The Haunting of Tram Car 015 – P. Djélí Clark

Thank you Al-jahiz

Lecture V.O.

Il y a quelques jours, je vous proposais la nouvelle de P. Djélì Clark – le « P » pour PhendersonA Dead Djinn in CairoLe gros point fort du texte résidait déjà dans un worldbuilding fascinant qu’il est assez difficile de bien transcrire dans une chronique. Avec The Haunting of Tram Car 015, notre auteur récidive – à la demande des lecteurs franchement séduits par l’ambiance et l’univers de la nouvelle fondatrice. Dee fait, ce court roman a spawné directement dans ma liseuse le jour de sa sortie (merci, la pré-commande).

Le Caire 1912, deux membres du Ministère des enchantements, de l’alchimie et des entités surnaturelles, Hamed et Onsi sont dépêchés à la station centrale du tram du Caire. En effet, le wagon 015 présente tous les signes de… hantise! Par quoi ? telle est la question.

Alors effectivement, sur le papier des machines steampunk cohabitant avec des djinns et autres créatures surnaturelles semblent un peu perchées pour s’affranchir d’une étiquette loufoque, maboul, burlesque à la limite même de aberration. Mais rien de tel, l’alchimie couronne l’univers imaginé d’une aura solide et envoûtante.

Le Worldbuilding, prix d’excellence

Le lecteur s’immerge dans une ville du Caire aussi grande que nature avec des effluves, et un décor très visuel,  rythmée par un environnement sonore battant la mesure. Cet univers est à la mesure des changement ayant secoués l’Égypte, offrant un somptueux écrin à une « enquête » aux marges de la réalité.

En 1912, la capitale égyptienne connaît une avancée technologique à l’image de l’Europe; parmi ces dernières, le tramway, quasiment flambant neuf. Cette ville est si bien décrite que le lecteur croit y déambuler, que ce soit à la station Ramsès, ou encore dans le petit restaurant soudanais. Au-delà de l’architecture typique, des bruits et odeurs, ce sont les habitants si divers qui complètent cette vignette, grandeur nature. L’ambiance arabisante, alliée à la touche steampunk, donne une originalité qu’il faut souligner. En outre, le dosage est parfait dans tous les éléments conviés à cette construction d’équilibriste. La lecture de ce court roman fera sans aucun doute penser aux Enchantement d’Ambremer de Pierre Pevel, les deux récits partagent cette atmosphère particulière née de l’association du fer, du verre et de  la magie, à l’aube du XX° siècle.

Ces facettes seules n’expliquent pas mon enthousiasme. P. Djélì Clark convoque le folklore arabe et nubien, avec l’entité phare connue mondialement, les Djinns. Et pour ceux qui s’interrogent, effectivement, ces derniers ont la capacité de réaliser des souhaits; mais de là à affirmer que c’est souhaitable…. D’ailleurs, il y a plusieurs sortes de ces créatures, des Marids, très respectés aux Ifrits assez jaloux de leur intimité. Mais, vous découvrirez qu’ils sont loin d’être les seules entités présentes dans ce monde-là.

Autre référence qui m’a frappée lors de la lecture : Ghostbuster, le film. Le côté hanté l’y rattache ainsi que de l’humour à divers degrés. Dans le long métrage, malgré le côté bien sympathique des petites bestioles éthérées, les enjeux finaux ne se réduisaient pas à un comique de situation. Dans The Haunting of Tram Car 015, l’humour s’échelonne à divers niveaux, et l’entité n’est pas aussi drôle qu’au premier abord.

Une uchronie s’attachant au fond

Le Caire n’a pas toujours connu cette situation très cosmopolite qui voit se mêler, humains, goules, djinns, anges et autres créatures surnaturelles. Lors d’une expérience, un savant, al-Jahiz, les a malencontreusement invités dans notre monde – même si les parois des univers s’avèrent loin d’être aussi hermétiques que les humains le croient. C’est pourquoi, les textes sacrés contiennent d’étranges références çà et là…

Depuis l’intervention « cruciale » de l’inventeur fou ou pas – cela reste à déterminer -, il a fallu apprendre à cohabiter et fréquenter les différentes créatures, avec plus ou moins de bonheur. Les goules par nature ne pense qu’à bouffer… Les autres affichent des motivations délicates à lire, et quand nous apprenons que les Djinns appartiennent à plusieurs catégories, cela ne facilite pas la tâche des officiels du Ministère des enchantements, de l’alchimie et des entités surnaturelles.

Il y a toujours la fameuse congrégation appelée Le Culte de Hathor… Hein, mon Astéroïde Vengeur ….

C’est dans les années 1880 que l’expérience d’Al-jahiz fissura les parois des mondes dans une cacophonies de couleurs, de djinns et autres bestions. Depuis, Le Caire et l’Égypte ont été propulsées sur le devant de la scène internationale, s’invitant comme une grande dans le concert des nations. Les égyptiens bien aidés des Djinns ont chassé les britanniques, non pas en 1922 (fin du protectorat, ni en 1956 fin de la présence des européens), mais dès les années 1880.

La magie intrinsèque des créatures associées à l’évolution technologique -cuivre et vapeur – ont permis au Caire de devenir une capitale industrielle et technique. En bref, Le Caire devient l’égale de Paris et Londres.

Avec tout cela, vous vous sentez bien avancés, et c’est bien beau…. N’est-ce pas?

Pourtant, il faut vraiment souligner l’importance de cette uchronie dans la construction du roman. Loin d’être un élément de décor et un aspect purement flatteur, cette bifurcation historique a un impact non négligeable sur l’histoire et Le Caire. Psychologiquement, les habitants sont les égaux du Vieux Continent. Les égaux. Ils sont des hommes et des femmes modernes, qui peuvent devenir des précurseurs. Ainsi, nous nous trouvons en plein débats des suffragettes, réclamant le droit de vote. C’est en 1912, alors qu’en France 10 ans plus tard Victor Margueritte écrira La garçonne, roman scandaleux se moquant de ces femmes réclamant l’égalité des droits.

En raison, de cette stature nouvelle,  nos égyptiennes arpentent une voie qui verra l’aboutissement de cette démarche bien avant l’Angleterre en 1918, et nettement plus tôt que les françaises en 1946…

Et, je n’ai pas abordé, l’aspect religieux présent et manié avec subtilité.

Alors, cela envoie du lourd, non ?

Des personnages et une enquête au diapason

Fatima n’est pas de la partie, même si un clin d’œil y fait référence. Ce sont Hamed et Osin qui mène l’enquête, ou la chasse à l’entité hantant la voiture 15. Le second sort de l’académie tandis que le premier joue un rôel de jeune mentor. Le duo fonctionne très bien, et j’avoue un faible pour le jeune Osin qui doit naviguer avec un héritage pas si évident.Leur dynamique fonctionne parfaitement, et se complète judicieusement. Pour un roman court, l’auteur est parvenu à leur donner une vraie identité.

Le rythme est très bon, la lecture fluide et l’anglais franchement accessible.

Qu’attendez-vous?

Ce roman confirme mon coup de cœur pour cet auteur. Dans cette Égypte uchronique, le lecteur naviguera entre sourire, envoutement et frissons. Créativité, fond, cohérence, cette plume est à retenir.

Ce récit est pour vous si :
  • vous aimez les roman possédant un côté envoûtant
  • vous souhaitez découvrir une fantasy originale et prometteuse
je vous le déconseille si :
  • Vous êtes allergique à la fantasy
  • Vous n’aimez les textes d’enquête
  • les trucs hantés vous font vraiment peur
Autres critiques :

Le Culte d’Apophis

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