La Bibliothèque de Mount Char de Scott Hawkins

Attention aux erreurs de classement

Denoël – Lunes d’encre

La Bibliothèque de Mount Char de Scott Hawkins est un livre particulier. C’est un fait. La présentation éditeur est à la fois parlante et réserve une part de mystère ce qui sied parfaitement à cette fantasy urbaine, aux saveurs de fantastique.

« Carolyn était une jeune Américaine comme les autres. Mais ça, c’était avant. Avant la mort de ses parents. Avant qu’un mystérieux personnage, Père, ne la prenne sous son aile avec d’autres orphelins.
Depuis, Carolyn n’a pas eu tant d’occasions de sortir. Elle et sa fratrie d’adoption ont été élevés suivant les coutumes anciennes de Père. Ils ont étudié les livres de sa Bibliothèque et appris quelques-uns des secrets de sa puissance. Parfois, ils se sont demandé si leur tuteur intransigeant ne pourrait pas être Dieu lui-même.
Mais Père a disparu – peut-être même est-il mort – et il n’y a maintenant plus personne pour protéger la Bibliothèque des féroces combattants qui cherchent à s’en emparer. »

Je ne vais pas passer par quatre chemins, je prends le plus direct : initialement, j’ai détesté le bouquin. C’était violent, cruel, sadique. Et toute cette brutalité se dirigeait vers des enfants (et quelques animaux). Cet aspect fut une complète surprise pour ma part. Les âmes sensibles auront du mal à tolérer les scènes de barbecue d’une intensité forte dans la veine barbare la plus « pure« .

Père a effectivement recueilli quelques enfants orphelins pour les éduquer à sa manière : coups, punitions, sévérité de compétition, privations en tout genre. L’échec doit devenir une hantise et il faut surtout que chaque enfant se concentre sur son catalogue, et uniquement celui-là. La Bibliothèque en compte douze. Celui du meurtre échoie à David, Jennifer s’occupe de la médecine, Michael étudie le règne animal, et ainsi de suite. Carolyn se voit octroyer les langages. Tous.

Père maîtrise l’ensemble des catalogues, mais ne souhaite pas qu’un de ses élèves puissent un jour rivaliser avec lui. Ainsi la moindre tentative est-elle brutalement châtiée. Il génère la méfiance et un esprit de pré-carré entre les enfants où la compétition acérée remplace l’idée d’entre-aide. David devient d’une cruauté saisissante s’épanouissant avec la découverte et l’apprentissage de son catalogue. Que peut faire une Carolyn avec les langages mis à part s’endurcir ?…

Ces premiers chapitres furent presque une épreuve, j’ai même été sur le point de refermer le roman dès le premier, ce qui ne m’arrive quasiment jamais.

Cependant, une petite flamme maintenait mon intérêt. Une flamme qui a pris davantage d’ampleur au fur et à mesure.

Déjà le récit alterne entre le présent qui relate la recherche de Père ayant subitement disparu et le passé détaillant les phases clés de l’éducation des enfants. Cette structure d’une fausse simplicité apporte du suspens et renforce la dramaturgie, soulignant habillement chacune des parties. Ainsi, plus le lecteur avance dans le récit, plus se trouve-t-il pris dans la toile de Scott Hawkins.

Carolyn happe le lecteur. Elle exerce une forme de fascination entre cette vulnérabilité initiale, un sentiment de petite chose fragile, et l’intuition qu’elle possède une force et une détermination incommensurables. Elle est si paradoxale, si énigmatique dans ses forces et faiblesses qu’elle éveille une grande curiosité. En tant que lecteur, j’ai navigué entre l’empathie et la répulsion…

Répulsion, oui, car aucun de ces enfants/adultes ne provoque la sympathie ou l’attachement tant ils sont tarés, barrés, flingués du cerveau, barbares du cœur. La compassion nous en éprouvons, mais elle est systématiquement douchée par un acte ou un comportement dérangeant. Seuls les protagonistes secondaires comme Steve et Erwin, pleinement humains nous raccrochent à une certaine « rationalité ». Ou les animaux (Naga, la lionne).

Tous ces personnages servent une trame bien pensée et mis en œuvre avec habileté, surtout quand on songe que La Bibliothèque de Mount Char est le premier roman se Scott Hawkins. Le récit est haletant, rythmé par les rebondissements de cette recherche de Père, les tentatives d’accès à la Bibliothèque, les révélations au sujet de la fratrie, et les conséquences de la disparition de Père. Seule une petit séquence finale, nous offrant les éléments d’explication, permet au lecteur de souffler. Et celle-ci, si elle rompt le rythme et le ton plutôt obscur, nous offre une bouffée de clarté et d’émotion. Elle apporte une touche de réconfort à notre petit cœur secoué par tant d’extravagance et de de folie.

Outre son originalité, cette fantasy urbaine est marquée par cette folie qui imprègne la psychologie des personnages, le cadre démesuré de la Bibliothèque, la démence de certains comportements,… Mais les motivations demeurent rationnelles, tout comme la trame qui ne sombre jamais dans le délire. D’ailleurs cela peut paraître paradoxal car sous ce parfum timbré, nous sentons bien que Scott Hawkins mène son histoire et que jamais il ne se laisse déborder par les lubies ou l’extravagance de ses personnages. Tout à un but, ici.

Enfin, la plume de l’auteur est travaillée. Par ce qualificatif, je n’entends pas laborieuse, ou recherchée (même si c’est le cas selon certains passages), mais adaptée aux personnages et aux situations. Elle mériterait d’être harmonisée par l’expérience, mais je n’oublie pas qu’il s’agit d’un premier roman.  Le traducteur a du bien s’amuser et nous offre un roman fluide.

