Et Dieu se leva du pied gauche – Oren Miller

Thriller fantastique

Homme sans nom

 

« Après avoir avoué à sa femme qu’il avait toujours détesté le thé, Ambroise Perrin se défenestre sous les yeux médusés des personnes présentes.

Dans un palace vénitien, Louise Duval se réveille d’une soirée de gala et découvre que sept de ses collègues sont morts au même moment dans leur lit de causes inexpliquées. Rien ne lie ces deux affaires. Si ce n’est leur mystère. C’est assez pour intéresser Évariste Fauconnier, enquêteur émérite spécialisé dans les affaires que personne ne peut résoudre.

Entre crimes en série, esprits diaboliques et complots politiques, le fin limier va devoir dénouer les fils d’une gigantesque toile qui risque bien d’avaler son âme autant que sa raison.

Car l’araignée a souvent le dessus sur le papillon.« 

Un gus qui se jette du balcon à Paris, et le tour de force d’assassiner sept personnes en Italie sans laisser de trace ne semblent pas devoir se relier. Mais, le lecteur, fin limier par excellence ne s’en laisse pas compter, et décèle grâce à son flair infaillible une résonance quantique entre les deux évènements. Il est fort le lecteur; et a ainsi  le plaisir de damer le pion du grand Évariste Fauconnier qui a l’œil d’une triple buse sur cette relation!

Un contexte inusité

Oren Miller a choisi une époque un peu particulière, le début des années cinquante comme contexte aux aventures du duo Fauconnier-Le Du. Habituellement, nos auteurs contemporains penchent essentiellement pour des périodes qui véhiculent un côté plus glamour et s’inscrivent déjà dans un imaginaire collectif marqué. Je pense au XVIII°siècle, au XIX° si riche avec ses transitions napoléoniennes, l’époque victorienne -parfois associée à l’industrialisation- propice au cadre steampunk, les années folles, les deux guerres mondiales. En revanche, hormis les auteurs contemporains de l’époque, j’ai peu lu de romans s’inscrivant au début des années cinquante.

Cette particularité doit être soulignée car elle impacte le récit, avec des choix très pertinents d’Oren Miller. Nous sommes au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, les plaies physiques sont en voie de guérison, les traumatismes encore vivaces, et l’horreur des camps de concentration marque les esprits. Psychologiquement, les peuples sont secoués, et le retour à une vie « normale » connaît quelques embardée, des grincements, des grains de sable…

Dans Et Dieu se leva du pied gauche, tout ce contexte est présent. Les personnes sont toutes plus ou moins touchées par la période sombre qui vient de s’écouler. Les dynamiques s’en ressentent entre gratitude et ressentiment, chagrin et soulagement. Les petites villes ne sont pas épargnées, bien au contraire car, tout le monde se connaît, se côtoie. Et bien souvent, la détresse se dissimule derrière un sourire de façade, une bienveillance illusoire, ou encore une avenante… à l’avenant.

Évariste et Isabeau vont donc mener leur enquête à Neufchâtel, une de ces bourgades comme il y en a tant, si semblables et si anonymes.

Oui, l’ambiance est un peu morose, et les sourires (et même rires) ne seront pas le fait de ces habitants tout amidonnés. Et tout colle parfaitement à ce roman aux accents angoissants qui vous filera certainement des frissons, leur nature sera variable et restera à déterminer en fonction des passages lus….

Un duo percutant

Oren Miller propose de retrouver un duo déjà mis en scène lors des deux romans précédents : J’agonise fort bien, merci et A présent, vous pouvez enterrer la mariée. Je n’ai pas lu ces deux premiers opus, et cette lacune ne gêne pas la lecture du présent titre. Certes, la prise de contact initiale avec Évariste et Isabeau a été une totale découverte pour moi, et je ne bénéficiais pas des souvenirs antérieurs. Aussi,  y a-t-il sans doute des clins d’œil et des références qui m’ont échappée. Cependant, le duo fonctionne parfaitement et j’ai rapidement pris mes marques avec eux.

Oren Miller joue sur l’association mentor/élève qui a déjà fait ses preuves.  La dynamique est bien huilée, très fluide, et apporte son lot d’humour et de séduction. Évariste demeure un mentor un peu à part, avec une personnalité entre Arsène Lupin  – avec son côté dandy attaché au panache – et un Sherlock Holmes analytique, méticuleux et obsessionnel.

Isabeau  – qui est un homme – doit porter ce prénom féminin, source de calembours. Il ne tient pas un rôle de faire-valoir, ni celui d’un Docteur Watson. Le jeune homme, orphelin, embarqué dans les valises du fauconnier je ne sais comment (sans doute lors d’un des deux premiers tomes ?), démontre un attachement grandissant pour son métier et son mentor. Et des facultés évidentes.

Leur dynamique est un des points forts du roman,  jouant aussi bien sur une complémentarité, que l’émergence d’une petite rivalité (du moins de la part d’Isabeau). Il y a des piques qui sont lancées, une fausse condescendance, des joutes savoureuses, l’ensemble opère son charme sur le lecteur fin limier qui se laissera quand même séduire! En outre, le lecteur peut goûter à une relation qui évolue au fur et à mesure du roman. Et, j’ai fort apprécié ce choix d’Oren Miller car bien souvent, une fois les interactions posées, l’auteur a tendance à les laisser vivre ainsi et s’appuyer sur sa machine bien lubrifiée.

Pour ce qui est de Sainte Cécile, pour qui travaille le duo, le mystère reste entier…. (du moins pour moi).

