The Crimson Campaign de Brian McClellan

Aux armes, citoyens!

Les Poudres-mages, tome 2

The crimson campaign de Brian McClellan, tome 2 de la trilogie des Poudres-mages continue de nous étonner avec un deuxième volume dans la continuité du premier. Le feux d’artifice débute en force pour s’achever dans un bouquet final alléchant.

Brian McClellan développe son univers en s’inspirant toujours de la Révolution française (ce n’est pas le seule source). Dans La promesse de sang, les événements étaient globalement circonscrits à Adopest la capitale d’Adro (au centre du pays), et dans la Passe de Krésimir, le volcan du Mont South Pike (à l’est du pays). Les adversaires principaux tentaient de contrer ce coup d’état dans une guerre civile qui fut évitée de peu. Il s’agissait des derniers nobles, des Privilégiés et de leurs partisans. Le Field Maréchal Tamas paraient les coups, et contre-attaquait avec sa cohorte de poudres-mages, offrant la victoire intérieure au peuple.

Or, une menace périphérique s’amplifiait à proximité du Mont South Pike. Juliène une ailiée de Tamas, Taniel et sa « sauvage » Ka-poel, une belle rousse à la peau laiteuse, devaient faire face à l’attaque surprise menée par les Kez, cherchant à pénétrer en douce en Adro… La victoire fut remportée notamment grâce à l’aide du dernier des Privilégiés adran, et meilleur ami de Taniel, Bo. Ce n’est qu’à l’issue de la bataille que Juliène révélait sa duplicité et tentait de réveiller Krésimir, un des dieux les plus puissants du panthéon des Neuf. Taniel l’abatti d’une balle magique dans l’oeil.

The crisom campaign débute quelques jours/semaines après ces divers rebondissements. La guerre entre Kez et Adro est déclarée, les troupes d’Ipille (l’empereur de Kez) se présentant en force à Budwield au Sud du pays. Or cette ville, à l’extrémité d’un défilé est un véritable verrou, l’ensemble du pays étant encerclé de montagnes. Seules les forces en présence peuvent donner de l’espoir aux armées d’Ipille. Ils sont largement supérieurs en nombre : un million de soldats campent aux portes de la ville.

Cependant, le terrain est indubitablement en faveur de Tamas, venu sur place pour organiser la défense, et si possible remporter une victoire décisive. En effet, Adro a l’avantage du terrain : les troupes bénéficient d’une position en hauteur,  ainsi qu’une artillerie ayant déjà fait ses preuves et retranchée derrière de solides remparts.

Comme si cela ne suffisait pas, la nature des troupes différent également. Taniel ayant décimé les mages d’Ipille lors de la tentative précédente au Mont South Pike, la puissance thaumaturgique adverse est limitée à quelques Privilégiés d’expérience et des novices tandis que Tamas bénéficie de l’appui de toute sa cabale de poudres-mages.

adro-crimson-campaign

Question stratégie, l’armée d’Adro a ainsi les meilleures cartes, avec un avantage tactique aussi conséquent. En outre, il y a le Field Maréchal Tamas particulièrement réputé dans le domaine. Cela promet des batailles épiques, le surnombre d’un côté peinant à compenser les avantages de l’autre.

C’est donc avec un sentiment un peu biaisé que nous apprenons en sus l’existence d’un passage sous la montagne permettant de prendre les troupes Kez en revers, les coinçant ainsi entre l’enclume (et son artillerie) et le marteau composé des deux meilleures brigades de Tamas associées à l’ensemble de ses poudres-mages….

Une boucherie ainsi qu’une légère déception en perspective devant tant de facilité. D’autant que Tamas s’est assuré de l’aide discrète et indirecte d’Adom, un dieu, frère de Krésimir.

Et, c’est à ce moment que notre feu d’artifice nous surprend avec ses premières salves percutantes et saisissantes!

Vous vous attendiez à une victoire aisée et des réditions en pagailles?

Pagailles vous aurez, rédition aussi, mais surtout un Field Maréchal perdu derrière les lignes ennemies, sans ravitaillement avec deux brigades et quelques poudres-mages, chassés à travers un territoire hostile. Ipille avait des as dans sa manche!

The crisom campaign
Les kez réservent une poignée de surprises…

Cette première trame est d’une veine plus militaire que précédemment, avec des troupes acculées et un protagoniste principal en très mauvaise posture. Nous doutons que Brian McClellan se la joue GGR Martin en baladant Tamas avant de lui faire rendre l’âme. Cependant, le voyage est épuisant, lourd de conséquences pour cette troupe égarée et pour la suite de la guerre. C’est du pur bonheur et d’une belle intensité, me rappelant l’Anabase de Xénophon! Épique!

