Thaïr : Renaissance – Jean-Luc Marcastel

Thaïr, tome 1

Leha

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« Ravagée il y a des siècles de cela par un cataclysme venu des folles technologies développées sur ses colonies lunaires, la Terre panse depuis ses plaies.
Ses habitants humains, après s’être longtemps terrés dans de vastes bases sous-terraines, revivent désormais à sa surface dans des cités entourées d’une nature hostile et remodelée par le cataclysme.
Une humanité clairsemée qui n’a pas attendu longtemps pour voir ses différentes factions s’affronter à nouveau dans de sanglantes querelles de pouvoir.

Destinée à diriger l’une de ces cités, Orguenoire, la jeune Faïria est confrontée à bien pire que les habituelles escarmouches opposant les siens aux autres communautés.
Un mal ancien, à l’origine des ravages ayant provoqué autrefois la quasi-destruction de la Terre, est de retour : la Malepeste. »

Un mélange des genres

Thaïr se présente comme une aventure post-apocalyptique – dans l’air du temps. Ici ou là, vous pouvez lire des chroniques sur ce roman de Science-fiction ou même encore ce space-opéra. Or, Thaïr n’appartient ni à l’un, ni à l’autre. S’il s’agit bien d’un récit dans un monde dévasté par un événement crépusculaire, les marqueurs de SF sont quant à eux plus des éléments de style et d’ambiance qu’une projection dans un futur plausible étayé par des concepts scientifiques.

Pourquoi adopté-je cette position ?

Thaïr décrit un univers rétro-futuriste, avec une technologie héritée d’un monde passé et révolu, associée à des trouvailles contemporaines. Quelques machines, systèmes ou armes sont clairement d’un autre temps, bien trop sophistiqués pour ces peuples engendrés par la nuit et les cavernes.  Aucune ne repose sur des bases scientifiques, il s’agit tout simplement d’artefacts aux pouvoirs spectaculaires.

Les événement antérieurs datent de plusieurs siècles, plus d’un millénaire et demi. L’existence d’alors, ce passé apparaît comme mythique, dès lors s’est développée une culture essentiellement orale sur ces légendes d’antan, d’affabulations, des contes horrifiques ainsi que des prophéties chaotiques.

La structure de Thaïr s’oriente clairement vers la fantasy. Jaan de Carsac, homme génétiquement modifié, merveille martiale issue d’un passé technologiquement très évolué, s’avère le surhomme des légendes fantastiques, celui à même de faire basculer le destin de toute une nation. D’ailleurs, les événements qui nous sont contés par JL Marcastel sont épiques, ils secouent cette civilisation dans ces derniers retranchements. Une civilisation vacillante, sur le point de s’effondrer vers l’anéantissement, si ce n’est l’intervention de Jaan, figure héroïque par excellence. Je n’oublie pas Faïria, sans qui l’espoir sombrerait dans le néant.

Enfin, le post-apocalyptique ne se conjugue pas exclusivement avec la SF.

A la lecture de ce paragraphe, Vous aurez compris que Thaïr emprunte à la fois à la fantasy et à la SF. Je classerai donc le roman comme de la science-fantasy, à l’image d’un Star Wars ou encore de la 5° Saison de Jemisin. J’insiste sur cet aspect, car, le lecteur qui attendrait un récit de SF pourrait être déstabilisé par le contenu de Thaïr. Je l’ai été jusqu’à ce que le genre m’apparaissent plus clairement.

Le backgound & l’ambiance

L’ouvrage comporte un glossaire en fin de volume, pour éclairer sur la signification de termes modifiés ou inconnus. Ils sont compréhensibles dans le contexte donc le lecteur n’éprouve pas le besoin d’aller régulièrement le consulter. En revanche, une lecture préalable permet une approche plus immersive : non seulement vous n’avez plus à vous y référer, mais surtout l’histoire antérieure au récit devient limpide.

En effet, Thaïr possède un background intéressant. Le récit se déroule essentiellement dans le sud-Ouest de la France (Hourra!!!), enfin d’une France dévastée par l’Anthir. Arkhen, l’antagoniste d’alors, projeta une bombe d’anti-matière sur la Terre depuis la Lune. Notre berceau fut dévasté. Les particules en suspension provoquèrent une nuit presque sans fin, le Nocturnage. La croûte terrestre paya également un tribu à cette guerre, la tectonique des plaques réveilla les volcans d’Auvergne d’Avarnia. Les survivants se réfugièrent pendant 1 000 ans sous terre, sans devenir troglodytes pur autant.

A la surface, la faune et la flore luttèrent pour survivre et mutèrent en de drôles de créatures… la concurrence, et la chaîne évolutionnaire ne sélectionna que les espèces les plus redoutables et agressives….

Sur cet aspect, le roman pourra évoquer Darwinia de Robert C. Wilson.

Aussi, ne serez-vous point surpris par l’ambiance survivaliste qui imprègne le récit. Cette civilisation a survécu par le combat et dans l’adversité. Les populations se sont regroupées, enfermées sur elles-mêmes, recherchant l’autarcie et l’autonomie. Très claniques, promptes à l’affrontement, les relations sont tendues entre les différents groupes.

Le contexte est posé, l’auteur nous projette d’entrée dans une crise aiguë. L’Avarnia est envahie par des créatures épouvantables.