Au final, à ma plus grande surprise initiale, j’ai adoré cette fantasy urbaine violente, cruelle, sombre et si habilement menée.

A la suite ce cette lecture, vous verrez les bibliothécaires d’un œil nouveau et peut-être admiratif. La Bibliothèque de Mount Char se paie le luxe de l’extravagance et cela fonctionne, exerçant une fascination sur son lectorat grâce à une imagination débordante, des personnages solides et une histoire qui donne dans la démesure. En cela Scott Hawkins me rappelle Neil Gaiman, la touche Lovecraft en plus.

Ce livre est pour vous si :

  • vous vous n’avez pas froid aux yeux
  • vous êtes fans de Lovecraft et de Gaiman
  • vous rechercher un roman qui sort de l’ordinaire. Vraiment.

Je vous le déconseille si :

  • vous êtes une une âme particulièrement sensible
  • vous avez prévu un Halloween édulcoré
  • vous n’aimez pas les barbecues
Autres critiques :

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Challenges :
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Le livre :
  • 480 pages
  • Lunes d’encre
  • 24 août 2017

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52 réflexions sur “La Bibliothèque de Mount Char de Scott Hawkins

  1. Ping : The library at Mount Char – Scott Hawkins | Le culte d'Apophis

  2. Il t’a retournée comme une crêpe ce roman on dirait 😉
    Comme quoi, il faut persister malgré la répulsion parfois ^_^
    Et maintenant, quant à moi, je ne veux qu’une chose : le lire absolument ! Les édulcorant, c’est vraiment pas mon truc 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Ayant lu pas mal de Gaiman, cette imagination débordante, exubérante me rappelle franchement Gaiman et notamment Neverwhere.
      Lovecraft, je ne peux trop en dire sans dévoiler des éléments clés de l’intrigue, mais il y a des moments oui c’est « monstrueux ». Et une petite touche de King avec les passages des chiens. Mais c’est surtout Gaiman.

      Oui, le barbecue c’est quasiment fini! 🙂

      Aimé par 1 personne

  3. Étant donné que je n’aime ni Lovecraft ni Gaiman (j’en ai testé 3 et je les ai tous trouvé chiantissimes et trop lent), je pense que ce n’est pas trop pour moi xD
    Surtout si il y a de la cruauté gratuite, c’est pas du tout mon truc non plus.

    Mais de toute façon vu ta description je classerais plus ce livre en horreur et donc ça me conforte dans mon idée de ne pas le lire x) (celui ci, même forcée je ne l’ouvrirais pas xD)

    Aimé par 1 personne

    1. Ici, ce n’est pas lent du tout. Pas du tout.
      Pour la cruauté, j’ai cru en début de roman que c’était gratuit également, mais dans ma chronique je ne l’évoque même pas car, c’est finalement loin d’être le cas. Mais ensuite, cela reste dur et cruel.

      Malgré tout, je ne pense pas que cela te plairait, alors je pense qu’il est plus sage que tu passes ton chemin sur celui-ci. 🙂

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    1. C’est surtout d’inspiration Gaiman. Lovecraft c’est dans la tendance monstrueuse.
      C’est un livre différent, qui m’a fait passer par tout un stade d’émotion, et qui m’a franchement plu pour finir.

      J'aime

  4. Au fil des parutions des avis de la blogosphère, mon coeur ne cesse de balancer. Je suis passé du « Pas pour moi » à « A lire d’urgence » pour finir par ta chronique par un « J’ai un gros doute qu’il me plaise ».
    Dans ces cas là, le mieux est de se faire son propre avis… En espérant que ma ballade dans cette bibliothèque ne me dégoutte pas à vie des barbucs !

    Aimé par 1 personne

    1. Non, ce n’est pas du tout gratuit. Ni bancal. SI cela avait été le cas, j’aurais franchement détesté et je n’aurai pas pu aller jusqu’au bout.
      Justement, c’est un roman qui peu te séduire par son histoire qui sort des sentiers battus.

      Aimé par 1 personne

  5. Boudicca

    Ça me tente bien du coup (même si j’ai l’âme un peu sensible^^) Je l’avais repéré grâce à sa couverture il y a quelques temps mais je ne savais pas trop à quoi m’en tenir. Merci pour ta critique 🙂

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  6. Ping : Chroniques des livres éligibles au Prix Planète-SF 2018 : A à K (par titre) - Planète-SF

  7. Ah tu vois celui ci m’intriguait pas mal, mais là, je pense que clairement ce n’est pas pour moi! Je suis beaucoup trop sensible alors je vais passer mon tour, mais je te remercie pour cet avis éclairant (mon porte monnaie aussi te remercie^^) , on verra si je note au prochain tour….;)

    Aimé par 1 personne

      1. Lol, Tu n’s en rien moins habile, j’en note toujours bien trop chez toi de ses lectures…C’est juste que tu as dit l’argument qui fait que je ne pourrais pas lire ce livre et je t’en remercie, car je suis une fée trop sensible tu le sais! 😉

        Aimé par 1 personne

  8. Ping : Quatre cavaliers pour conclure Octobre 2017 – Albédo

  9. Ping : Quelques instants de lecture… – Albédo

  10. Eh bien … Je crois que moi aussi j’aurais eu envie d’abandonner le bouquin ! Plus très motivée du coup (peur que ce soit trop sombre/violent pour moi) mais comme j’ai vu qu’une de mes bibliothèques l’avait acheté, je pourrai toujours m’y risquer.

    Aimé par 1 personne

  11. Ping : Mes 12 livres à lire pour fin 2017 – Albédo

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