Corrélativement, la situation de Budwield, verrou d’Adro a pris un coup dans l’aile, sans son chef militaire pour mener la bataille,  c’est presque logique de s’attendre à un retournement de situation. Cette deuxième trame narrative, est tout aussi prenante que celle de Tamas, orientée vers un conflit typique des guerres de tranchées, avec la prise en compte du moral des troupes. Elle est agrémentée de quelques turpitudes et d’un sentiment de paranoïa qui lui donne davantage de complexité et de saveurs. Les combats de Budwield et  de la passe de Sukov mettent l’accent sur la logistique ainsi que l’effort de guerre tout autant que sur l’action. La tension monte et le poids des manquements tombent sur les uns et sur les autre;  sans Tamas pour tenir son monde, de vieux démons ressurgissent.

Nous croisons de nouveaux protagonistes, surtout secondaires assez marquants, lors de ces deux premières trames, et un Tamas qui révèle des angoisses et de la fébrilité qui corse le personnage.

Et Taniel dans tout cela ?

Notre jeune homme se la coule douce dans une fumerie d’opium de mala, s’apitoyant sur son sort. En proie à un mal-être, il a tendance à oublier quel est réellement son devoir, et quand il s’en souvient, il se comporte en fils à papa épouvantable. Son comportement m’a fait un peu tiquer. Même s’il a longtemps jouer les francs-tireurs dans un autre conflit, et que son paternel l’a protégé et lui octroyé certains passes-droits,  j’ai eu un peu de mal à concevoir son attitude totalement conne envers les officiers supérieurs et généraux. Si ce n’est pour servir sa ligne narrative, tenter d’éveiller la compassion du lecteur, et amener ce dernier dans une situation impossible.

Ceci dit, il s’agit d’un bémol. Car une fois, le point critique atteint, c’est un festival de couleurs, de sons et de lumières.

PM proces
Court martiale ?….

 

Il ne faut pas oublier Ka-poel, notre charmante muette (encore une dans mes lectures!) qui s’étoffe à chaque rencontre. Pas en taille ou en volume comme ma PAL! Même sans émettre un son, sa personnalité est perceptible, et elle s’avère de plus en plus attachante et captivante. Elle  plus indépendante, déterminée et mature que ne le pense Taniel, se posant en protecteur et figure tutrice. Elle possède aussi un petit côté vicieux que j’ai beaucoup apprécié et qui la démarque de l’image de chose fragile.

Adamat poursuit sa propre intrigue en Adopest, la capitale : retrouver sa famille enlevée par Lord Vestas, un des puissants criminels des bas-fonds d’Adro. Heureusement son amitié avec Ricard lui permettra d’accéder à des moyens particuliers qui lui faciliteront la tâche – ou la rendront au moins envisageable. Cette partie n’est pas à négliger car elle permet non seulement d’enrichir l’univers des Poudres-mages dans son contexte social, économique, politique et criminel, mais aussi de nous amener des rebondissements inattendus tout au long du roman. C’est presque la partie la plus explosive du roman qui permet de conclure les lignes narratives dans un bouquet final coloré et franchement jouissif!

Enfin, il permet de retrouver le Privilégié Bo, de le remettre sur le plateau pour que ce dernier puisse jouer sa partition dans ce tome, mais surtout dans la partie finale (une supputation de ma part). Bo et Adamat, croisent aussi la route de Nila la lavandière qui s’occupe de Jakob, tous deux « invités » de Lord Vestas, et nous offre des ouvertures et des perspectives intéressantes pour la suite.

Question magie, nous avons peu d’évolution par rapport au tome précédent, seule Ka-poel commence à démontrer l’étendu de son talent, un chamanisme mâtiné de vaudou avec l’utilisation de poupées.

Les Knacked – ou Doués – sont moins présents sur ce tome, le seul représentant bien en vue restant Adamat, mais il se sert peu de son don. De leur côté, les Privilégiés possèdent une magie traditionnelle;  ils doivent puiser dans l’Ether pour lancer des sorts. La puissance varie d’un individu à l’autre, homme ou femme. Bo s’illustre régulièrement sur ce terrain, pour notre plus grand bonheur, il est mis en valeur avec davantage de soin que précédemment.

Évidemment,  les poudres-mages sont immanquables, classe inspirée de Sanderson et de sa magie des métaux. Ils servent essentiellement dans l’armée, où leurs talents martiaux sont utiles. Ils manient des armes à feu dont ils peuvent exploiter et magnifier les effets, ainsi que la poudre noire qui sert de comburant à leur magie. Taniel est un peu particulier, mais c’est à vous d’en faire la découverte.

Malgré les 608 pages affichées, le roman se lit avec aisance. Les prémices ayant été absorbés dans le tome précédent, Brian McClellan s’adonne avec plaisir à son histoire post-révolutionnaire. Il s’inspire de la révolution française (et mexicaine) dans les soubresauts qui ont suivis, alors que les monarchies européennes s’alliaient contre la France des sans-culottes, cherchant à rétablir « l’ordre ».

