Le Chevalier Rouge – Miles Cameron

Le Chevalier Rouge de Miles Cameron

Renégat, tome 1

Bragelonne

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Quelle passion! C’est la première chose qui m’est venue à l’esprit une fois la dernière page achevée (pavé de plus de 800p). Nous ne pouvons pas reprocher à Miles Cameron une tiédeur quelconque ou une implication mitigée dans son roman Le Chevalier Rouge. Son amour de la geste du Moyen-Âge transpire tout au long du récit, à la fois par le soin apporté aux divers détails de la vie quotidienne, la description précise de l’équipement ou des batailles à pied, en l’air, à cheval ou à genoux. Cette flamme permet à mon sens de gommer les quelques défauts que j’ai pu lui trouver.

Le Chevalier rouge est un roman de fantasy, premier tome d’une trilogie intitulée Renégat ( The Traitor Son en VO) qui comportera finalement 5 volumes. Il s’agit plus précisément d’une dark fantasy moderne et intense dans la lignée de Glen Cook ou Steven Erikson. L’auteur nous invite à suivre le rude combat du mystérieux Chevalier Rouge, Capitaine d’une compagnie de mercenaires en charge de la défense d’une Abbaye contre le monde entier ou presque!

Évidemment, la compagnie ne lutte pas réellement contre le monde entier, mais contre un monde en particulier. Le Chevalier Rouge ne découvre l’étendue de l’affrontement qui l’attend qu’au fur et à mesure de ses recherches. L’Abbesse de Lisen-Carrack embauche ces mercenaires pour anéantir les responsables des excursions sanglantes sur les terres alentours. Un monstre du Monde Sauvage s’est infiltré bas dans le Sud du pays d’Alba et a tué des fermiers ainsi qu’une none. En suivant la piste du meurtrier, Le Chevalier Rouge et son pisteur tombent sur un adversarius (ou démon), un être magique redoutable dont ils parviennent finalement à se débarrasser. Mais voilà, il n’est pas seul… C’est une armée du Monde Sauvage qui se dirige vers l’Abbaye.

Cette partie du territoire d’Alba a été arrachée aux créatures par le père du Roi actuel dont le nom n’est jamais cité, mais nous devinons au fil des pages qu’il s’agit du Roi Arthur. En effet, Miles Cameron « revisite » le cycle arthurien. J’en ai lu quelques uns dont le dernier en date, le cycle Pendragon de Stephen Lawhead, et bien avant, celui de Markale,… C’est une des meilleures interprétations que j’ai eu le plaisir de suivre. Vous connaissez sans doute les émissions de concours culinaires dont certaines épreuves consistent à modifier un plat classique et populaire ?… Le candidat qui remporte le test est celui qui parvient à allier les ingrédients originels avec une grande créativité esthétique, et une structure de préférence complètement revisitée. Miles Cameron a fait fort dans sa reconstitution du mythe arthurien : nous en percevons la saveur et les repères emblématiques alors que toute la structure narrative est différente ainsi que le rôle des chevaliers phares. (Je vous invite en fin de chronique à consulter ces personnages ou à l’éviter si vous préférez jouer aux devinettes et comparer ultérieurement.)

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Le roman emprunte donc les éléments clés du mythe arthurien : les personnages (noms, rôles* et caractères modifiés), la bataille épique du Mont Badon contre les pictes, les prémices de la Table Ronde, la magie de Merlin, l’impact de la foi, l’archange, la haine de Morgause  qui veut abattre Arthur, Mordred…

Nous avons également Alba pour Albion, et le Monde Sauvage en lieu et place des pictes (ou écossais). Le Mur d’Hadrien est également présent sans qu’il ait un rapport avec le Mur de GoT.

L’originalité ne tient pas uniquement dans la modification du nom des personnages ou dans la modification du rôle de certains personnages arthuriens* (minoration ou majoration). En premier lieu, c’est un récit que nous suivons à travers le regard du Chevalier Rouge et de sa compagnie, le roi et ses chevaliers y sont presque secondaires! La première partie de cette geste est vécue d’une manière très différente, et le Roi paraît assez détaché et n’agissant qu’en réaction par rapport aux événements. Des compagnons majeurs de la Cour, seul le mage royal Harmodius aura un rôle primordial dans les premiers temps du siège de l’Abbaye.

C’est une autre composante de la saveur de ce Renégat, tome 1:  les héros sont assiégés dans un position forte d’une grande valeur tactique (Nous reviendrons sur cet aspect plus tard) et doivent contrer les vagues d’assaut de l’ennemi. Il s’agit du Monde Sauvage dans toutes ses composantes : le mage déchu Thorn, des démons, des vouivres, des humains rebelles, des Bogelins, des sassogs, des ours dorés, des trolls…

Nous avons deux types de magie mis en œuvre : la magie blanche réputée pour être « pure », essentiellement utilisée par le mage royal et d’autres partisans d’Alba, et la magie verte issue du Monde Sauvage. C’est avec curiosité que nous nous apercevons rapidement que le Capitaine peut utiliser des sorts en puisant dans la Verte. Il n’y a pas d’opposition entre une magie du bien et une magie du mal, ce n’est qu’en avançant dans la lecture que cette « impartialité » apparaît. Du coup, nous n’avons pas d’un côté une magie purificatrice destinée aux paladins et de l’autre, une magie corruptrice.  J’aime d’ailleurs beaucoup le concept de neutralité de « l’outil/technique/science ». Les mages ou êtres magiques puisent dans une des sources pour lancer des sorts, c’est l’Hermétisme pour la magie blanche. Il n’y a pas d’incantations, les sorciers utilisent des glyphes pour tisser des sorts plus ou moins complexes ou spectaculaires. Il y a de nettes influences d’Ursula Le Guin ou Brandon Sanderson ( Elantris) dans le système de magie. Si vous avez lu Mage de Guerre de Stephen Aryan, il y a de nombreuses similitudes (antérieures). Bref, c’est une construction vivante, visuelle et très bien décrite.

