The Black God’s Drums – P. Djélì Clark

Un maître du worldbuilding

 

“Because in New Orleans, you can’t survive on just dreams.”

Nous nous retrouvons de nouveau avec l’auteur que je vous propose de découvrir ce mois-ci : P. Djélì Clark. Historien, originaire de Trinité-et-Tobago, cet auteur américain me séduit avec ses uchronies de fantasy travaillées, créatives et envoûtantes.

Vous avez pu vous familiariser avec deux textes dont Le Caire de 1912 était un écrin fabuleux pour deux enquêtes surnaturelles (A dead Djinn in Cairo et The Haunting of Tram Car 015) . Je vous propose de changer -vraiment – de décor et découvrir une Nouvelle-Orléans diablement captivante.

The Black God’s Drums a remporté le Prix ALEX qui récompense les romans adultes accessibles également aux Young Adults (non, ne fuyez pas!!!!!), et qui vient d’être nommé parmi les six finalistes du prix Nebula 2019 (catégorie novella).

Pour revenir un instant sur le prix Alex, qui ne récompense pas les romans Young Adlut, mais des romans destinés aux adultes; des textes comme Les Enfermés de John Scalzi, Le Martien d’Andy Weir ou encore Ready Player One d’Ernest Cline l’ont également remporté. Cette mention ne doit donc pas faire fuir les lecteurs chevronnés dans la fantasy… En outre, la qualité du texte mérite le détour.

Un Worldbuilding et une uchronie  encore au top

Jacqueline est une enfant des rues, orpheline, elle vit de menus larcins, survit également grâce à l’affection de la tenancière d’un bordel réputé, et accessoirement de la vente d’informations. Jacqueline, ou plus communément connue sous le sobriquet de Creeper (une plante grimpante), est une adolescente de la Nouvelle-Orléans comme il y en a tant après les nombreuses années de Guerre de Sécession aux USA. Nous sommes en 1884, et les combats ne sont pas tous encore tous terminés…

Survivre autant de temps par ses propres moyens relève autant de la chance que du tempérament. Jacqueline possède les deux, et certainement pas un caractère naïf, ou immature.  Mais, surtout, elle est un réceptacle d’une déesse africaine Orisha, Oya, mère des vents et de la tempête.

La guerre civile américaine ne s’est pas déroulée de la façon décrite par nos livres d’Histoire. Beaucoup de petits détails ont connus des bifurcations, parmi eux, l’indépendance de la ville phare, La Nouvelle-Orléans. Et cela avec l’aide inattendue des dieux africains, ainsi que l’utilisation d’un « sort » d’une puissance littéralement divine : The Black God’s Drums (les Tambours du Dieu Noir), ce procédé même qui a permis de libérer les Caraïbes du joug français sous Napoléon 1° (les dommages collatéraux de cette ampleur n’étaient pas envisagés lors du recours aux Black God’s Drums…)

Malgré tout, la ville attire encore les convoitises et quelques Confédérés ambitionnent de remettre les choses à leur place : la cité entre leur mains et les noirs en esclavage. Inutile de vous dire que cette prétention ne trouve pas d’écho dans les rues de la métropole jazzy. Toutefois, ville libre par excellence, elle attire tous et toutes, du nordiste convaincu, au confédéré revanchard en passant par des pirates haïtiens (ou de Trinité-et-Tobago…).

Un soir, perchée dans son alcôve, Creeper entend un dialogue juteux, dévoilant les intentions de quelques personnes pas des mieux disposées envers le Nouvelle-Orléans. Cette information vaut son pesant d’or, et elle sait à qui elle peut la revendre : au capitaine des contrebandiers de l’aéronef Black Robber, la célèbre Ann-Marie. D’ailleurs, Jacqueline a toujours rêver de devenir pirate…

Ici, aussi, l’univers uchronique se double d’une touche steampunk, avec les nombreux aéroplanes. P. Djélì Clark ne se contente pas de jouer uniquement sur une forme ensorcelante, mais profite d’un texte dans le bayou pour glisser des thématiques aussi bien sur la tolérance, l’esclavage, la solitude, et les rêves.