Une fois que ces bestioles de chair et de métal investissent la forteresse de Faïria, l’ambiance vire au cauchemardesque. Ces entités sont redoutables d’efficience. Imaginez une troupe d’aliens à l’assaut d’un château fort, le taux de létalité est maximal.

L’intrigue se scinde en deux trames

La première nous plonge au cœur de ce cauchemar. Faïria se voit remettre les rênes du pouvoir par sa « mère » adoptive, uniquement pour assister virtuellement au massacre de son peuple. Sa mission est simplissime : activer l’arme propre à sauver l’humanité. Forcément, derrière cette limpidité, se dissimule une difficulté réelle : elle doit atteindre les profondeurs de la forteresse pour ce faire, tout en échappant au sbires sélénites qui la rêvent en carpaccio!

La seconde nous propose de suivre Yaïn, un harponneur au sang froid, fou d’amour. Sa promise est un créature de légende, une sirène – sans lien avec Ulysse. Celle-ci vient d’être enlevée par des esclavagistes qui comptent la vendre dans un tripot et faire fortune…

Yaïn se lance au secours de sa belle. Chemin faisant, il rencontre Vicent, un homme charismatique autant qu’énigmatique. Forcément, les obstacles vont s’accumuler, pour leur offrir un véritable parcours du combattant. Mais après tout, une sirène, cela se mérite!

Les femmes

La société décrite par JL Marcastel est éminemment matriarcale.  Le clan d’Avarnia est gouverné par une Castalaïna dotée de pouvoirs légaux d’exception. Toutefois, elle dirige son peuple avec grâce et charme. Convaincre et surtout séduire sont les préceptes phares de leur éducation ainsi que leur administration. Le désir sexuel s’apparente à l’argument massue, qui ouvre les portes, fait céder tous les bastions de résistance.

Femmes fatales extraordinaires, elles ne doivent en aucun cas répondre charnellement à leurs pulsions sexuelles. Outre, leur charisme propre à faire rougir un iceberg, elles possèdent un corps appelant la caresse… Dès le premier chapitre, alors que la curée débute, l’auteur expose la nudité de Faïria à la convoitise. Ces femmes sont des objets de fantasmes, tout sexe confondu.

Il y a d’ailleurs beaucoup d’ambiguïté entre Faïria et sa mère adoptive qui joue sur ce registre du désir sexuel, sur la tension érotique. Ce parfum d’interdit pourra gêner quelques lecteurs, même si cette ambiguïté première ne se trouve que dans les chapitres initiaux.

L’érotisme se portera plus tard, avec autant de complexité dans la relation entre La Sentinelle, Jaan, et Faïria. Il ne s’agit que de suggestion, d’effleurements, l’acte charnel n’est pas consommé.

Les femmes sont centrales dans ce récit, entre la sirène en détresse et la créature fatale; toutefois, leur rôle aurait pu être mieux exploré, plus actif et pro-actif. L’ambiance est très réussie, les scènes de combat visuelles, permettant une immersion glaçante dans ces passages. Le lecteur achève la lecture de ce premier tome, avec la boule au ventre, l’appréhension sur les talons.

 

Ce livre est pour vous si :
  • Vive le Sud Ouest!
  • vous aimez les ambiances horrifiques
  • vous n’êtes pas contre un peu d’érotisme
Je vous le déconseille si :
  • vous êtes un misogyne reconnu et inversement
  • pas de sexe!
  • si vous n’aimez pas les mélanges de genre
Autres critiques :

AcanielLe Chroniqueur

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11 réflexions sur “Thaïr : Renaissance – Jean-Luc Marcastel

  1. J’ai déjà lu quelques trucs de JL Marcastel et j’avais été choquée-déçue par la sexualisation des femmes (notamment une ado de 13 ou 14 ans…) et tous les clichés sexistes qui allaient avec (en gros, il y avait rien d’épargné lol). Ce que tu dis de la société matriarcale va dans ce sens : on sent le bon gros fantasme de l’écrivain lol et c’est assez malaisant. Bref, tout ça pour dire que je relirai peut être un jour cet auteur mais ce sera pas avec ce titre ^^
    Kin

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  2. J’ai déjà lu quelques trucs de JL Marcastel et j’avais été choquée-déçue par la sexualisation des femmes (notamment une ado de 13 ou 14 ans…) et tous les clichés sexistes qui allaient avec (en gros, il y avait rien d’épargné lol). Ce que tu dis de la société matriarcale va dans ce sens : on sent le bon gros fantasme de l’écrivain lol et c’est assez malaisant. Bref, tout ça pour dire que je relirai peut être un jour cet auteur mais ce sera pas avec ce titre ^^
    Kin
    (il a marché mon commentaire ? efface celui-ci si c’est bon ;D)

    J'aime

    • Ton message se trouver dans la corbeille… C’est peu compréhensible.
      Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est malsain, mais il y a pas mal de fantasmes sexuels, c’est indéniable. Je ne crois pas que cette lecture soit faite pour toi!

      Aimé par 1 personne

  3. J’en ai déjà entendu du bien de celui-là. Mais j’en avais lu un autre de lui où j’avais eu un problème avec sa vision de la femme, beaucoup trop séductrice. Ça à l’air récurrent chez lui. Du coup je suis pas sûre que ce soit pour moi.

    Aimé par 1 personne

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