Le Monde Sauvage possède une autre composante surnaturelle, en effet outre les êtres fantastiques ou féériques, cet environnement est composé d’animaux « enchantés » et les mages ont la capacité d’occuper ou de percevoir à travers les lapins, oiseaux, belettes,….  Cela rattache cette contrée à la fois à des racines celtes et aux coutumes chamaniques d’Amérique du Nord. Et cela fonctionne du Tonnerre!   Le rapprochement entre les sassogs et les iroquois coulera alors de source…

Oui, cet univers est dense et riche ! L’auteur nous fait également bénéficier de son expertise martiale du Moyen-Âge : l’armure de chevalier n’aura plus aucun secret pour vous, et la description des combats est si véridique que l’on ne s’étonnera pas d’apprendre qu’il appartient à une troupe qui reconstitue les passes d’armes et joutes d’alors. Cette foule de détails renforce l’immersion du lecteur et permet d’ancrer le récit dans une fantasy de haute qualité. A cela s’ajoutent la brutalité des accrochages, la souffrance des soldats, les efforts titanesques de tous, les morts soudaines qui forment un tableau âpre, voire âcre.  Le soin accordé par l’auteur au siège de l’Abbaye  et des manœuvres préliminaires sont remarquables pour un roman de SFFF. Quand nous connaissons la valeur militaire et  stratégique de telles emprises, nous apprécions le sérieux de la construction de l’auteur.

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Or, la lecture n’est pas aisée, surtout initialement. La trame est relativement linéaire, avec quelques retours en arrière pour apprécier la situation d’un autre point de vue. En revanche, le lecteur est ballotté d’un point à un autre d’Alba à suivre différents personnages. J’aime les récits complexes et ce procédé m’est plutôt sympathique, cependant, introduire une bonne vingtaine de personnages d’emblée corse la difficulté. Les POV se succèdent parfois trop rapidement, et le lecteur peut avoir quelques tracas à replacer le personnage et l’action dans le contexte. Fort heureusement l’auteur maîtrise son récit, et le lecteur repère rapidement les personnages clés. Bien que certaines tranches de vie de ces personnages très secondaires (et encore) me semblent superflus, j’ai particulièrement aimé la richesse des points de vue sur les enjeux, les motivations  ainsi que  sur l’avancée de la confrontation entre les factions.

Le style est assez ordinaire, mais relativement efficace. Le rythme est très agréable, un peu tranquille au début et un peu trop apaisé lors des trente dernières pages, mais il est impossible de décrocher du livre entre les deux.

Ma critique pourrait être encore plus longue en évoquant dans le détail les différents personnages. Je vais éviter : j’ai adoré le contre -pied aux figures classiques du mythe, avec une Désidérata délurée et narcissique, un Harmodius dépassé et complément à côté de ses pompes, mais surtout un Chevalier Rouge qui ne manque pas de saveur. Chapeau à l’auteur avec ses femmes chevaliers.

Miles Cameron nous offre une récit de Dark Fantasy  digne des grandes figures de ce courant : David Gemmel, Steven Erikson, Glen Cook, une revisite du mythe arthurien réussie et captivante. J’en redemande.

Autres critiques :

YozoneLe Dévoreur de livresHerbefol

Le livre :

51h3x3zwzdl-_sx323_bo1204203200_Illustrateur : Didier GRAFFET

Traducteur : Caroline NICOLAS

Date de parution : 23/08/2013

Nombre de pages : 840

Les personnages arthuriens :

Le Roi -> le Roi Arthur; Désiderata -> Guenièvre; Harmodius->Merlin; Gauwin Murien -> Gauvain; Gabriel-> Mordred (le fils d’Arthur et de Morgause); Gaston -> Bors; Jean de Vrilly  (la tête à claque) -> Lancelot; Ranald -> Perceval; Anna -> Morgause… et bien d’autres

*Les rôles dans ce roman ne présentent pas de changement radicaux, mais l’auteur a revu leur influence. Ainsi, le Roi est plutôt un homme passif, il conserve du charisme tout en subissant les événement. Il n’est pas moteur. De même avec Gaston qui voit son impact sur son cousin essentielle pour éviter les conflits. Jean est un véritable tête à claques, hautain, méprisant, arrogant, illuminé et brutal, bien loin de l’image du Chevalier du Moyen-Âge…

21 réflexions sur “Le Chevalier Rouge – Miles Cameron

      1. Oui, effectivement, j’aime beaucoup la Fantasy mais lorsqu’elle se conjugue à l’Histoire, elle acquiert véritablement ses lettres de noblesse. Si tu me dis qu’un grand nombre de détails et de précision est accordé aux batailles, aux combats ou aux armures, sûre que je vais me jeter dessus!

        Aimé par 1 personne

        1. Oui, le réalisme de la vie quotidienne, des combats, ainsi que la préparation du siège et le siège lui-même sont remarquables. Nous sentons bien que l’auteur et un passionné du sujet (historien) et un ancien militaire. Je suis à deux doigts de prendre le tome 2 et 3 tout de suite!
          Mais attention, le livre n’est pas parfait et je ne crie pas au chef d’oeuvre. Je ne voudrais pas que tu ais des attentes déçues.

          Aimé par 1 personne

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