La magie est également présente. A l’image de ses textes lus et présentés, les humains ne sont pas les vecteurs de la thaumaturgie. Ils ne sont qu’éventuellement des réceptacles, des hérauts de divinités ancestrales, en l’occurrence, africaines pour les protagonistes qui nous occupent. (En effet, la novella se concentrant sur la Nouvelle-Orléans et ses alentours, avec des descendants d’esclaves, rien ne nous dit que dans cet univers les indiens ne connaissent pas des télescopages avec les esprits,…).

Les visions et les interventions sont le fruit  de la volonté de Oya, et non celle de Jacqueline. Toutefois, l’adolescente n’apparaît nullement comme une simple coquille abritant un bernard-l’ermite tout puissant. Il y a dialogue entre ce morceau de déesse et son « hôte » humain, des échanges aussi bien sensoriels que sub-vocaux.

Un duo de personnages chiraux

Jacqueline et Ann-Marie forment un duo (encore 😉 ) attachant. Que ce soit, l’une ou l’autre, leur existence fut loin d’être un long fleuve tranquille, et ce qu’elles ont acquis, le fut à force de volonté et de caractère. La première impression véhiculée par leurs interactions se résume à un jumelage. Notre pirate – existence à laquelle se destine Creeper – semble un exemplaire plus mature de la jeune femme en devenir. En effet, mis à part cette « vocation » particulière, elle partage de de nombreux traits de caractère : détermination, humour, sagacité, roublardise,… Et surtout, elles sont toutes deux, le vecteur d’une divinité.

Or, si Jacqueline a accepté depuis le début cette cohabitation, Ann-Marie, s’est fermée à son « héritage », ignorant les sensations et les avertissements. Ainsi, l’une apprendra–t-elle de l’autre, même si la contrebandière de poigne et de charme se pose très vite non plus en exemple, mais en figure « maternelle ».

Quant au rythme, et à l’intrigue, tout est maîtrisé avec un talent certain.

Un mot sur le style

P. Djélì Clark confirme une belle plume et une faculté à faire vivre ses textes. Le worldbuilding est un modèle, et démontre qu’il n’y a aucun besoin de verser dans les descriptions longues comme une nuit polaire pour transcrire une ambiance particulière ou tout un univers à part.

Certes, le cadre est moins exotique que Le Caire (et encore), et les entités rencontrées en Égypte ne sont pas de la partie. Toutefois, l’uchronie se charge de remodeler ce que nous pouvions imaginer, mais surtout, l’auteur a choisi « d’accentuer » ses dialogues.

La conséquence immédiate est un anglais moins « universitaire » et plus « travaillé ». Certains personnages mangent les mots, ou encore on un fort accent transformant la diction. Les « that », « than », « the », « thunder » se transforment en « Dat », « dan », « de », « dunde’ « . Ann-Marie n’utilise aucun auxiliaire. Il ya des mots et des expressions créoles, du français tourmenté, « Monyé ». Le tout est réservé aux dialogues, hein. La prose est « académique ».

La seconde conséquence – et non des moindres – de ce choix procure une immersion totale pour le lecteur!

(Une seule réserve, les nones sont un peu trop débrouillardes).

En 100 pages, P. Djélì Clark délivre un court roman captivant. Son uchronie savamment dosée, transforme La Nouvelle-Orléans en un noir joyau qui captivera bien des attentions.

PS: c’est dans les cordes d’un UHL …

Ce récit est pour vous si :
  • vous aimez les romans possédant un côté envoûtant
  • vous souhaitez découvrir une fantasy originale et prometteuse
  • vous aimez les uchronies
je vous le déconseille si :
  • Vous êtes allergique à la fantasy
  • Vous êtes misogyne
  • « bouh! »… vous tournez de l’œil.
Autres critiques :

Le Culte d’Apophis très bientôt –

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33 réflexions sur “The Black God’s Drums – P. Djélì Clark

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