil complet et permanent se profile.

Cette potion « magique » altère les sens de l’exilé qui aura du mal à trouver de la nourriture même en dehors des limites du village. Les marqués finissent rapidement 6 pieds sous terre… Alors Handry prend ses jambes à son coup et s’enfuit….

Notre jeune homme parvient à survivre et à se rendre dans un grand village (doté d’une architexte), et y fait la connaissance de Sharskin, lui aussi marqué comme de nombreux autres. L’homme, de belle prestance et de belle carrure, s’en sort bien mieux que la plupart des bannis qui réussissent à survivre, habituellement faméliques et sans étincelle de vie. Sharskin invite Handry à le rejoindre pour se rendre à une mystérieuse cité pleine de surprises et de révélations.

Une lecture en deux temps

La critique d’Apophis m’a épargné la surprise quant au ton employé par l’auteur. Les phrases sont simples, courtes, le niveau d’anglais est très accessible en conséquence. Cette prose associée à l’âge et à l’évolution d’Handry laisse une impression de récit Young Adult. La construction de l’intrigue en forme de roman d’apprentissage participe à cette sensation première. Toutefois, lorsque le deuxième périple commence, l’impression s’atténue, pour finalement s’effacer sur sa fin parfaitement réussie.

Après réflexion, ce choix narratif sert le propos et permet de mesurer la maturité grandissante d’Handry (même si une autobiographie emploie généralement une prose égale d’un bout à l’autre). L’ensemble se dissocie largement des romans dystopiques YA qui pullulent sur le marché, notamment par sa fin et des thématiques centrées autour du libre-arbitre et de l’esprit critique.

Certes, The expert system’s brother n’atteint pas les sommets de Dans La Toile du Temps, mais la novella offre une lecture plaisante et largement satisfaisante.

 

Ce récit est pour vous si :
  • vous avez aimé  La Toile du Temps
  • vous souhaitez lire un roman de SF à l’ambiance particulière
  • vous êtes séduit par les mondes dystopiques
je vous le déconseille si :
  • vous êtes récalcitrant à la SF peu futuriste
  • Les élus sont uniquement en fantasy!
  • vous avez la phobie des grosses bestioles
Autres critiques :

ApophisOrionGromovar

6 réflexions sur “The expert system’s brother – Adrian Tchaïkovsky

  1. Oui, ce n’est pas un mauvais texte, mais ce n’est tout de même pas le meilleur de ce qu’il a proposé jusque là. Heureusement, vu tout ce qu’il va sortir en 2019, je ne pense pas que nous allons rester longtemps sur cette impression mitigée, surtout que tout ce qui est prévu s’annonce vraiment prometteur (surtout la suite de Dans la toile du temps, sur laquelle j’ai vu passer des retours très enthousiastes d’autres auteurs sur Twitter). Merci pour ta critique !

    Aimé par 2 personnes

    • Merci Apophis. Effectivment, ce n’est pas son meilleur. Je suis très heureuse des perspectives qui s’annoncent sur 2019.
      J’avoue que j’ai été surprise de voir ton commentaire : je ne devais publier que ce soir, et j’ai cliqué sur le bouton au lieu d’enregistrer le brouillon. Boulette…. LOL

      Aimé par 1 personne

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