Le rythme est élevé, sans être échevelé. Nous alternons les trames narratives à des moments clés, maintenant ainsi le lecteur sous tension, avide qu’il est de découvrir la dénouement de telle ou telle situation. J’ai d’ailleurs trouvé Brian McClellan meilleur à ce jeu là par rapport à son tome premier, qui montrait des faiblesses sur l’intrigue d’Adamat. Cette construction entremêlée des 4 situations n’est pas du tout pénible ou difficile à suivre. Elle est même assez savoureuse, et crée un suspens fort agréable.

The crisom Campaign est un tome intermédiaire épique, semblable à un feux d’artifice : il débute dans des explosions d’actions détonantes et pleine de suspens, pour finir dans un bouquet final qui nous plonge dans l’expectative. Cette flintlock a du culot et son auteur une belle main; le lecteur en sort abasourdi. Proche de sombrer dans l’addiction  -la drogue et ses conséquences sont très présentes dans cette trilogie –  nous en redemandons!

Ce livre est pour vous si :

  • vous aimez les romans immersifs et travaillés
  • vous êtes fans de dark fantasy
  • vous rechercher une aventure épique ET explosive

Je vous le déconseille si :

  • vous avez peur de devenir addict
  • vous ne supportez pas de voir un uniforme de près ou de loin
  • vous n’aimez tout simplement pas la fantasy
Autres tomes
 Niveau anglais :

Un niveau correct est nécessaire ainsi qu’une maitrise des termes courants de la fantasy.

Autres critiques :

Le culte d’Apophis

Challenges :
Challenge Littérature de l’Imaginaire – 5° édition
Le livre :
  • 608 pages
  • broché : 23€
  • e-book : 9€

 

23 réflexions sur “The Crimson Campaign de Brian McClellan

  1. Ping : The crimson campaign – Brian McClellan | Le culte d'Apophis

  2. Super critique, bravo ! De mon côté, j’ai bien aimé le côté électron libre de Taniel, surtout quand il se le prend en pleine poire lorsque les généraux croient son père mort et lui retirent les privilèges dont il bénéficiait jusque là.

    Au passage, je suis ravi de voir que je ne suis pas le seul à trouver qu’il y a un nombre surprenant de muets en SFF ces derniers temps.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Apo!
      Le côté électron libre est un passage qui m’a bien séduite, et qui correspond bien à la fois au personnage et aux diverses missions dont il héritait. J’ai trouvé qu’il était un poil dans too much au niveau comportement. En revanche, la scène de la taverne est rondement menée et parfaite. Il n’y avait pas besoin qu’il insulte à plusieurs reprises des supérieurs.

      Pour les muets, je me faisait cette réflexion avec Terreur. Ce tome en contient une aussi,…. La SFFF est riche en personnages et en possibilité! 🙂

      Aimé par 1 personne

  3. xamenek

    Excellente critique . Comme l’avais dit Apophis un tome 2 beaucoup plus solide que la plupart des second volumes de trilogie en fantasy. J’ai beaucoup aimé le côté très humain des personnages avec Tamas complétement usé , Taniel paumé comme pas deux ( du coup il se comporte comme un con). Entre l’action , les personnages secondaire sympa ,le livre se lit de manière assez addictive et en plus niveau anglais je trouve le livre vraiment abordable (sachant que c’est ma première lecture en VO) . Étant à un peu plus de la moitié de The autumn republic je peux te dire que le niveau ne baisse pas dans le troisième volet .

    Aimé par 1 personne

    1. Merci!
      Oui, pour un tome intermédiaire, il est dense, captivant… réussi en fait. C’est agréable et très satisfaisant car je n’ai pas la sensation que l’auteur a fait du remplissage et allonger une histoire qui aurait du être plus courte. AU contraire, ce qu’il nous propose est riche et passionnant.

      J’ai adoré le Tamas fatigué, il me fait penser à un autre personnage que j’adore : Amiral Adama de BSG qui mène sa flotte et qui se délite peu à peu.
      Le livre mériterait d’être traduit, question fantasy, il est d’une qualité équivalente au moins à la plupart de ce que l’on trouve sur le marché VF.

      Je suis ravie que le tome 3 soit toujours de ce niveau. je compte le lire le mois prochain! 🙂
      Merci beaucoup!

      J'aime

  4. Ton intention serait-elle de me détourner de la Compagnie Noire avec cette savoureuse chronique que tu ne t’y prendrais pas mieux ^_^
    Heureusement pour elle (mais pas pour moi ^^), la barrière de la langue aura raison de ma fidélité, pour l’instant… 😅

    Aimé par 1 personne

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