Une intrigue en courbe exponentielle

Notre duo mène l’enquête sur le meurtre de sept personnes appartenant tous à la même entreprise, une clinique sise à Neufchâtel.  Une seule rescapée : Louise Duval, aucun signe d’effraction dans les chambres de l’hôtel Danielli à Venise, aucune trace,…  La police italienne suspecte férocement et logiquement cette dernière. C’est alors que rentre en jeu une de ses anciennes connaissances, un docteur de son passé qui contacte Sainte Cécile pour la laver de tout soupçon.

La partie est tendue pour Évariste et Isabeau car, les éléments sont quasiment inexistants, et ils ont peu d’atouts pour disculper la malheureuse. C’est donc à Neufchâtel que leurs pas vont les mener pour tenter de faire le lien entre les victimes, la clinique, la ville et Louise. Des ennemis en commun ?….

Sur place, ils sont accueillis correctement, et l’objectif des médecins clairement mis en valeur. Suite à la guerre, et la perte de son fils, Marcel Sorel a ouvert cet établissement pour venir en aide aux traumatisés, à ceux qui ont été marqué psychologiquement par la guerre et les horreurs associées. La clinique s’est développée et accueille même les patients enfants dont un nombre assez conséquent de  la ville elle-même.

Et Dieu dans tout cela ? Et bien, Le Vatican s’est associé à la démarche.

J’avoue que les premières dizaines de pages, le tout était sympathique, mais ne me faisait pas vibrer d’impatience. La faute à une Louise qui n’attirait pas forcément mon empathie. Et puis, l’enquête a démontré davantage de ressort, exposé une complexité plus importante, avec un sentiment de faux-semblant fort plaisant. L’ambiance s’est assombrie, pas de danger immédiat pour le duo, mais une mise en échec pouvait quand même se profiler, et d’autres vies ont bien vite était en jeu. En tant que lecteur, j’apprécie de ne pas deviner rapidement l’ensemble du tableau lors des « mysteries », et ce fut le cas ici. De nombreux éléments ne se sont dévoilés que tardivement (même si j’ai rapidement cerné un des personnages, mais pas le plus important…).

La présence d’un journal qui vient rythmer l’enquête éclaire eu à peu sur des motivations, il permet d’aiguiller (et d’aiguilloner) le lecteur qui garde ainsi un coup d’avance sur Évariste. Le grand Évariste, c’est jouissif d’avoir ce sentiment sur cet éminent spécialiste du crime… sauf qu’à la fin…

J’ai achevé  Et Dieu se leva du pied gauche avec avidité et j’ai été fort charmée par l’ensemble.

Et Dieu se leva du pied gauche  d’Oren Miller est un thriller fantastique alléchant. L’auteur propose une trame avec des ramifications tortueuses tout en jouant sur une angoisse qui se corse tandis que l’enquête progresse. En outre, elle exploite judicieusement le contexte post seconde guerre mondiale, non seulement en tant que cadre « nostalgique », mais aussi dans un contexte psychologique qui donne une base solide à l’intrigue.

Roman reçu dans le cadre d’un SP des éditions L’Homme sans Nom.

L’édition brochée est belle, avec une image en relief qui correspond parfaitement au roman, des rabats et un marque-page qui donnent un aspect soigné appréciable.

Ce récit est pour vous si :
  • vous aimez les thrillers avec une touche fantastique
  • vous souhaitez découvrir une plume française
  • vous aimez les romans précédents d’Évariste.
je vous le déconseille si :
  • Vous n’êtes pas sensible aux récits se déroulant dans le passé
  • Vous n’aimez pas les duos
  • les « mysteries » vous ennuient
Autres critiques :

Yuyine

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28 réflexions sur “Et Dieu se leva du pied gauche – Oren Miller

  1. J’ai découvert la plume d’Oren Miller avec J’agonise fort bien, merci et depuis je suis fan. Je n’ai pas encore lu ce tome 3 des aventures d’Evariste et d’Isabeau mais vu ta chronique je me dis qu’il doit être aussi bon que les deux autres !
    Si tu as l’occasion, elle a fait une réécriture du comte de MonteCristo version SF qui est franchement pas mal 😉

    Je n’ai lu qu’une seule autre chronique chez Les critiques de Yuyine : https://yuyine.be/review/book/et-dieu-se-leva-du-pied-gauche

    Aimé par 1 personne

    • C’est vrai qu’elle a de quoi séduire. je suis également sous le charme de ce duo et de cette plume.

      Je ne connais pas du tout cette ré-écriture du Comte de Monte-Cristo, sachant que c’est l’œuvre par excellence pour moi. Je la classe n° 1 de mes livres. Alors, évidemment je serai enchantée de lire une version SF.

      Merci pour le lien, et j’espère voir ton retour sur ce tome 3 d’ici peu. régale-toi! 🙂

      J'aime

  2. J’avais lu le « Roi sombre » (réécriture du Comte de MC de Dumas) et je n’avais pas été vraiment emballé…
    J’ai une PAL monstrueuse, donc là je vais passer, je crois…Et, en plus, les « mysteries » m’ennuient…

    Aimé par 1 personne

  3. J’avais adoré le 1er tome, découvert un peu par hasard. Le deuxième attend dans ma PAL et je ne manquerai pas de découvrir ce 3ème opus. Ton avis est très enthousiaste. J’adore le duo Fauconnier-Le Du et j’avais également beaucoup aimé la plume d’Oren Miller (et ce malgré les nombreuses coquilles du 1er tome). Je n’étais pas passé loin du coup de cœur. Je crois que je vais programmé le tome 2 pour très bientôt car tu m’as donné envie de retrouver ces personnages 🙂

    Aimé par 1 personne

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