Waldo – Robert Heinlein

Prix retro Hugo 2018

Le Bélial – UHL

« Atteint d’une maladie neuromusculaire chronique, Waldo Farthingwaite-Jones vit retiré du monde au sein de son petit paradis privé, un habitat orbital automatisé conçu par ses soins qui le soustrait à l’insoutenable gravité terrestre martyrisant son corps… Obèse, solitaire et mysanthrope, Waldo est un être détestable. Mais c’est aussi, sans doute, l’un des plus remarquables esprits que l’humanité ait jamais connu. De fait, quand les moteurs des appareils de la North American Power-Air se mettent à dérailler sans la moindre explication, menaçant l’ensemble du trafic aérien, les ingénieurs de la compagnie n’ont d’autre choix que de se tourner vers un Waldo peu enclin à les aider. Sauf à y trouver son propre intérêt, et envisager la plus stupéfiante des découvertes… »

Une époque révolutionnaire

Peu avant les années 80, la science et ses applications ont fait un bon prodigieux. Désormais, l’énergie se véhicule sans fil! Ici, je n’évoque pas les batteries ou autres moyens de production incorporé. Les appareils, les transports, tout ce qui requiert de l’énergie en masse se passe de la fameuse laisse limitant son rayon d’action – ou du pétrole. Ce rêve à peine à portée de main dans notre monde actuel, est une réalité quotidienne dans l’univers de Waldo.

Or, ce n’est pas tout. La conquête spatiale a connu une envolée tout aussi saisissante, notamment grâce à cette révolution énergétique. Aussi, n’est-il pas surprenant que les astéroïdes soit visités aussi facilement que de prendre l’avion d’une capitale à l’autre dans notre monde bien à nous.

En revanche, la médecine n’a pas bénéficié d’une telle embellie. Aussi, notre ami Waldo souffre-t-il d’une maladie qui n’est pas sans rappeler la redoutable polio qui a tant ravagé le monde avant la vaccination de la population.

Contextualiser le roman s’impose. Heinlein a publié ce court roman en 1942, au début de la Seconde Guerre Mondiale pour les USA (après l’attaque de Pearl Harbor en décembre 1941). A cette période, leur Président n’était autre que Delano Franklin Roosevelt, lui même survivant et victime de la polio, qui en gardé de lourdes séquelles limitant ses déplacements. A aucun moment, Heinlein ne mentionne cette maladie dans le cas de Waldo. Pourtant,  l’atonie des muscles qui frappe notre protagoniste principal n’est pas sans rappeler les symptômes et séquelles de nombreux malades atteints de la polio. En 1942,  celle-ci possédait une réputation terrifiante, et son spectre effrayait les familles à la moindre alerte. Le représentant de la nation étant un rappel lancinant et quotidien du danger encouru…. Nul doute qu’un certain échos a retentit dans le lectorat américain au moment de sa sortie en librairie.

La novella joue dès lors sur une perspective double, un peu comme si vous louchiez. D’une part le monde décrit semble merveilleux avec cette manne énergétique fantastique dans son utilisation et dans le potentiel qu’elle offre. D’autre part, la science et la technologie restent incapables de vaincre les maladies, dont une représente particulièrement anxiogène. Le monde ressemble à une balance, avec un équilibre difficile à trouver. ET cela vous ancre dans la réalité – du moins d’alors, car même les génies n’échappent pas à des salo****s.

Une Hard-SF qui fait des tours de magie

Cet ancrage dans le réel participe sans doute à la saveur du roman.  Car, Heinlein va nous vendre un procédé  de sorcellerie. Oui, de la sorcellerie… Et le lecteur gobe l’ensemble avec envie.

En effet, les appareils propulsés par cette énergie fantastique vont tomber en panne, les uns après les autres. La NADA, une des entreprises les plus en pointe en matière de logistique et de moyens de transport conçoit quelques inquiétudes, et s’avère dans l’impossibilité de diagnostiquer la ou les pannes. Les composants sont « sains », aucune explication logique ne pointe le bout de son nez. Les experts jettent moralement l’éponge devant ce puzzle complexe et incompréhensible.

Les dirigeants se tournent alors vers Waldo, le génie planétaire vivant isolé sur son cailloux. Tout misanthrope qu’il est, il accepte de se pencher sur le problème contre monnaie sonnante et trébuchante. Nous apprenons lors de la négociation du contrat, qu’il y a aussi un peu de revanche dans l’air…

Je ne veux point trop en dévoiler, car la découverte fait partie du plaisir de lecture. Cependant, sans rien ôter à la saveur du texte, Waldo tombe sur un os, et trouvera la solution par intermédiaire d’un « shaman » qui lui permet d’apercevoir la perméabilité avec un monde parallèle…. Cette ouverture d’esprit établit un « pont » entre les deux réalités… et il devient possible d’emmagasiner non seulement de l’énergie mais aussi une force personnelle depuis cet autre monde! L’explication reste hard-sf… pour ce qui s’apparente initialement à de la sorcellerie!

Un personnage précurseur de Valentin Michael Smith

Et cette découverte impactera de manière tout aussi révolutionnaire la vie de Waldo, reclus sur son astéroïde… De misanthrope et infirme, la larve va muer en superbe papillon. La cause de ce changement découle de la même source qu’évoquée au-dessus.  Son regard sur l’autre va se modifier radicalement, pour le bonheur des lecteurs – ou pas.

En découvrant le nouveau Waldo, si friand de connexion humaine, tout en étant si socialement inexpérimenté, le parallèle s’est imposé dans mon esprit avec Valentin Michael Smith du roman En Terre Étrangère.

Waldo, court roman de Robert Heinlein, nous offre un récit compact avec de nombreuses thématiques encore d’actualité de nos jours. La novella se présente comme un bel écrin pour la science et la technologie, sans porter des œillères pour autant. Le texte n’a pas souffert du passage du temps malgré une réalité qui a largement divergé de cette fiction. Placé dans le contexte de son époque, il prend une saveur supérieure et justifie pleinement son prix Hugo.

Ce livre est pour vous si :
  • vous souhaitez découvrir une source SF à la magie
  • vous voulez lire un roman en avance sur son temps
  • Vous aimez les histoires de chrysalide
je vous le déconseille si :
  • Vous êtes misanthrope
  • Vous souhaitez de la baston et des astéroïdes menaçants
  • pfff! encore de la hard-sf!…

 

Autres critiques :

Apophis, astéroïde vengeurOrion sur son épaule –  Notre Maki, non comestible Chroniqueur de choc – Redoutable Lianne   –

 

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illustration : Adam baines

17 réflexions sur “Waldo – Robert Heinlein

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